Le mot « musulman » peut devenir une insulte par la manière dont il est employé. C’est l’un des points centraux de la décision visant la Fédération royale espagnole de football, la RFEF, dont la sanction a été maintenue en appel le 16 octobre. Selon les informations de l’agence espagnole EFE, la première décision disciplinaire remontait au 4 août.
Les faits se sont produits le 31 mars 2026 au RCDE Stadium, à Cornellà-El Prat, près de Barcelone, pendant un match amical entre l’Espagne et l’Égypte, achevé sur un score nul de 0 à 0. Une partie des spectateurs a scandé à deux reprises « Musulmán el que no bote », soit « Celui qui ne saute pas est musulman ». L’appartenance religieuse était ainsi utilisée pour tourner en dérision les adversaires égyptiens.
Dans sa défense, la fédération faisait valoir que le terme « musulman » n’était, en lui-même, ni injurieux ni péjoratif. Elle demandait que les faits soient examinés au titre des règles concernant les messages politiques, idéologiques, religieux ou offensants, plutôt que de celles sanctionnant la discrimination. Mais, comme le rapporte Reuters dans une dépêche reprise par El Día, la commission disciplinaire a rejeté cet argument : un terme peut prendre un caractère discriminatoire lorsqu’il sert, dans son contexte, à insulter, à se moquer ou à présenter un groupe comme inférieur.
Les chants avaient notamment été condamnés par Lamine Yamal. Le joueur de la sélection espagnole, lui-même musulman, les avait jugés irrespectueux et intolérables. Sa réaction rappelait que la religion utilisée pour railler l’équipe adverse était également celle d’un international espagnol.
La mesure concerne le prochain match amical disputé à domicile par la sélection masculine senior. Au moins 15 % des places devront rester fermées, de préférence derrière les buts. Une alternative est toutefois prévue : avec l’accord préalable de la FIFA, ces sièges pourront accueillir des familles, des étudiants, des associations contre les discriminations ou d’autres groupes communautaires. Selon le dispositif reproduit par le quotidien sportif AS, ce projet devra comporter des messages contre les discriminations et être soumis au moins quinze jours avant la rencontre.
La fédération affirme avoir réagi dès qu’elle a eu connaissance des faits. Dans son communiqué rapporté par la télévision publique RTVE, elle indique que ses propres mécanismes de contrôle ont détecté les chants, que l’équipe arbitrale en a été informée et qu’elle a collaboré avec les autorités pour identifier les responsables. Des avertissements ont été diffusés par la sonorisation et sur les écrans du stade.
La RFEF souligne aussi que les chants provenaient d’une partie du public et que d’autres spectateurs ont manifesté leur désaccord. Elle estime la sanction particulièrement sévère au regard de précédents dossiers et annonce qu’elle la contestera devant le Tribunal arbitral du sport. Ce recours annoncé ne constitue pas une annulation de la décision : à ce stade, la FIFA maintient la responsabilité disciplinaire de la fédération pour le comportement discriminatoire de ses supporters.
Image mise en avant : Le RCDE Stadium, près de Barcelone. Photographie d’archive de juin 2023- RCD Espanyol de Barcelona / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.




