Approuvée à l’unanimité en première lecture le 13 août dernier, la réforme de la liberté de religion et de culte en Angola suscite désormais des critiques au sein même du Parlement. Mihaela Webba, députée de l’UNITA, principal parti d’opposition, estime que plusieurs dispositions pourraient restreindre les droits des communautés religieuses, particulièrement des minorités. Elle demande leur révision avant l’adoption définitive du texte.
Dans un entretien accordé à Deutsche Welle le 4 septembre, la parlementaire remet en question deux exigences centrales de la réforme : l’obligation pour les confessions religieuses d’être implantées dans au moins dix provinces et celle, pour leurs responsables, de posséder un diplôme supérieur de théologie.
Ces déclarations interviennent alors que le projet, approuvé par 165 voix favorables sans opposition ni abstention, doit encore être examiné article par article. Le vote d’août portait sur le principe général de la réforme, et non sur l’adoption définitive de toutes ses dispositions.
La première difficulté soulevée par Mihaela Webba concerne l’implantation territoriale. Selon les exigences présentées lors de l’examen du projet, une confession devrait justifier d’une présence dans au moins dix des vingt et une provinces angolaises. Pour la députée, cette condition représente un obstacle important pour les nouvelles communautés, qui doivent disposer de moyens financiers suffisants, trouver des fidèles dans différentes régions et apporter les justificatifs administratifs correspondants.
La législation actuelle impose déjà des conditions particulièrement exigeantes. La loi n° 12/19 du 14 mai 2019 prévoit notamment un minimum de 60 000 signatures authentifiées pour obtenir la reconnaissance officielle d’une confession religieuse, avec au moins 1 000 signataires résidant dans chacune des provinces du pays. L’articulation de ces exigences avec les nouvelles dispositions évoquées au Parlement devra être précisée lors de l’examen du texte.
Mais c’est surtout l’obligation d’une formation universitaire en théologie qui suscite les réserves de la parlementaire. Selon elle, le projet repose sur une conception essentiellement chrétienne de la religion, qui ne correspond pas à la diversité des croyances présentes en Angola.
Elle cite notamment les Églises catholique et méthodiste, qui disposent d’institutions de formation théologique, puis pose la question du cas des Témoins de Jéhovah, dont l’interprétation de la Bible et les modalités de formation des responsables religieux diffèrent sensiblement de celles de ces Églises.
La difficulté est encore plus manifeste pour les religions traditionnelles africaines, mais aussi pour les communautés musulmanes ou bouddhistes. Leurs responsables peuvent être formés selon des traditions et des institutions qui ne correspondent pas au modèle universitaire de théologie envisagé par le législateur.
Mihaela Webba souligne également que la liberté religieuse comprend la possibilité de croire en un Dieu, en plusieurs dieux ou de ne croire en aucun. Elle estime que cette diversité n’a pas suffisamment été prise en considération dans la préparation du projet.
La députée ne conteste cependant pas la nécessité de lutter contre certaines pratiques abusives. Elle évoque notamment les prédicateurs qui promettent des guérisons miraculeuses, y compris de maladies graves comme le VIH, à travers des pratiques sans fondement scientifique. Selon elle, ces préoccupations ont largement inspiré la réforme, notamment face au développement de certaines Églises pentecôtistes et néopentecôtistes.
Le gouvernement angolais défend précisément le renforcement de la réglementation au nom de la protection des fidèles. Lors de la séance parlementaire du 13 août, la secrétaire d’État à la Culture, Maria da Piedade de Jesus, avait justifié la nécessité de mieux encadrer les activités religieuses collectives, dans un contexte de multiplication des organisations religieuses.
Pour Mihaela Webba, le risque est que les mesures envisagées dépassent cet objectif et rendent plus difficile l’exercice légitime de certaines religions.
Elle prend notamment l’exemple de l’islam. Selon la députée, la communauté musulmane n’a toujours pas obtenu de reconnaissance officielle en Angola, alors que des mosquées existent dans de nombreuses régions du pays. Cette situation illustre, à ses yeux, les difficultés que les règles de reconnaissance peuvent déjà créer pour certaines confessions.
Interrogée sur les modifications nécessaires, la parlementaire affirme que certaines dispositions sont irréalisables et d’autres abusives. Elle demande un examen attentif de chaque article afin de déterminer où les exigences administratives risquent de porter atteinte à la liberté de religion, de culte et de croyance.
Ces préoccupations rejoignent plusieurs des questions soulevées dans une précédente analyse de Religactu, notamment sur les conséquences des exigences universitaires et administratives pour les religions minoritaires.
Le président de l’Assemblée nationale, Adão de Almeida, a confirmé à la clôture de la session parlementaire d’août que cette réforme figurait parmi les textes restant à examiner et à voter dans le détail au cours de la prochaine session.
Celle-ci s’ouvrira le 15 octobre 2026, comme l’a confirmé la Radio nationale angolaise. Aucune date précise n’a encore été annoncée pour le vote définitif sur la réforme.
Les prochaines discussions devront notamment déterminer si les exigences de formation théologique et de représentation territoriale seront maintenues ou modifiées. Malgré l’unanimité du vote initial, les déclarations de Mihaela Webba montrent que le contenu de la future loi reste ouvert à la discussion parlementaire.




