Le yézidisme est une religion monothéiste originaire du Moyen-Orient. Ses fidèles sont appelés les Yézidis ou Êzidis. Son principal foyer historique se trouve dans le nord de l’Irak, particulièrement dans les régions de Sinjar et de Sheikhan. La plupart des Yézidis parlent le kurmandji, une langue kurde, tandis que certaines communautés parlent arabe.
Le yézidisme a pris sa forme actuelle à partir du XIIe siècle, autour de l’enseignement et de la communauté de Cheikh Adi ibn Musafir. Ce maître spirituel s’installa dans la vallée de Lalish, près de Mossoul, où il mourut en 1162. Son tombeau devint le principal sanctuaire yézidi. La religion rassemble également des traditions beaucoup plus anciennes, développées au cours des siècles parmi les populations de cette région.
Les Yézidis croient en un Dieu unique appelé Xwedê. Dieu est la source de toute existence et le créateur de l’univers. Il a confié le monde à sept êtres saints, parfois appelés les Sept Mystères. Le principal d’entre eux est Tawûsê Melek, dont le nom signifie « l’Ange-Paon ». Il représente la sagesse, la puissance et l’autorité divines dans le monde. Il veille sur la création et occupe une place centrale dans les prières et les hymnes yézidis.
Dieu est considéré comme supérieur au monde visible et à la compréhension humaine. La relation avec lui passe notamment par les sept êtres saints, par Cheikh Adi et par d’autres figures spirituelles honorées dans les sanctuaires. Les fidèles recherchent leur bénédiction, leur aide et leur protection. La lumière, en particulier celle du soleil et des lampes sacrées, exprime la présence et la sagesse divines.
La vie spirituelle vise à placer l’être humain en harmonie avec l’ordre voulu par Dieu. Elle accorde une grande importance à la pureté et à la sincérité du cœur. Les enseignements yézidis invitent chacun à maîtriser son nefs, c’est-à-dire la partie de lui-même dominée par l’égoïsme, l’orgueil, la colère ou les désirs excessifs. Le mal est ainsi lié aux choix des êtres humains et à leur difficulté à maîtriser leurs mauvais penchants.
Faire le bien signifie vivre avec un cœur sincère, respecter les autres et accomplir ses responsabilités envers sa famille et sa communauté. La fidélité, l’entraide, l’hospitalité, le respect des personnes âgées et des guides religieux tiennent une place importante dans la vie yézidie. Le respect s’étend également à la terre, à l’eau, au feu et à l’air, considérés comme des éléments sacrés de la création. Les règles religieuses qui entourent ces éléments cherchent à préserver leur pureté.
Les Yézidis croient à la réincarnation, appelée kiras gorîn, littéralement « changer de chemise ». Cette image signifie que l’âme peut quitter un corps et poursuivre son existence dans un autre. Les sept êtres saints peuvent également se manifester à différentes époques sous une forme humaine. La réincarnation exprime ainsi la continuité de la vie spirituelle au-delà de la mort. Les traditions yézidies parlent aussi du paradis et de l’enfer, parfois compris comme des états que l’être humain peut déjà connaître au cours de son existence. Les manières d’expliquer ces croyances varient selon les régions et les familles.
Le savoir religieux est principalement transmis oralement. Les textes les plus importants sont les qewls, des hymnes sacrés en langue kurmandji. Ils racontent la création du monde, les actions des êtres saints et les devoirs religieux. Ils sont mémorisés, chantés et expliqués par des spécialistes de la tradition. Les qawwals, musiciens religieux originaires principalement des villages de Bashiqa et de Bahzani, les interprètent traditionnellement avec une flûte et un tambour sur cadre.
La prière peut être récitée à différents moments de la journée, notamment en direction du soleil levant ou couchant, symbole visible de la lumière divine. Les fidèles allument aussi des lampes, visitent les sanctuaires, accomplissent des jeûnes et participent à des fêtes collectives. Ces pratiques nourrissent leur relation avec Dieu, les êtres saints et l’ensemble de la communauté.
Lalish est le cœur spirituel du yézidisme. Les Yézidis cherchent à s’y rendre au moins une fois dans leur vie. Ils y marchent pieds nus en signe de respect et se recueillent auprès du tombeau de Cheikh Adi. L’eau de la Source blanche est utilisée pour le mor kirin, une cérémonie qui marque l’entrée religieuse de l’enfant yézidi dans la communauté.
La principale célébration organisée à Lalish est la fête de l’Assemblée, qui dure plusieurs jours en automne. Elle comprend des prières, des processions, des chants, l’allumage de lampes et des cérémonies autour des sanctuaires. Le Nouvel An yézidi est célébré au printemps. Les familles colorent des œufs, décorent leurs portes avec des fleurs et rendent hommage à leurs défunts. Un jeûne de trois jours précède également la fête d’Êzî, célébrée en hiver.
L’identité religieuse yézidie se transmet par la naissance au sein d’une famille yézidie. Elle est ensuite confirmée par les rites, l’éducation familiale et la participation à la vie communautaire. La société religieuse comprend traditionnellement des familles de cheikhs et de pirs, qui exercent des fonctions spirituelles, ainsi que la majorité des fidèles, appelés murids.
Aujourd’hui, des communautés yézidies vivent en Irak, en Syrie, en Turquie, en Arménie et en Géorgie, ainsi que dans plusieurs pays européens, principalement en Allemagne. L’attaque de Sinjar par le groupe État islamique en août 2014 a provoqué des massacres, des enlèvements et l’asservissement de milliers de personnes. Ces crimes ont été reconnus comme un génocide contre les Yézidis. Malgré la dispersion de nombreuses familles, la transmission des hymnes, les pèlerinages et les fêtes continuent de maintenir vivante leur tradition religieuse.




