Lors de la cérémonie organisée le 17 août pour le 81e anniversaire de l’indépendance de l’Indonésie, le ministre des Affaires religieuses, Nasaruddin Umar, a affirmé que la concorde sociale et religieuse avait atteint son niveau le plus élevé dans l’histoire du pays. Dans la prière qu’il a prononcée au palais présidentiel, il a avancé un taux de 77,85 %. Le résultat officiel publié par son ministère en décembre 2025 était légèrement différent : 77,89 points sur 100, soit le meilleur score obtenu depuis la création de cet indicateur en 2015.
L’Indice de concorde entre communautés religieuses, ou IKUB, repose sur une enquête réalisée par le ministère avec le Centre d’études et de développement de la société musulmane (P3M) de l’Université d’Indonésie. Entre septembre et novembre 2025, 13 836 personnes ont été interrogées en face à face. Les questions portaient sur trois dimensions : la tolérance, qui obtient 88,82 points ; l’égalité entre croyants, évaluée à 79,35 ; et la participation commune à la vie sociale, qui atteint seulement 65,49. Le ministère classe néanmoins l’ensemble du résultat dans la catégorie « élevée ».
Ces données permettent de mesurer des attitudes et des perceptions au sein de la population. Elles ne constituent pas un recensement des fermetures de lieux de culte, des interdictions de cérémonies, des violences ou des décisions administratives défavorables à certaines communautés. Elles renseignent donc sur le climat général perçu par les personnes interrogées, mais beaucoup moins sur la protection effective des minorités. Une population peut se déclarer favorable à la tolérance tout en acceptant que les fidèles d’une autre religion ne puissent pas construire un lieu de culte dans son quartier.
C’est sur ce décalage qu’Amnesty International Indonesia a fondé sa réponse au ministre. L’organisation estime que la célébration d’un record national ne correspond pas à la situation observée par les associations de défense des droits humains. Elle rappelle qu’en 2025, SETARA Institute a recensé 221 événements comprenant 331 actes portant atteinte à la liberté de religion ou de conviction. En 2024, 260 événements et 402 actes avaient été enregistrés.
La baisse enregistrée entre les deux années peut indiquer une amélioration, mais elle ne permet pas d’affirmer que les garanties religieuses sont appliquées de manière égale. Le rapport annuel de SETARA Institute continue de relever des obstacles administratifs, des politiques locales discriminatoires, des pressions sociales et des interventions visant principalement des communautés minoritaires. Ces actes peuvent être commis par des groupes privés, mais aussi par des administrations qui ferment un lieu de culte ou refusent d’empêcher l’interruption d’une cérémonie.
Plusieurs affaires survenues en 2026 donnent un contenu concret à ces critiques. Amnesty mentionne l’interdiction faite à des groupes liés à l’organisation musulmane Muhammadiyah de célébrer la prière de l’Aïd dans les districts de Barru, au Sulawesi du Sud, et de Sukoharjo, dans le Java central, le 20 mars. Elle cite également la fermeture administrative, en avril, du lieu de culte de la communauté chrétienne POUK Tesalonika, dans le district de Tangerang.
À Surabaya, des banderoles hostiles à un projet d’église ont encore été installées le 14 août dans le secteur de Citraland. Selon l’enquête du média local DetikJatim, les habitants interrogés affirmaient contester non la présence d’une église, mais la régularité de la procédure et l’adresse utilisée pour recueillir les autorisations.
La réglementation de 2006 impose en effet aux promoteurs d’un édifice religieux de fournir les noms et cartes d’identité d’au moins 90 futurs utilisateurs, le soutien de 60 habitants du secteur ainsi que les recommandations de l’administration religieuse locale et du Forum de concorde entre communautés religieuses. Le texte officiel prévoit que les autorités doivent proposer un autre emplacement lorsque le nombre de fidèles est suffisant mais que le soutien local fait défaut. Cette obligation est cependant difficile à faire respecter lorsque les responsables municipaux préfèrent éviter un affrontement avec la majorité locale.
Les ahmadis rencontrent des difficultés comparables. Une décision conjointe adoptée par trois institutions gouvernementales en 2008 encadre leurs activités au motif que leur interprétation de l’islam diverge de celle qui domine dans le pays. En février 2026, la Commission nationale indonésienne sur les violences faites aux femmes a demandé que l’application de cette décision soit réexaminée. Elle a notamment constaté que les femmes ahmadies pouvaient subir à la fois des restrictions religieuses, une stigmatisation sociale et des difficultés d’accès aux services publics.
Le chiffre gouvernemental n’est donc pas nécessairement faux : il répond à une question différente de celle posée par les défenseurs des droits humains. Il mesure principalement la disposition déclarée de la population à tolérer, reconnaître et côtoyer des personnes d’autres religions. SETARA et Amnesty recensent pour leur part des actes précis et examinent l’action des administrations. Une moyenne nationale élevée peut ainsi coexister avec des violations concentrées sur un nombre limité de communautés.




