mercredi, août 12, 2026
  • Se connecter
Religactu
  • France
  • Monde
  • Liberté de religion
  • Traditions et croyances
  • Interreligieux
  • Qui et Pourquoi ?
  • Dictionnaire simple des religions
Pas de résultat
Voir tous les résultats
  • France
  • Monde
  • Liberté de religion
  • Traditions et croyances
  • Interreligieux
  • Qui et Pourquoi ?
  • Dictionnaire simple des religions
Pas de résultat
Voir tous les résultats
Religactu
Pas de résultat
Voir tous les résultats

Au Pakistan, bras de fer entre religion et droits de l’enfant autour des mariages précoces

Sarah Berger par Sarah Berger
2 juin 2025 à 14 h 15
in Pakistan
0
Share on FacebookShare on TwitterShare on LinkedinShare on PinterestShare on Reddit
Genre éditorial Analyse

Dans un contexte où les droits des mineurs et les interprétations du droit islamique s’entrechoquent, le Conseil de l’Idéologie Islamique (CII) du Pakistan a récemment émis un avis dénonçant comme « non conforme à l’islam » un texte législatif pourtant salué par de nombreux militants des droits de l’enfant. Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 23 mai 2025, la loi visant à criminaliser les mariages précoces dans le territoire fédéral d’Islamabad avait pour ambition de relever à 18 ans l’âge minimum du mariage pour les deux sexes, remplaçant un cadre légal hérité de l’époque coloniale britannique.

Ce projet, porté par la députée Sharmila Faruqui, prévoyait notamment des peines de prison allant jusqu’à sept ans pour quiconque faciliterait ou contraindrait un enfant à contracter une union — qu’il s’agisse de membres de la famille, de religieux ou des officiers d’état civil habilités à célébrer les noces. Désormais, tout rapport sexuel au sein d’une union impliquant un mineur, consentement ou non, serait assimilé à un viol statutaire, tandis qu’un homme adulte épousant une fille risquerait jusqu’à trois ans d’emprisonnement.

Pourtant, lors de sa 243ᵉ session tenue du 27 au 28 mai 2025 à Islamabad, le CII a estimé que les clauses stipulant la fixation de l’âge limite du mariage et la qualification du mariage d’un mineur comme maltraitance ne « conforment pas aux injonctions islamiques ». Dans un communiqué publié par son service de presse, le Conseil a souligné que, selon lui, les prescriptions de la Charia n’établissent pas d’âge minimal uniforme de 18 ans pour l’homme et la femme, et que toute législation allant au-delà de cette norme traditionnelle dénaturerait l’esprit de la Loi divine.

Cette décision intervient alors que, selon le Pakistan Demographic and Health Survey 2018, près de 29 % des filles sont mariées avant 18 ans dans l’ensemble du pays, et 4 % avant 15 ans, contre 5 % pour les garçons, d’après la coalition Girls Not Brides. Le Pakistan figure parmi les dix pays affichant le nombre absolu le plus élevé de femmes unies avant leur majorité. Dans certaines régions rurales, comme le Sindh, où l’image d’août 2024 d’une jeune mariée monsoon bride illustre ces coutumes — deux sœurs, Shamila et Salma Zameer, épousées alors qu’elles n’étaient pas majeures, ont été photographiées dans le village de Khan Muhammad Mallah —, la tradition matrimoniale précoce reste profondément ancrée.

Les statistiques révèlent que les jeunes filles mariées sont moins susceptibles de poursuivre leur scolarité et plus exposées aux violences domestiques, aux abus et aux problèmes de santé. Le risque de complications lors de la grossesse est élevé : fistules obstétricales, infections sexuellement transmissibles, voire décès maternel ; les adolescentes présentent un taux de mortalité obstétricale supérieur à celui des femmes dans la vingtaine. Conscients de ces dangers, plusieurs acteurs de la société civile avaient salué le projet de loi comme une avancée inédite pour la protection des droits des enfants, estimant qu’il permettrait de briser le cycle de la précocité matrimoniale et de ses conséquences dramatiques.

Cependant, pour le CII, la portée religieuse du mariage ne se limite pas à un simple calcul d’âge. Dans la tradition islamique, la puberté est souvent considérée comme un critère déterminant, conditionnant la capacité de contracter légalement une union. Les savants qui composent le Conseil ont ainsi jugé que la législation, en imposant un seuil absolu de 18 ans, outrepasse l’interprétation classique de la Charia. À leurs yeux, la loi fédérale doit tenir compte des prescriptions scripturaires et jurisprudentielles plutôt que d’adopter une norme qui, selon eux, relèverait davantage d’une imposition occidentale que d’une règle religieuse authentique.

Face à cette remise en cause, les défenseurs du texte rappellent que la législation coloniale prévoyait déjà 16 ans pour les filles et 18 ans pour les garçons, mais que ces dispositions datent d’une époque où la question du consentement et des droits de l’enfant était perçue différemment. La nouvelle mouture, expliquait-on à l’Assemblée nationale, visait à donner à chaque jeune l’opportunité de terminer ses études et de se développer physiquement et psychologiquement avant d’entamer une vie conjugale. Selon certains spécialistes du droit pakistanais, l’ancien cadre législatif laissait des zones d’ombre facilitant l’exploitation des mineurs, notamment dans les zones rurales où les autorités peinaient à faire appliquer les contrôles.

Pour l’heure, le président du Pakistan doit encore apposer sa signature au bas du texte, mais cette étape constitutionnelle prend désormais un tour plus incertain : le CII n’a pas force de loi, mais son avis peut peser dans le processus d’approbation finale. Les forces politiques religieuses, déjà mobilisées contre ce qu’elles considèrent comme un recul de la loi coranique, pourraient faire pression pour que l’exécutif attende une révision du projet. Les ONG de défense des droits humains, en revanche, craignent un affaiblissement durable de la démarche de lutte contre les mariages précoces, relevant que la seule délimitation de l’âge ne s’accompagne pas toujours d’opérations de sensibilisation ou de soutien aux familles les plus démunies.

Au-delà du seul débat islamique, ce bras de fer entre modernisation juridique et préservation des préceptes religieux reflète une tension plus vaste au Pakistan, où le rôle de l’État et des institutions religieuses dans la gouvernance demeure au cœur des discussions. Pour beaucoup d’observateurs, l’enjeu est de taille : il s’agit de concilier la lutte pour l’épanouissement des femmes et l’enfance avec une interprétation de la loi divine jugée stricte. Dans un pays où la démographie et la pauvreté s’entrelacent, la question des mariages d’enfants renvoie également à la responsabilité collective de garantir la protection des plus vulnérables, au-delà des querelles doctrinales.

Alors que le pays compte toujours un pourcentage élevé de mariages précoces et que leurs conséquences sanitaires et socio-économiques pèsent lourd sur les familles, la décision finale de l’exécutif pakistanais sera scrutée de près. Elle pourrait constituer un signal fort, soit d’un nouvel équilibre entre droit civil et droit religieux, soit d’une affirmation accrue du Conseil de l’Idéologie Islamique face à toute tentative de réforme susceptible d’ébranler l’interprétation traditionnelle de la Charia. Quelle que soit l’issue, la question du mariage d’enfants au Pakistan soulève des enjeux profonds sur l’évolution de la société, la place de la femme et la capacité du législateur à protéger les droits fondamentaux dans un cadre culturel et religieux complexe.

Article qui précéde

Oak Flat sacrifié : la Cour suprême des USA piétine la liberté religieuse apache

Article qui suit

Une persécution institutionnalisée : les Ahmadis du Pakistan face à une nouvelle vague de violence

Sarah Berger

Sarah Berger

Journaliste passionnée de littérature mais aussi de spiritualité, Sarah a commencé sa carrière dans l'humanitaire il y a quelques années, avant de revenir à sa vocation première de journaliste. Elle est titulaire d'un master en journalisme mais aussi d'une licence en sociologie.

SVP login pour rejoindre la discussion
Newsletter Religactu

Inscrivez-vous à notre newsletter !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.

Contact

La procession de la Fête-Dieu sortant de l’église Santa Maria del Mar, Ramon Casas, vers 1896-1898. Musée national d’Art de Catalogne. Domaine public.
Dictionnaire simple des religions

DictionnaireCatholicisme

Le catholicisme est l’une des trois grandes familles du christianisme, avec le christianisme orthodoxe et le protestantisme. Les catholiques croient ...

11 août 2026 à 10 h 52
Martin Luther affichant ses 95 thèses à la porte de l’église de Wittenberg.
Dictionnaire simple des religions

DictionnaireProtestantisme

Le protestantisme est l’une des grandes familles du christianisme, avec le catholicisme et le christianisme orthodoxe. Il ne forme pas ...

10 août 2026 à 16 h 47
Cheikh Ahmadou Bamba - Mouridisme
Dictionnaire simple des religions

DictionnaireMouridisme

Le mouridisme est une confrérie musulmane soufie née au Sénégal à la fin du XIXe siècle. Les fidèles du mouridisme sont ...

7 août 2026 à 13 h 19
Karma
Dictionnaire simple des religions

DictionnaireKarma – kamma

Le karma est une idée centrale de plusieurs religions originaires de l’Inde, notamment l’hindouisme, le bouddhisme, le jaïnisme et le ...

6 août 2026 à 17 h 00
Kabbale
Dictionnaire simple des religions

DictionnaireKabbale

La Kabbale est le principal courant mystique du judaïsme. Elle cherche à comprendre les dimensions cachées de Dieu, de la ...

3 août 2026 à 10 h 12

Articles récents

  • Al-Khair Foundation sous enquête : comment contrôler l’aide confessionnelle vers Gaza ? 11 août 2026 à 10 h 17
  • Catholicisme 10 août 2026 à 20 h 46
  • Protestantisme 10 août 2026 à 16 h 47
  • À Cartagena, les peuples Inga, Kankuamo et Zenú rendent visibles leurs cosmologies 10 août 2026 à 15 h 21
  • En Colombie, le nouveau pouvoir ouvre ses portes aux réseaux religieux conservateurs 10 août 2026 à 14 h 17
  • Qui doit fixer les règles éthiques des Églises sud-africaines ? Le Parlement impose une remise à plat 10 août 2026 à 13 h 31
  • Le procès du catholicos Karékine II cristallise le conflit entre l’Église et le gouvernement 9 août 2026 à 11 h 49
  • TierraMitica : le droit d’accès sacrifié à un risque de représailles présumé 8 août 2026 à 15 h 05
  • Le Grand Magal met à l’épreuve les services publics de la ville sainte de Touba 8 août 2026 à 09 h 39
  • Mouridisme 7 août 2026 à 13 h 19

Catégories

  • Des communautés
  • Dictionnaire simple des religions
  • Événements
  • France
  • Interreligieux
  • Liberté de religion
  • Littérature
  • Monde
    • Afghanistan
    • Afrique du Sud
    • Albanie
    • Algérie
    • Allemagne
    • Arabie Saoudite
    • Argentine
    • Arménie
    • Australie
    • Azerbaïdjan
    • Belarus
    • Belgique
    • Bénin
    • Birmanie
    • Bosnie-Herzégovine
    • Brésil
    • Bulgarie
    • Cabo Verde
    • Cambodge
    • Cameroun
    • Canada
    • Chili
    • Chine
    • Chypre
    • Colombie
    • Corée du Sud
    • Costa Rica
    • Cuba
    • Danemark
    • Égypte
    • Emirats Arabes Unis
    • Espagne
    • Estonie
    • États-Unis
    • Ethiopie
    • Géorgie
    • Ghana
    • Grèce
    • Haïti
    • Hongrie
    • Inde
    • Indonésie
    • Irak
    • Iran
    • Irlande
    • Israël
    • Italie
    • Japon
    • Jordanie
    • Kazakhstan
    • Kenya
    • Kirghizstan
    • Libye
    • Malaisie
    • Malawi
    • Népal
    • Nicaragua
    • Nigeria
    • Norvège
    • Nouvelle-Zélande
    • Ouzbékistan
    • Pakistan
    • Palestine
    • Pays-Bas
    • Pérou
    • Pologne
    • Portugal
    • Qatar
    • République Démocratique du Congo
    • Royaume-Uni
    • Russie
    • Samoa
    • Sénégal
    • Serbie
    • Slovaquie
    • Sri Lanka
    • Suède
    • Suisse
    • Syrie
    • Tadjikistan
    • Taïwan
    • Tchéquie
    • Thaïlande
    • Tibet
    • Togo
    • Turquie
    • Ukraine
    • Union Européenne
    • Vatican
    • Venezuela
    • Vietnam
    • Zimbabwe
  • Traditions et croyances

Catégories

  • Politique de confidentialité
  • Politique de cookies (UE)
  • Charte éditoriale de ReligActu.fr
  • Mentions légales

© 2026 religactu

Pas de résultat
Voir tous les résultats
  • France
  • Monde
  • Liberté de religion
  • Traditions et croyances
  • Interreligieux
  • Qui et Pourquoi ?
  • Dictionnaire simple des religions

© 2026 religactu

Welcome Back!

Connectez-vous à votre compte ci-dessous

Mot de passe oublié ?

Récupérer votre mot de passe

Entrez votre nom d'utilisateur ou votre email pour réinitialiser votre mot de passe

Se connecter

Add New Playlist

Gérer le consentement aux cookies
Pour vous offrir les meilleures expériences de navigation, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou le nombre d'identités uniques qui se connectent sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel Toujours activé
Le stockage ou l’accès technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’internaute, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou la personne utilisant le service.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques. Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’internaute sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
  • Gérer les options
  • Gérer les services
  • Gérer {vendor_count} fournisseurs
  • En savoir plus sur ces finalités
Voir les préférences
  • {title}
  • {title}
  • {title}