Des responsables chrétiens et musulmans des Monts Nouba ont lancé ensemble un appel à la fin des violences qui secouent depuis plusieurs mois cette région du Soudan. Réunis du 21 au 23 septembre à Yida, au Soudan du Sud, ils demandent l’arrêt des combats et des discours de haine, et appellent les groupes impliqués à choisir le dialogue et la réconciliation.
La déclaration commune a été publiée par le New Sudan Council of Churches et le Conseil islamique de la région des Monts Nouba, à l’issue de trois jours de consultations organisées sous le thème « Une communauté, un peuple : unis pour la paix et la réconciliation ». Selon Radio Tamazuj, elle est notamment signée par le révérend Barnaba Ibrahim Kacho, président du conseil chrétien, Abdulghadir Issa Ramadan, président du Conseil islamique, et l’évêque Elsir Hassan Kuku, secrétaire général du New Sudan Council of Churches.
Les responsables religieux situent le début de la crise actuelle au 12 mars 2026 dans le comté de Heiban, avant son extension à plusieurs secteurs des Monts Nouba. Ils font état de morts, de déplacements de population, de pillages, de destructions de biens et de moyens de subsistance, ainsi que d’un traumatisme croissant parmi les habitants. Ils demandent à toutes les parties de « faire cesser la violence armée et les discours de haine, faire preuve de la plus grande retenue et donner une véritable chance au dialogue ».
La nature du conflit donne une importance particulière à cet appel commun. Les violences de Heiban ne sont pas nées d’un affrontement entre musulmans et chrétiens. Elles trouvent leur origine dans des différends anciens de délimitation des terres entre les communautés Otoro et Shawaya, auxquels s’ajoutent, selon des sources locales citées par Sudan Tribune, des enjeux liés à l’accès à des zones d’extraction artisanale de l’or. Les tensions se sont transformées en affrontements armés et ont progressivement impliqué le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord, le SPLM-N d’Abdelaziz al-Hilu, qui contrôle une partie des Monts Nouba.
Les appartenances religieuses ne correspondent d’ailleurs pas aux lignes de fracture du conflit. Les Otoro comme les Shawaya sont décrits comme majoritairement chrétiens par l’organisation Christian Solidarity Worldwide. Le SPLM-N a de son côté rejeté les accusations selon lesquelles ses opérations viseraient une communauté particulière, affirmant combattre des groupes ayant pris les armes contre son autorité. Cette dimension est essentielle dans une région longtemps caractérisée par une forte coexistence entre communautés religieuses : la multiplication des affrontements risque désormais de transformer des rivalités territoriales, politiques ou communautaires en fractures beaucoup plus profondes.
Les violences ont déjà touché directement des responsables religieux. Le 19 juin, le père catholique Youhanna Al Amin Nyaroum et deux gardiens d’église ont été tués lors d’une attaque contre une église à Kauda attribuée à des combattants Otoro. Le 23 juillet, le révérend Adil Idris Jangoul, de l’Église épiscopale soudanaise, a été arrêté par des membres du SPLM-N avant d’être retrouvé mort avec six autres personnes de la communauté Otoro. Le même jour, au moins dix personnes ont été tuées et plusieurs autres prises en otage lors d’une attaque menée à Heban par des membres de la communauté Otoro. Les otages, parmi lesquels figuraient un autre responsable religieux et des membres de sa famille, ont ensuite été libérés après l’intervention de responsables d’Églises appartenant à différentes communautés.
Les responsables chrétiens et musulmans ont également salué le cessez-le-feu annoncé dans la région et demandé qu’il soit effectivement respecté. En août, Abdelaziz al-Hilu avait ordonné à ses forces de suspendre les hostilités à Kauda et Heiban, à la suite d’une initiative de médiation du chef des Forces de soutien rapide, Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti ». Mais les semaines suivantes ont encore été marquées par des accusations d’attaques et de violations de la trêve.
Cette crise locale se déroule sur fond de guerre soudanaise, déclenchée en avril 2023 entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide. Le SPLM-N d’al-Hilu, longtemps distinct des deux camps, a rejoint en février 2025 l’alliance Tasis aux côtés des RSF et participe aujourd’hui à l’administration parallèle mise en place par cette coalition. Cette recomposition nationale ajoute une dimension politique et militaire aux tensions locales, sans pour autant effacer leur origine propre dans les différends entre communautés de Heiban.
Dans leur déclaration, les représentants des deux religions demandent désormais un dialogue inclusif, la protection des civils, l’acheminement de l’aide humanitaire, la justice pour les violences commises et un travail sur les causes du conflit. Ils appellent également les chefs traditionnels, les femmes, les jeunes, les organisations de la société civile et les responsables politiques à prendre part à la réconciliation. « L’avenir des Monts Nouba appartient à tous ses habitants », affirment-ils. Dans une région où les lignes ethniques, politiques et religieuses se croisent sans se confondre, leur intervention commune place la coexistence elle-même au cœur de la réponse à la violence.




