La charia est un terme arabe qui désigne, dans l’islam, la voie ou l’ensemble des principes censés guider la vie du croyant conformément à la volonté de Dieu. Le mot vient de l’arabe sharīʿa, qui peut être traduit par « voie », « chemin » ou « voie à suivre ». Dans l’usage courant, il est souvent traduit par « loi islamique », mais cette traduction est réductrice : la charia ne concerne pas seulement le droit au sens juridique. Elle englobe également des règles religieuses, morales et éthiques, ainsi que des prescriptions liées au culte et à la vie quotidienne.
Pour les musulmans, les principales sources de cette orientation sont le Coran et la Sunna, c’est-à-dire l’ensemble des traditions relatives aux paroles, aux actes et aux pratiques attribués au prophète Mahomet. À partir de ces sources, des générations de juristes musulmans ont développé des méthodes d’interprétation destinées à répondre à des situations qui n’étaient pas directement réglées par les textes. Selon les écoles juridiques, ces méthodes peuvent notamment faire appel au consensus des savants, appelé ijmâ, ou au raisonnement par analogie, le qiyâs.
Il est important de distinguer la charia du fiqh. Dans une distinction devenue classique, la charia désigne l’idéal de guidance divine, tandis que le fiqh correspond au travail humain d’interprétation et de formulation de règles à partir des sources religieuses. Cette différence explique pourquoi il n’existe pas un code unique appelé « la charia » applicable de manière identique à tous les musulmans. Les juristes ont souvent abouti à des conclusions différentes sur une même question, donnant naissance à plusieurs traditions de jurisprudence. Le Pluralism Project de l’université Harvard rappelle ainsi que le sunnisme reconnaît quatre grandes écoles juridiques : hanafite, malikite, chaféite et hanbalite. Dans le chiisme, l’école ja‘farite est la plus importante.
La charia concerne aussi bien les obligations religieuses que les relations entre les personnes. Elle peut porter sur la prière, le jeûne du ramadan, l’aumône, les règles alimentaires ou la purification rituelle, mais aussi sur le mariage, le divorce, l’héritage, les contrats, le commerce ou certaines questions de responsabilité. Dans la jurisprudence classique, les juristes distinguent notamment les ibâdât, qui concernent le culte et les relations du croyant avec Dieu, et les mu‘âmalât, qui touchent aux relations sociales et aux transactions.
Dans les débats publics contemporains, la charia est parfois presque exclusivement associée aux sanctions pénales prévues par certaines interprétations traditionnelles du droit islamique. Cette présentation ne correspond toutefois qu’à une partie très limitée de son champ. La tradition juridique islamique comprend aussi des règles morales, éthiques et rituelles et qu’historiquement certains domaines, notamment une partie du droit pénal ou fiscal, ont souvent relevé directement du pouvoir politique plutôt que des juristes religieux.
Une fatwa est un avis juridique rendu par un spécialiste du droit islamique à propos d’une question particulière. Elle ne doit pas être confondue avec une décision judiciaire. Dans de nombreuses traditions sunnites, elle constitue un avis religieux et juridique qui n’a pas, en lui-même, la force d’un jugement étatique. Le juriste chargé d’émettre ce type d’avis est appelé mufti.
La place de la charia dans les États contemporains est très variable. Dans certains pays à majorité musulmane, elle constitue une source importante du droit, tandis que dans d’autres elle joue surtout un rôle en matière de statut personnel, par exemple pour le mariage, le divorce ou l’héritage. De nombreux systèmes juridiques associent ainsi des règles inspirées du droit islamique à des codes civils, commerciaux ou pénaux d’origine différente.
Pour de nombreux musulmans vivant dans des États laïques ou dans des pays où elle n’a pas de statut juridique officiel, la charia est avant tout une référence religieuse personnelle : elle oriente la prière, le jeûne, l’alimentation, la vie familiale, la morale ou encore certaines pratiques financières. Parler de « la charia » comme d’un système unique et uniforme peut donc prêter à confusion. Le terme désigne à la fois un idéal religieux de conduite et, selon les contextes, les nombreuses traditions juridiques développées au cours de l’histoire pour tenter de le traduire dans la vie quotidienne.




