Que vivent les personnes qui disent éprouver une présence divine, une unité profonde avec le monde ou une transformation de leur conscience ? Coordonné en Finlande, le programme PRISM finance dix-huit projets pour étudier ces expériences, leur diversité et leurs effets sur la vie individuelle et collective.
Les expériences mystiques deviennent le terrain d’une coopération scientifique internationale. Présenté dans un communiqué diffusé le 19 octobre, le programme PRISM, pour Program in the Study of Mysticism, rassemble des chercheurs en sociologie, psychologie, philosophie, théologie et sciences des religions.
Coordonné par l’université de Tampere, en Finlande, il a déjà attribué 3,8 millions d’euros à dix-huit projets de recherche et de communication scientifique. Engagé en février 2025 et prévu jusqu’en 2029, le programme bénéficie du financement du Templeton Religion Trust, une organisation philanthropique soutenant des travaux sur les relations entre religion, science et société.
Le terme « mystique » désigne ici des expériences vécues comme un contact direct avec une réalité divine ou ultime, parfois décrites comme un sentiment d’unité, une modification du rapport au temps ou un dépassement des limites habituelles du moi. Les personnes concernées leur attribuent souvent des conséquences durables sur leur manière de vivre et de comprendre le monde. Ces récits existent dans différentes religions, mais aussi chez des personnes sans appartenance religieuse institutionnelle.
Les projets retenus par PRISM montrent l’étendue des terrains étudiés. Certaines équipes travaillent sur des textes anciens, d’autres sur des communautés contemporaines, des pratiques contemplatives ou la création artistique.
En Allemagne, Michael Lackner et Tommaso Previato, de l’université Friedrich-Alexander d’Erlangen-Nuremberg, étudient la mystique musulmane en Chine. Leurs recherches portent notamment sur des écrits inspirés du soufisme, la dimension mystique de l’islam, formulés dans un langage marqué par le confucianisme. Elles examinent également les échanges avec le taoïsme et le bouddhisme, ainsi que la transmission des enseignements au sein de confréries musulmanes. Ce terrain permet d’interroger les emprunts et réinterprétations entre traditions, un phénomène qui rejoint certaines questions étudiées sous le terme de syncrétisme religieux.
Un autre projet, dirigé par le sociologue Francesco Piraino, explore les relations entre mystique et arts contemporains. Des enquêtes de terrain et des entretiens doivent notamment être menés auprès d’artistes musulmans au Sénégal, au Maroc et en Égypte, de pratiquants bouddhistes en Asie et de chanteurs bauls en Inde et au Bangladesh. Les Bauls appartiennent à une tradition spirituelle du Bengale où le chant occupe une place centrale et où se rencontrent des influences hindoues et musulmanes. Les chercheurs chercheront à comprendre comment les artistes vivent et transmettent une expérience religieuse à travers la musique, la danse ou les arts visuels.
PRISM s’intéresse également à la manière dont une expérience spirituelle peut se traduire par un engagement envers les autres.
Une équipe étudie ainsi le mouvement international organisé autour d’Amma, figure spirituelle indienne connue pour accueillir les personnes qui viennent la rencontrer dans une étreinte. Les chercheurs veulent comprendre comment les pratiques dévotionnelles, la relation à cette enseignante et les expériences des fidèles s’articulent avec les activités humanitaires du mouvement. Le travail prévoit notamment des enquêtes dans son centre du Kerala et lors de sa tournée européenne.
D’autres recherches examineront les liens possibles entre pratiques mystiques, action collective et construction de la paix. La question est de savoir comment une expérience intérieure peut influencer des comportements observables : relations avec autrui, service communautaire ou participation à la vie sociale.
Le programme entend croiser plusieurs méthodes : analyse de textes, observation des pratiques, entretiens et comparaison entre traditions. Son cadre de recherche accorde une place aux expériences elles-mêmes, aux outils utilisés pour les étudier, aux échanges interreligieux et aux contextes historiques et culturels.
L’une des difficultés consiste à déterminer ce qui peut réellement être comparé. Des récits employant des mots proches ne décrivent pas nécessairement la même expérience. À l’inverse, des personnes appartenant à des traditions différentes peuvent interpréter avec des vocabulaires distincts des transformations présentant certaines ressemblances.
Les recherches porteront aussi sur les aspects difficiles du cheminement contemplatif. Un projet consacré aux transformations de la conscience examine notamment les récits de déstabilisation, de confusion et de retour à l’équilibre. L’équipe cherchera à établir si certaines séquences se retrouvent dans plusieurs traditions, tout en précisant qu’elle ne les considère pas d’emblée comme universelles.
À ce stade, PRISM présente donc des questions et des programmes de travail. Les résultats devront permettre de mieux comprendre ce que les personnes vivent, la manière dont elles donnent sens à ces expériences et les transformations qu’elles leur attribuent. Pour les sciences des religions, l’enjeu est aussi de mieux documenter une dimension de la vie spirituelle qui déborde les doctrines, les institutions et les statistiques d’appartenance.




