Plus de cinquante responsables musulmans et chrétiens ont signé à Abuja la « Déclaration d’Abuja », un accord destiné à rendre leur dialogue plus régulier et plus concret. Adoptée le 12 août à l’issue d’une conférence internationale consacrée à la diversité et à la paix sociale, la Déclaration d’Abuja prévoit la création d’un organisme commun chargé de coordonner les initiatives interreligieuses au Nigeria. Elle lance également un programme national pour la jeunesse, appelé à intervenir dans les six grandes régions du pays.
La conférence s’est tenue les 11 et 12 août sous le patronage du président Bola Tinubu, représenté par le vice-président du Sénat, Barau Jibrin. Elle était organisée par la Ligue islamique mondiale, basée en Arabie saoudite, avec la Jama’atu Izalatil Bid’ah Wa Iqamatus Sunnah (JIBWIS), une importante organisation musulmane sunnite nigériane.
La principale décision de la Déclaration d’Abuja porte sur l’établissement d’un organe réunissant des responsables et des institutions islamiques et chrétiennes du Nigeria, en coopération avec la Ligue islamique mondiale. La déclaration finale lui confie deux fonctions : coordonner les projets menés ensemble et organiser une consultation suivie sur les sujets d’intérêt commun. Les signataires s’engagent parallèlement à poursuivre un dialogue institutionnel régulier, au-delà des rencontres ponctuelles et des déclarations de principe.
L’accord ne précise cependant ni le nom officiel de cette coordination, ni sa composition, ni la date de sa première réunion. Aucun secrétariat, budget ou mode de désignation de ses membres n’a encore été rendu public. La Ligue islamique mondiale évoque un dispositif chargé de suivre l’application du plan d’action, de coordonner les programmes qui en découleront et d’en évaluer périodiquement les résultats. Ces éléments donnent une direction, mais pas encore une architecture complète.
La Déclaration d’Abuja adopte aussi l’initiative « Nigeria’s Youth for Peace », proposée par le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammed Al-Issa. Le programme doit travailler avec le nouvel organisme dans les six zones géopolitiques du Nigeria et communiquer ses résultats aux institutions internationales. Ses activités précises et son financement restent à déterminer.
Les autres engagements concernent les discours de haine, l’éducation et la prévention des conflits. Les participants demandent des campagnes nationales de sensibilisation au respect de la diversité, une plus grande responsabilité des médias face aux rumeurs et aux propos incitant à la violence, ainsi que des programmes scolaires et des formations favorisant la citoyenneté et la coexistence. Un plan de travail commun doit associer institutions publiques, responsables religieux et organisations civiles.
L’agence de presse nigériane NAN rapporte également que les signataires veulent renforcer la participation des jeunes et des femmes aux initiatives de paix. La prévention des conflits, la consolidation de la confiance et la protection du tissu national sont présentées comme des responsabilités partagées entre l’État, les communautés religieuses, l’école, les médias et la société civile.
Le contexte donne un poids particulier à ces engagements. Le pays, presque également partagé entre musulmans et chrétiens, connaît des violences qui ne se résument pas à un affrontement religieux. L’insurrection de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, les groupes armés, les enlèvements et certains conflits locaux ont frappé les deux communautés. La religion peut aggraver les tensions ou orienter le choix des victimes, mais elle se mêle à des enjeux politiques, territoriaux, économiques et criminels.
Parmi les signataires figuraient le sultan de Sokoto, Muhammadu Sa’ad Abubakar III, principale autorité traditionnelle de l’islam nigérian, ainsi que l’archevêque John Praise Daniel, qui préside une assemblée de responsables chrétiens du Nord. Ce dernier a souhaité que l’accord fasse reculer les sermons qui insultent d’autres croyants ou les désignent comme infidèles. Khalid Abubakar, secrétaire général de la Jama’atu Nasril Islam, a pour sa part insisté sur le fait que la coopération ne demandait à personne de renoncer à sa foi.
Le Nigeria ne part pourtant pas de rien. Depuis 1999, le Conseil interreligieux du Nigeria, ou NIREC, réunit déjà à parité des représentants musulmans et chrétiens. Il compte aujourd’hui soixante membres et organise notamment des réunions dans les différentes régions du pays. Son secrétaire exécutif, le père Cornelius Omonokhua, participait à la conférence d’Abuja. La déclaration n’explique pas comment la nouvelle coordination travaillera avec ce conseil existant, ni ce qu’elle apportera de différent.
Ce sera l’un des premiers tests de l’accord. L’annonce d’un organisme et d’un programme national pour la jeunesse est plus concrète qu’un simple appel à la paix. Leur portée dépendra toutefois de la représentativité des membres, de leur implantation locale et de moyens vérifiables. Aux signataires de montrer désormais que cette coordination peut agir là où la défiance et la violence se vivent au quotidien.




