Un tribunal sibérien a condamné Vitali Syrykh, 55 ans, pour l’organisation d’activités religieuses relevant, selon les autorités russes, d’une organisation « extrémiste ». Les faits décrits comprennent des réunions par visioconférence, des enseignements religieux et des offices collectifs.
Le tribunal de Kaltan, dans la région russe de Kemerovo, a condamné le 15 octobre 2026 Vitali Syrykh à six ans de prison dans une colonie pénitentiaire à régime général. Selon le centre de recherche indépendant SOVA, cette peine s’accompagne d’une année de restriction de liberté et d’une interdiction de cinq ans d’exercer des fonctions d’organisation au sein d’associations publiques ou religieuses.
Le retraité a été reconnu coupable sur le fondement de l’article 282.2, paragraphe 1, du Code pénal russe, qui réprime l’organisation des activités d’une structure interdite pour extrémisme. Son dossier s’inscrit dans les poursuites engagées contre les Témoins de Jéhovah depuis l’interdiction nationale de leurs organisations en 2017.
Le communiqué du Comité d’enquête régional, reproduit par un média du Kouzbass, décrit les activités retenues contre lui. Entre février 2020 et avril 2021, Vitali Syrykh aurait organisé des réunions par visioconférence, réparti les tâches entre participants et établi des calendriers. Les enquêteurs mentionnent également des enseignements religieux et des offices célébrés en commun.
Ce résumé officiel ne fait état d’aucune violence ni d’aucun appel à commettre des actes violents. La qualification pénale repose sur la poursuite d’activités que les autorités rattachent à une organisation religieuse préalablement interdite. Pour les Témoins de Jéhovah, les réunions concernées relevaient de l’exercice ordinaire de leur foi, adapté aux contraintes de la pandémie de Covid-19.
Dans leur compte rendu publié le 16 octobre, les représentants de la communauté expliquent que Vitali Syrykh organisait depuis son domicile des offices hebdomadaires en ligne. Ancien électricien-mécanicien dans une mine, aujourd’hui retraité, il est marié et père de deux enfants.
La même source rapporte que des enregistrements de conversations téléphoniques ont été utilisés par l’accusation. Vitali Syrykh affirme y avoir remercié des personnes pour leurs bonnes actions et parlé de l’espérance religieuse qu’il partageait avec elles. « Donner de l’espoir à autrui n’est pas une activité extrémiste », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés par sa communauté.
Devant le tribunal, il a également contesté l’utilisation de son emploi du nom « Jéhovah » comme élément à charge. Il a rappelé que ce nom apparaît dans la traduction synodale russe de la Bible et dans des œuvres de la littérature russe.
La procédure avait commencé plus de cinq ans auparavant. Une première enquête, ouverte en avril 2021 pour participation aux activités d’une organisation extrémiste, avait été classée en septembre 2022. En décembre 2024, Vitali Syrykh a de nouveau été mis en accusation, cette fois pour organisation de ces activités. Le dossier est arrivé devant le tribunal en août 2025. Le parquet avait requis huit ans d’emprisonnement. La condamnation prononcée le 15 octobre est un jugement de première instance.
Cette utilisation de la législation contre l’extrémisme a déjà été examinée par la Cour européenne des droits de l’homme. Dans l’arrêt Taganrog LRO et autres c. Russie, rendu le 7 juin 2022, les juges ont condamné plusieurs mesures prises contre les organisations des Témoins de Jéhovah et leurs membres, notamment leur dissolution et les poursuites pénales visant des pratiques religieuses pacifiques.
La Cour a considéré que la définition excessivement large de l’extrémisme avait permis de sanctionner des croyants en raison du contenu de leurs convictions. Elle a demandé aux autorités russes de prendre les mesures nécessaires pour mettre fin aux procédures pénales concernées et libérer les personnes emprisonnées. Cette jurisprudence figure parmi les décisions majeures sur la liberté de religion présentées par Religactu.
La Russie a cessé d’être partie à la Convention européenne le 16 septembre 2022. L’arrêt de juin 2022 ne porte donc pas sur cette nouvelle condamnation, mais il éclaire le mécanisme juridique à l’œuvre : l’interdiction d’une organisation devient le fondement de poursuites contre les fidèles qui continuent de pratiquer ensemble. À Kaltan, organiser un calendrier de réunions, transmettre un enseignement biblique et célébrer un office ont ainsi été intégrés aux faits justifiant six années de privation de liberté.




