À l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le Conseil catholique autochtone du Canada et le Cercle de Notre-Dame-de-Guadalupe ont appelé les catholiques à ne pas se détourner du travail engagé avec les peuples autochtones. Leur déclaration commune, publiée le 30 septembre, intervient alors que des responsables autochtones dénoncent une progression du négationnisme concernant les pensionnats.
Les deux organisations rendent hommage aux survivants de ces établissements, aux enfants qui n’en sont jamais revenus ainsi qu’aux familles qui vivent encore avec leur héritage. Elles rappellent que la réconciliation suppose d’écouter les témoignages même lorsqu’ils obligent l’Église et la société canadienne à affronter des faits douloureux.
Le texte conjoint publié en français ne désigne directement aucun responsable politique ou mouvement. Il observe cependant qu’« un changement notable s’est opéré ces derniers mois dans le discours sur la vérité et la réconciliation ». Ses auteurs mettent en garde contre la tentation de se détourner de la mission de guérison rappelée par le pape François lors de son voyage au Canada en 2022.
Le Cercle de Notre-Dame-de-Guadalupe est une coalition réunissant des Autochtones, des évêques, des membres du clergé, des laïcs et des instituts religieux. Il travaille au renouvellement des relations entre l’Église catholique et les Premières Nations, les Métis et les Inuits. Le Conseil catholique autochtone du Canada participe lui aussi à ce dialogue au sein de l’Église.
La déclaration souligne plusieurs avancées. Elle cite notamment un symposium organisé au printemps à Edmonton sur la « doctrine de la découverte », ensemble de conceptions juridiques et religieuses historiquement utilisées pour justifier la prise de possession des terres autochtones. Elle rappelle également l’engagement des diocèses catholiques à verser 30 millions de dollars canadiens à des projets conçus avec les communautés autochtones. Selon le Fonds de réconciliation avec les Autochtones, près de 25,9 millions avaient été recueillis au moment de sa dernière mise à jour.
L’alerte des organisations catholiques intervient dans un climat particulièrement tendu. Quelques jours avant les commémorations, des individus masqués liés à un mouvement nationaliste blanc ont déployé près de l’ancien pensionnat de Kamloops une banderole portant les mots « Got bones? », que l’on peut traduire par « Vous avez des ossements ? ». Cette action visait manifestement à mettre en doute les recherches conduites sur les enfants disparus dans les pensionnats.
La communauté Tk̓emlúps te Secwépemc avait annoncé en 2021 que des recherches par géoradar avaient détecté 215 anomalies compatibles avec de possibles sépultures sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops, qui justifient des investigations supplémentaires conduites sous l’autorité de la communauté. Les recherches historiques du Centre national pour la vérité et la réconciliation ont par ailleurs permis d’identifier par leur nom 63 enfants morts après avoir fréquenté cet établissement.
La controverse sur les méthodes de recherche est de plus en plus souvent utilisée pour mettre en doute l’ensemble de l’histoire des pensionnats. Des personnes extérieures se sont déjà présentées avec des pelles près du site de Kamloops, obligeant la communauté à renforcer sa sécurité. Lors de la cérémonie nationale organisée le 30 septembre à Ottawa, Stephanie Scott, directrice générale du Centre national pour la vérité et la réconciliation, a dénoncé une progression des discours qui déforment l’histoire et déshumanisent les peuples autochtones.
Plus de 150 000 enfants ont été séparés de leur famille et envoyés dans le système canadien des pensionnats, administré par l’État avec la participation de différentes Églises, dont des institutions catholiques. La Commission de vérité et réconciliation a conclu que ce système avait constitué un élément central d’une politique d’assimilation et de « génocide culturel ». Elle avait initialement documenté la mort de plus de 3 200 enfants, un bilan que les recherches ultérieures continuent de compléter.
Lors de son « pèlerinage pénitentiel » de juillet 2022, le pape François avait demandé pardon pour la participation de membres de l’Église aux politiques de destruction culturelle et d’assimilation forcée. La déclaration du 30 septembre présente la poursuite de ce cheminement comme une obligation spirituelle et pratique. Elle demande de multiplier, dans les paroisses comme dans les communautés, les occasions de rencontre, d’apprentissage et d’action commune.
En parlant prudemment d’un « changement notable » du discours, les organisations catholiques et autochtones évitent de transformer leur déclaration en confrontation politique. Leur avertissement n’en est pas moins clair : le débat sur les recherches archéologiques ne doit pas devenir un moyen d’effacer les archives, les décès documentés et la parole des survivants. La réconciliation ne peut progresser si la reconnaissance des faits qui la rendent nécessaire commence elle-même à reculer.




