Depuis juillet, les autorités camerounaises ferment des dizaines d’églises évangéliques indépendantes, principalement des communautés pentecôtistes couramment appelées « églises de réveil ». Le gouvernement affirme vouloir mettre fin aux nuisances, aux abus et au fonctionnement de lieux de culte dépourvus d’autorisation. Mais cette campagne repose sur un système dans lequel une communauté religieuse ne peut être reconnue que par un décret personnel du président de la République. L’État reproche ainsi à des Églises de ne pas posséder un document que ses propres institutions peuvent mettre des années à leur accorder.
Le 8 juillet 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a déclaré que « la période de tolérance » était terminée. Les médias ont alors annoncé la fermeture de 1 400 églises de réveil. Certaines publications présentent ce chiffre comme le nombre de lieux devant être fermés, tandis que d’autres affirment qu’il correspond aux fermetures déjà réalisées au cours des dix-huit mois précédents. Les opérations, elles, sont bien réelles. Une cinquantaine d’églises avaient été fermées en un peu plus d’une semaine dans les arrondissements de Yaoundé V et VI. En février 2025, 188 des 615 lieux de culte recensés dans le seul arrondissement de Yaoundé IV avaient déjà été fermés.
Les autorités invoquent plusieurs motifs : absence d’existence légale, utilisation d’une habitation comme lieu de culte, nuisances sonores, escroqueries, manipulations de fidèles ou atteintes à l’ordre public. Ces problèmes ne sont pas imaginaires et peuvent justifier des contrôles. Une communauté religieuse n’est pas dispensée des règles de sécurité, du droit pénal ou des normes applicables au voisinage. Mais fermer un lieu en raison d’un danger établi ou de nuisances persistantes n’est pas la même chose que lui interdire toute activité religieuse faute de décret présidentiel.
La campagne a été relancée après le meurtre d’une fillette de onze ans à Nkolndongo, dans la nuit du 27 au 28 juin. La suspecte, présentée comme membre de l’Église évangélique « Vie et Paix au Cameroun », aurait déclaré avoir agi sous l’influence d’un responsable religieux. L’enquête doit encore déterminer les responsabilités exactes. Le ministre a lui-même reconnu que l’Église concernée possédait une existence légale. Ce crime ne démontre donc pas la nécessité de fermer des centaines d’autres communautés précisément parce qu’elles ne seraient pas reconnues. La responsabilité pénale est individuelle et les éventuelles fautes d’un dirigeant religieux doivent être établies contre celui-ci ou contre son organisation, non imputées à l’ensemble du protestantisme évangélique indépendant.
Le principal problème se trouve dans la loi camerounaise du 19 décembre 1990 relative à la liberté d’association. Son article 23 impose une autorisation à toute association religieuse. L’article 24 précise que celle-ci est accordée par décret du président de la République, après avis motivé du ministre de l’Administration territoriale. Il ne s’agit donc pas d’une simple déclaration administrative que l’organisation obtiendrait en déposant un dossier complet. La décision dépend du sommet de l’État, sans délai clairement garanti par la loi.
En février 2025, International IDEA relevait que seulement 48 confessions avaient été autorisées depuis 1952 et que des centaines de demandes seraient encore en attente. Le président Paul Biya a certes autorisé huit nouvelles associations religieuses le 23 janvier 2026, dont plusieurs Églises évangéliques. Cette série de décrets ne corrige cependant pas le problème de fond : l’exercice collectif d’une religion reste suspendu à une décision présidentielle discrétionnaire, tandis qu’aucune procédure rapide ne garantit une réponse aux autres demandeurs.
Cette situation est difficilement conciliable avec les standards internationaux. L’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques protège le droit de manifester sa religion, individuellement ou collectivement, en public comme en privé. Les restrictions ne sont permises que lorsqu’elles sont prévues par la loi et nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre, de la santé, de la morale publique ou des droits d’autrui. Elles doivent aussi répondre à un besoin précis et rester proportionnées. La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples garantit également la pratique libre de la religion.
Le Cameroun peut exiger des comptes transparents, contrôler la sécurité des bâtiments et poursuivre les responsables d’abus. Il doit alors examiner chaque situation, exposer les faits reprochés et permettre un recours effectif. L’absence d’un décret présidentiel ne suffit pas à établir qu’une communauté menace ses fidèles ou l’ordre public. Après avoir laissé pendant des années des Églises fonctionner sous « tolérance administrative », l’État ne peut transformer ses propres lenteurs en faute imputable aux croyants.
Si 1 400 lieux présentent réellement des risques, le gouvernement doit publier les décisions prises, leurs motifs et les voies de recours disponibles. Si leur seule infraction consiste à attendre une autorisation présidentielle, c’est d’abord le système d’autorisation qu’il faut réformer.




