La Cour suprême de l’Inde a refusé, le 14 juillet, de suspendre le jugement empêchant les musulmans d’accomplir la prière du vendredi à l’intérieur du complexe religieux de Bhojshala-Kamal Maula, dans l’État du Madhya Pradesh. Cette décision provisoire maintient donc les effets de l’arrêt rendu le 15 mai par la Haute Cour de cet État, sans trancher définitivement la nature religieuse du site ni les droits respectifs des deux communautés.
La plus haute juridiction indienne a accepté d’examiner les recours déposés par les représentants musulmans. Dans l’attente de sa décision, elle a demandé aux autorités du Madhya Pradesh et du district de Dhar de mettre à la disposition des fidèles un espace ouvert situé à proximité du complexe. Les musulmans pourront y accomplir la prière du vendredi entre 13 heures et 15 heures, mais ils ne pourront pas pénétrer dans l’édifice pour y célébrer leur culte.
La Cour suprême a également interdit à l’Archaeological Survey of India, l’organisme public chargé de la protection des monuments historiques, d’entreprendre des modifications structurelles sans son autorisation. Cette mesure vise à préserver l’état du complexe pendant l’examen de l’affaire. Les juges ont souligné le caractère particulièrement sensible du dossier, qui suscite depuis plusieurs décennies des revendications religieuses concurrentes.
Le complexe se trouve à Dhar, une ville située à environ 250 kilomètres d’Indore. Les hindous le désignent sous le nom de Bhojshala et le considèrent comme un ancien temple consacré à Vagdevi, une forme de la déesse Saraswati associée à la connaissance, aux arts et à l’éloquence. Ils relient également le lieu au roi Bhoj, souverain de la dynastie Paramara qui régna dans la région au XIe siècle et auquel la tradition attribue la fondation d’un centre d’enseignement du sanskrit.
Pour les musulmans, le même ensemble abrite la mosquée Kamal Maula, dans laquelle des fidèles ont prié pendant plusieurs siècles. Elle doit son nom à Kamal al-Din Maula, un saint soufi dont le tombeau se trouve à proximité. Les représentants de la communauté musulmane s’appuient notamment sur des documents administratifs anciens pour défendre le caractère islamique du monument et la continuité de son usage comme lieu de prière.
En 2003, l’Archaeological Survey of India avait établi un compromis destiné à organiser le partage du site. Les hindous étaient autorisés à y célébrer leur culte le mardi ainsi que lors de certaines fêtes, tandis que les musulmans pouvaient y accomplir la prière chaque vendredi. Cet arrangement, régulièrement contesté, cherchait à éviter les affrontements autour d’un monument auquel les deux communautés attribuent une forte valeur religieuse et historique.
Saisie par une organisation hindoue, la Haute Cour du Madhya Pradesh a annulé ce dispositif le 15 mai. Elle a estimé que les éléments historiques et archéologiques permettaient d’identifier le complexe comme un temple de Saraswati et comme un ancien centre d’études lié au roi Bhoj. Elle a par conséquent mis fin aux prières musulmanes à l’intérieur du monument et demandé aux autorités d’envisager l’attribution d’un autre terrain pour la construction d’une mosquée.
Le jugement s’est notamment appuyé sur une étude scientifique menée par l’Archaeological Survey of India. Celle-ci a relevé la présence de fragments architecturaux, de sculptures et d’inscriptions associés à des traditions hindoues ou jaïnes. La signification de ces découvertes demeure cependant discutée. Les représentants musulmans contestent l’interprétation retenue par la Haute Cour et estiment que des éléments provenant de structures antérieures ne suffisent pas à effacer l’histoire islamique du lieu ni les droits cultuels exercés pendant plusieurs générations.
Les requérants musulmans reprochent également à la juridiction régionale d’avoir traité une question complexe de propriété et d’usage religieux sans accorder une place suffisante aux archives sur lesquelles ils fondent leurs revendications. Ils invoquent notamment une notification de l’ancien État princier de Dhar, datant de 1935, qui aurait reconnu le monument comme une mosquée. La partie hindoue considère au contraire que les prières musulmanes résultaient d’une autorisation administrative révocable et non d’un droit de propriété sur l’ensemble du complexe.
En refusant de suspendre le jugement tout en acceptant d’examiner les recours, la Cour suprême a choisi une solution d’attente. Elle ne reconnaît pas définitivement le site comme exclusivement hindou et ne clôt pas les revendications musulmanes. Son futur arrêt devra déterminer si la Haute Cour pouvait modifier l’usage cultuel d’un monument protégé sur la base des éléments historiques et archéologiques présentés.
Au-delà de Bhojshala, se pose la question de la gestion des sanctuaires revendiqués par plusieurs communautés dans une Inde marquée par de fortes tensions religieuses. La décision définitive sera donc observée avec attention : elle pourrait soit confirmer l’exclusion des prières musulmanes à l’intérieur du complexe, soit rétablir une forme de partage ou définir un nouveau cadre conciliant protection du patrimoine et liberté de culte.




