Les crimes de haine religieuse enregistrés par la police ont augmenté de 13 % en un an en Angleterre et au pays de Galles. Selon les statistiques publiées le 8 octobre par le ministère britannique de l’Intérieur, 11 419 infractions de ce type ont été recensées entre avril 2025 et mars 2026, contre 10 067 au cours des douze mois précédents.
Cette progression dépasse celle de l’ensemble des crimes de haine, dont le nombre a augmenté de 7 %, pour atteindre 146 825 infractions. En excluant les données de la police métropolitaine de Londres, dont le changement de système d’enregistrement complique certaines comparaisons, le nombre de crimes de haine religieuse atteint son niveau annuel le plus élevé depuis le début de la série statistique en 2012.
Les musulmans sont le groupe le plus fréquemment visé en nombre absolu. La police a enregistré 5 132 infractions dirigées contre des personnes perçues comme musulmanes, soit 15 % de plus que l’année précédente. Ces faits représentent 46 % des crimes de haine religieuse pour lesquels la religion visée a pu être déterminée.
Les infractions antisémites ont, elles aussi, nettement augmenté : 3 162 ont été enregistrées, contre 2 874 un an auparavant, soit une hausse de 10 %. Elles représentent 28 % des faits religieux documentés. Les communautés chrétiennes ont été visées par 624 infractions, en progression de 24 %. Les chiffres atteignent également 267 infractions contre les sikhs, 210 contre les hindous et 62 contre les bouddhistes. Dans 1 309 cas, la religion visée n’a pas pu être précisée.
Les nombres bruts ne disent toutefois pas tout. Rapportées à la taille des différentes communautés, les infractions antisémites atteignent 117 faits pour 10 000 habitants juifs, contre 13 pour 10 000 habitants musulmans. Les juifs sont donc, dans les statistiques policières, très largement le groupe religieux le plus visé proportionnellement à sa population.
Une enquête de victimation donne cependant une image différente. Les données réunies entre 2022 et 2025 estiment que 0,8 % des musulmans ont subi chaque année au moins un crime de haine religieuse, contre 0,4 % des juifs. Cette apparente contradiction s’explique notamment par les différences de signalement et de méthode : les statistiques policières comptent des infractions, éventuellement plusieurs pour une même victime, tandis que l’enquête mesure le nombre de personnes ayant déclaré au moins une expérience de ce type. Elle ne couvre pas non plus certaines infractions à l’ordre public, qui constituent plus de la moitié des faits recensés par la police.
Le calendrier des infractions révèle par ailleurs leur sensibilité aux crises politiques et internationales. Les faits visant les musulmans ont connu une forte hausse en septembre 2025, pendant une période marquée par des manifestations et des troubles publics, puis en mars 2026, après le début du conflit entre les États-Unis et l’Iran. Les infractions antisémites ont fortement augmenté en octobre 2025, après l’attentat contre la synagogue de Heaton Park, et demeurent à un niveau élevé depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas. Ces rapprochements temporels ne permettent pas d’attribuer un mobile identique à chaque infraction, mais montrent la rapidité avec laquelle des événements extérieurs peuvent se traduire par des agressions contre des personnes ou des institutions religieuses britanniques.
La situation des mosquées illustre la dimension concrète de cette dégradation. Le British Muslim Trust, organisme choisi par le gouvernement pour documenter la haine antimusulmane, a recensé 78 incidents visant 64 mosquées au Royaume-Uni et dans les îles Anglo-Normandes entre le 21 juillet 2025 et le 30 juillet 2026, soit environ un incident tous les cinq jours. Son enquête décrit une évolution préoccupante : les auteurs ne s’en prennent plus seulement aux bâtiments, mais de plus en plus directement aux fidèles qui s’y trouvent.
D’après les données de l’organisme rapportées par The Guardian, près de 63 % des incidents observés depuis novembre 2025 appartiennent aux quatre catégories les plus graves de son échelle : harcèlement prolongé, menaces de mort, présence d’armes, incendie, violence directe ou projet présumé d’attaque de masse. Entre juillet et octobre 2025, cette proportion n’était que de 22 %. Le British Muslim Trust invite notamment les responsables politiques à mesurer les conséquences que certains discours sur l’immigration ou l’intégration peuvent avoir sur les communautés musulmanes.
La majorité des crimes de haine recensés par la police ne sont pas des agressions physiques. Les infractions à l’ordre public représentent 53 % des faits, et les violences contre les personnes 40 %. Ces deux catégories réunissent ainsi 93 % de l’ensemble des crimes de haine enregistrés. Parmi les dossiers arrivés à leur terme dans 38 forces de police, 10 % ont donné lieu à une inculpation ou à une convocation devant la justice.
Ces chiffres doivent enfin être interprétés avec prudence. Ils mesurent les infractions connues et reconnues comme telles par la police, non l’intégralité des violences réellement commises, le nombre de victimes ou celui des condamnations. La « religion visée » est celle que l’auteur paraît avoir attribuée à la personne : elle ne correspond pas nécessairement à l’identité religieuse réelle de la victime. Le ministère reconnaît aussi que l’amélioration des pratiques d’enregistrement a contribué à la hausse de long terme. Il observe néanmoins que, depuis deux ans, l’augmentation des crimes de haine n’est plus accompagnée d’une progression comparable des infractions violentes et des troubles à l’ordre public en général, ce qui pourrait signaler une hausse réelle du phénomène.
Au-delà de la comparaison entre communautés, les données dessinent ainsi une même réalité : les tensions politiques et internationales se reportent sur des personnes rendues responsables d’événements auxquels elles sont étrangères. Protéger les juifs, les musulmans, les chrétiens et les autres minorités religieuses ne suppose pas de mettre leurs souffrances en concurrence, mais de défendre un principe commun — celui de pouvoir croire, ne pas croire et pratiquer sa religion sans devenir une cible.




