Le gouvernement américain prévoit de diffuser en direct l’exécution de Nidal Malik Hasan, condamné à mort pour avoir tué treize personnes et blessé trente-deux autres en 2009 sur la base militaire de Fort Hood, au Texas. Le projet a provoqué une réaction exceptionnellement ferme des évêques catholiques des États-Unis : au-delà du débat sur la peine capitale, ils dénoncent la transformation d’une mise à mort en spectacle offert au public.
L’ancien psychiatre militaire doit être fusillé le 3 décembre à 13 heures sur la base où il avait commis son attaque. Selon le communiqué publié par l’armée américaine, Donald Trump a approuvé la peine de mort et le secrétaire par intérim de l’armée en a fixé la date le 6 octobre. Une exécution militaire doit nécessairement recevoir l’autorisation personnelle du président des États-Unis.
La diffusion publique ne figurait pas dans le communiqué initial. Elle a été annoncée par le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, qui a déclaré vouloir s’assurer que les citoyens puissent « la regarder » et qu’elle soit « publique ». Le Pentagone a ensuite confirmé à l’Associated Press qu’une retransmission en direct était prévue, sans encore préciser sur quel site ni dans quelles conditions elle serait accessible. Donald Trump a affirmé le 9 octobre avoir personnellement approuvé cette diffusion.
L’annonce fait franchir un seuil inédit à la politique pénale américaine. L’armée des États-Unis n’a plus exécuté de condamné depuis 1961 et n’a pas utilisé de peloton d’exécution depuis la Seconde Guerre mondiale. Plus largement, les exécutions américaines ont cessé d’être des manifestations ouvertes au public dans les années 1930. Les témoins éventuellement admis dans une prison représentent les familles, la presse ou les autorités : ils ne constituent pas une audience potentiellement mondiale réunie devant des écrans.
Pour Paul Coakley, archevêque d’Oklahoma City et président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, cette différence est essentielle. Dans une déclaration publiée le 9 octobre, il reconnaît que les actes de Hasan ne peuvent « en aucune manière » être excusés, mais qualifie le projet de « promotion barbare d’une culture de mort ». Une exécution publique, ajoute-t-il, porterait atteinte à la conscience du pays au lieu de réparer le mal commis.
Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, a formulé la même distinction entre la gravité du crime et la dignité qui demeure attachée à son auteur. « Il est certainement inacceptable de transformer la mort en spectacle. Aussi coupable que soit la personne, il existe d’autres moyens », a-t-il déclaré à propos du projet américain.
Cette réaction s’inscrit dans l’opposition désormais explicite de l’Église catholique à la peine capitale. Depuis la révision du Catéchisme approuvée en 2018, celle-ci est considérée comme « inadmissible », parce qu’elle porte atteinte à la dignité de la personne et que les États disposent de moyens suffisants pour protéger la société sans tuer le condamné. La retransmission ajoute une dimension supplémentaire : elle ne se contente pas d’ôter une vie au nom de la justice, mais invite la population à en devenir spectatrice.
La critique ne vient d’ailleurs pas seulement des adversaires de la peine de mort. Le sénateur républicain Thom Tillis estime que Hasan doit être exécuté, mais juge sa diffusion « au-delà du dégoûtant » et rappelle que les exécutions publiques caractérisent plutôt des régimes autoritaires. Plusieurs autres élus républicains et démocrates ont demandé au Pentagone de revenir sur sa décision. Même le vice-président JD Vance a indiqué qu’il ne regarderait pas la retransmission.
Des victimes de l’attaque expriment elles aussi des positions plus complexes que ne le laisse entendre une opposition sommaire entre compassion pour le condamné et justice pour les morts. Alonzo Lunsford, atteint par sept balles lors de la fusillade, souhaite assister personnellement à l’exécution, mais s’oppose à ce que sa diffusion devienne un divertissement collectif. La publicité mondiale de la mise à mort pourrait également fournir aux réseaux extrémistes des images utilisables pour transformer Hasan en martyr.
Le projet placerait enfin les États-Unis dans une compagnie peu flatteuse. D’après les données d’Amnesty International reprises par l’Associated Press, seuls l’Iran et l’Afghanistan ont procédé de manière vérifiable à des exécutions publiques en 2025. Aucun autre État n’est connu pour retransmettre légalement une exécution en direct à une audience mondiale.
Les exécutions anciennes étaient organisées sur une place ou dans une cour, devant une foule limitée par la géographie. Internet permettrait désormais à des millions de personnes d’observer simultanément le moment précis où des soldats tuent un prisonnier attaché face à un peloton. Le dispositif évoque moins l’administration austère d’une peine que la reconstitution numérique des jeux du cirque : le pouvoir expose le corps du condamné et fait de sa mort une démonstration politique.




