Des foules immenses ont convergé vers Kerbala, en Irak, pour commémorer l’Arbaïn, l’un des principaux rendez-vous religieux du chiisme. Le pèlerinage a culminé le 4 août, au terme de plusieurs jours de marche et de cérémonies autour des sanctuaires de l’imam Hussein et de son demi-frère Abbas. Selon les sources irakiennes, la fréquentation se situe cette année entre près de 20 millions de pèlerins comptabilisés par le sanctuaire d’Al-Abbas.
Le gouverneur de Kerbala, Nassif Jassim al-Khattabi, a pour sa part affirmé que plus de 22 millions de personnes étaient entrées dans la ville durant la période du pèlerinage. Environ cinq millions seraient venues de l’étranger, depuis 172 pays.
L’Arbaïn, qui signifie « quarantième » en arabe, est célébré quarante jours après l’Achoura. Il clôt la période de deuil consacrée à Hussein, petit-fils du prophète Mahomet et figure centrale du chiisme, tué avec plusieurs membres de sa famille et de ses compagnons lors de la bataille de Kerbala en 680. Son refus de prêter allégeance au calife omeyyade Yazid est devenu, dans la mémoire chiite, le symbole de la fidélité à la justice face à l’oppression.
Les pèlerins se rendent auprès du tombeau de Hussein et de celui d’Abbas, situés dans deux sanctuaires voisins au cœur de Kerbala. Prières, récitations, larmes et gestes collectifs de deuil rythment les derniers jours du rassemblement. Beaucoup accomplissent une partie du trajet à pied. La route reliant Najaf à Kerbala, longue d’environ 80 kilomètres, est la plus connue, mais les marcheurs arrivent également du sud, du centre et du nord de l’Irak, ainsi que des postes-frontières empruntés par les visiteurs étrangers.
Le pèlerinage est aussi rendu possible par un vaste mouvement de solidarité populaire. Tout au long des routes, des milliers de mawakib — des groupes ou stations de service organisés par des familles, des quartiers et diverses organisations — distribuent gratuitement de l’eau et des repas. Ils proposent aussi des lieux de repos, un hébergement et des soins. Ces installations ne sont pas périphériques à l’Arbaïn : servir un pèlerin de Hussein est considéré comme une forme de dévotion.
Depuis 2019, l’UNESCO inscrit « l’offre de services et l’hospitalité pendant la visite de l’Arbaïn » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. L’organisation décrit une pratique profondément enracinée dans la tradition irakienne de l’hospitalité, fondée sur le bénévolat, la mobilisation sociale et le don. Ce n’est donc pas le pèlerinage religieux lui-même qui a été inscrit, mais la culture d’accueil qui l’entoure.
L’édition 2026 s’est déroulée dans un contexte régional tendu, marqué par la crainte d’une nouvelle escalade entre les États-Unis et l’Iran.
Malgré les tensions qui ont entouré cette édition, l’Arbaïn demeure d’abord, pour ceux qui le parcourent, une marche de mémoire et de fidélité religieuse. Par son ampleur, il compte parmi les plus grands rassemblements annuels au monde. Mais sa singularité ne tient pas seulement au nombre de participants : elle réside aussi dans cette organisation largement portée par des citoyens ordinaires qui, pendant plusieurs jours, nourrissent, hébergent et soignent gratuitement des millions de personnes en route vers Kerbala.




