Des parlementaires républicains du Texas ont publiquement envisagé d’utiliser la loi pour rendre plus difficile la pratique de l’islam. Réunis le 26 septembre à Cedar Park lors du Texas Faith Fest, ils ont proposé de priver les écoles musulmanes de certaines aides publiques, de supprimer les repas halal dans les institutions et de limiter les appels à la prière. Mais ces discours, aussi préoccupants soient-ils, ne résument ni le Texas ni les États-Unis : d’autres élus et responsables religieux défendent une conception exactement inverse de l’identité américaine, fondée sur l’égalité entre les religions.
Le débat était intitulé « Don’t Sharia My Texas » et organisé dans le cadre du rassemblement annuel de l’organisation conservatrice chrétienne Texas Values. Selon le compte rendu du Houston Chronicle, la représentante Keresa Richardson a résumé l’esprit de la discussion en déclarant : « Plus ils seront mal à l’aise, mieux ce sera. »
Le représentant Andy Hopper a comparé l’islam à une « civilisation étrangère hostile » et appelé les écoles à enseigner « à quel point l’islam est horrible ». Son collègue Brent Money a proposé que les prisons et autres institutions publiques cessent de fournir des aliments répondant à des prescriptions religieuses. La mesure viserait les repas halal, c’est-à-dire conformes aux règles alimentaires musulmanes, mais supprimerait nécessairement aussi les repas casher demandés par des détenus juifs.
Une telle interdiction se heurterait à la législation fédérale. La loi de 2000 sur l’usage religieux des biens et les personnes institutionnalisées interdit aux établissements pénitentiaires d’imposer des restrictions inutiles ou arbitraires à la pratique religieuse. Le ministère américain de la Justice rappelle que l’administration doit justifier toute limitation importante par un intérêt public impérieux et choisir la solution la moins restrictive possible.
Keresa Richardson a également envisagé d’interdire la diffusion amplifiée de l’appel musulman à la prière. Une municipalité peut appliquer des règles générales contre les nuisances sonores, qu’elles concernent un appel à la prière, des cloches d’église ou toute autre émission. En revanche, une interdiction conçue spécialement pour empêcher les musulmans de faire entendre leur prière, tout en laissant subsister des manifestations sonores comparables d’autres religions, serait difficilement compatible avec le premier amendement.
Plusieurs participants sont allés plus loin en contestant que l’islam soit véritablement une religion. Brent Money a estimé que cette question devait être posée, tandis qu’un responsable de Texas Values a affirmé que les musulmans bénéficiaient de la protection constitutionnelle parce que la population considérait, à tort selon lui, l’islam comme une religion. Or la tradition constitutionnelle américaine interdit précisément au pouvoir politique de distribuer des certificats d’authenticité religieuse. Comme le rappelle le service d’analyse constitutionnelle du Congrès, une mesure imposant des contraintes particulières à une pratique en raison de son caractère religieux perd sa présomption de neutralité.
La charia est ici présentée comme un système juridique rival qui chercherait à remplacer les lois américaines. Pour les musulmans vivant aux États-Unis, elle désigne pourtant principalement un ensemble de principes religieux et moraux concernant la prière, le jeûne, l’aumône, la vie familiale ou l’alimentation. Les services de médiation proposés par certaines organisations musulmanes n’ont pas le pouvoir d’annuler une loi ou une décision de justice, pas davantage que les tribunaux rabbiniques ou les instances disciplinaires des Églises. La juriste Asma Uddin expliquait récemment que les pratiques musulmanes les plus ordinaires sont de plus en plus décrites au Texas comme des menaces politiques.
Le débat du Texas Faith Fest n’est donc pas un incident isolé. En 2026, des responsables texans ont contesté des installations permettant les ablutions avant la prière dans un aéroport, menacé le financement d’une ville qui accueillait une fête musulmane et soutenu l’exclusion d’écoles islamiques d’un programme de financement scolaire. Le gouverneur Greg Abbott et le sénateur Ted Cruz ont également promis d’interdire la charia, bien qu’aucun mécanisme ne permette à une règle religieuse de se substituer au droit texan.
Mais cette campagne ne peut pas être présentée comme « la position américaine », ni même comme celle de tous les Texans. Les musulmans disposent d’élus, de soutiens religieux et d’alliés civiques au sein même de l’État. Le représentant musulman Suleman Lalani a fondé le Texas Interfaith Legislators Caucus, un groupe parlementaire consacré à la liberté religieuse et coprésidé par l’élu chrétien Christian Manuel. En juin, Lalani a réuni à Houston des imams, des rabbins, des pasteurs et des parlementaires pour discuter de l’instrumentalisation politique des religions. Il résumait sa démarche par une formule simple : « L’ignorance conduit à la peur, et la peur conduit à la haine. »
À Dallas, Faith Commons et la coalition CLEAR DFW, qui réunit plus de quarante responsables chrétiens, juifs, musulmans, hindous et d’autres traditions, ont publié une lettre ouverte défendant leurs voisins musulmans. Le 11 septembre, des membres de cette coalition se sont tenus silencieusement devant plusieurs mosquées pendant la prière, en signe de solidarité avec des communautés exposées aux menaces.
Deux conceptions de la place des religions s’affrontent ainsi au Texas. La première voudrait donner au christianisme une position privilégiée et traiter l’islam comme une présence étrangère à décourager. La seconde s’inscrit dans la promesse constitutionnelle américaine : l’État n’a pas à choisir les religions qu’il juge suffisamment acceptables, familières ou spirituelles. Les déclarations du Texas Faith Fest sont bien américaines puisqu’elles ont été prononcées par des élus américains. Mais les résistances qu’elles rencontrent — dans les tribunaux, au Parlement texan, dans les Églises, les synagogues et les associations interreligieuses — le sont tout autant.




