Le cardinal philippin Luis Antonio Tagle est devenu le premier Asiatique à exercer la fonction de doyen du Collège des cardinaux. Son élection, intervenue le 8 octobre, a été approuvée par le pape Léon XIV avant d’être annoncée officiellement le lendemain par le Saint-Siège. À 69 ans, l’ancien archevêque de Manille succède au cardinal italien Giovanni Battista Re, qui quitte cette responsabilité à l’âge de 92 ans et reçoit le titre de doyen émérite.
Contrairement à ce que peut laisser penser le vocabulaire employé dans certains comptes rendus, Tagle n’a pas été directement choisi par le pape. Conformément au droit canonique de l’Église catholique, le doyen est élu parmi les cardinaux appartenant à l’ordre des cardinaux-évêques. Le nom de l’élu est ensuite communiqué au souverain pontife, auquel il revient d’approuver le choix. Le bulletin officiel du Saint-Siège précise que Tagle recevra le titre traditionnel de l’Église suburbicaire d’Ostie tout en conservant celui d’Albano.
Le doyen préside le Collège des cardinaux, mais il n’est pas le supérieur hiérarchique de ses membres. Le droit de l’Église le présente comme le premier parmi ses égaux, sans pouvoir de gouvernement sur les autres cardinaux. Son rôle consiste principalement à coordonner leurs activités, à présider certaines réunions et à représenter le Collège dans les circonstances les plus importantes de la vie de l’Église.
Cette fonction devient particulièrement visible à la mort ou à la renonciation d’un pape. Le doyen convoque alors les cardinaux à Rome et préside les congrégations générales pendant lesquelles ils examinent la situation de l’Église avant l’ouverture du conclave. Il célèbre normalement les funérailles du pape défunt et la messe précédant l’élection de son successeur. S’il a moins de 80 ans, comme c’est actuellement le cas de Tagle, il peut participer au conclave et y exercer les fonctions attribuées au doyen.
Une fois un pape élu, le doyen lui demande s’il accepte son élection et quel nom il souhaite porter. Ces responsabilités expliquent le poids symbolique de la fonction, mais elles ne permettent pas au doyen de diriger le vote ni de désigner le futur pontife. La présentation publiée par Vatican News insiste d’ailleurs sur cette absence d’autorité hiérarchique sur les autres cardinaux.
La désignation de Luis Antonio Tagle constitue néanmoins une étape historique pour le christianisme en Asie. Né à Manille en 1957 dans une famille d’ascendance philippine et chinoise, il a été ordonné prêtre en 1982. Après des études de théologie aux Philippines et aux États-Unis, il a participé aux travaux consacrés à l’histoire du concile Vatican II et a été membre de la Commission théologique internationale.
Nommé évêque d’Imus en 2001, il est devenu archevêque de Manille dix ans plus tard. Benoît XVI l’a créé cardinal en 2012. Très populaire aux Philippines, il s’est fait connaître par un style pastoral accessible, une forte présence médiatique et son attention aux questions de pauvreté, de migration et d’exclusion sociale.
Son parcours est également international. Il a présidé Caritas Internationalis de 2015 à 2022 avant d’être appelé à Rome par le pape François pour diriger l’ancienne Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Il est aujourd’hui propréfet de la section du Dicastère pour l’évangélisation chargée de la première évangélisation et des nouvelles Églises particulières, qui accompagne notamment de nombreux diocèses d’Afrique, d’Asie et d’Océanie. Sa biographie officielle montre ainsi un profil associant expérience pastorale, responsabilités humanitaires et connaissance du gouvernement central de l’Église.
Luis Antonio Tagle figurait déjà parmi les cardinaux régulièrement présentés comme susceptibles d’être élus pape lors du conclave de 2025. Son accession au décanat renforce inévitablement sa visibilité et lui donnera une place centrale dans la préparation d’une future transition pontificale.
Cette élection intervient aussi dans une période d’évolution des institutions vaticanes. Religactu avait récemment expliqué comment Léon XIV a inscrit dans la Loi fondamentale la possibilité de confier le gouvernement du Vatican à des non-cardinaux. La désignation de Tagle relève d’un autre mécanisme, strictement ecclésial, mais elle manifeste elle aussi le recul progressif du monopole européen et italien sur les principales responsabilités de l’Église universelle.
Le choix d’un cardinal philippin à la tête du Collège ne modifie pas les règles du conclave. Il porte cependant un symbole puissant : pour la première fois, le cardinal chargé de coordonner l’institution qui conseille le pape et élit son successeur vient d’Asie, continent où le catholicisme reste minoritaire mais connaît certaines de ses communautés les plus dynamiques.




