La police israélienne a ouvert une enquête après l’incendie de la mosquée Al-Taqwa, dans le village palestinien d’Al-Tuwani, au sud d’Hébron, en Cisjordanie occupée. L’attaque, survenue dans la nuit du samedi 18 au dimanche 19 juillet, a également endommagé des habitations, un véhicule et une laiterie locale. Les habitants accusent un groupe de colons israéliens, mais les autorités n’ont pas encore officiellement identifié les auteurs.
Les flammes ont principalement touché l’entrée de la mosquée et une partie de son mobilier, notamment un tapis de prière. Des photographies prises après l’attaque montrent des murs noircis ainsi que des inscriptions tracées en hébreu. Les habitants sont parvenus à maîtriser le feu avant qu’il ne se propage à l’ensemble du bâtiment. Aucun mort ni blessé n’a été signalé.
Mohammed Rabie, président du conseil du village, a déclaré à l’Agence France-Presse que plus de trente personnes, dont certaines étaient masquées, avaient pénétré dans Al-Tuwani après minuit. Selon son témoignage, les assaillants ont utilisé des produits inflammables pour mettre le feu à la mosquée, à deux maisons et à une installation de production laitière. Ils auraient pris la fuite lorsque les habitants sont sortis de leurs logements.
La laiterie touchée par les incendies est gérée par des femmes de la communauté de la région Masafer Yatta. Elle constitue une source de revenus dans une région rurale où l’économie repose largement sur l’élevage et l’agriculture. Son endommagement donne ainsi à l’attaque une dimension qui dépasse celle du seul lieu de culte et affecte directement la vie quotidienne de plusieurs familles.
La police israélienne a confirmé que des agents et des spécialistes de la police scientifique avaient été envoyés sur les lieux afin de recueillir des éléments matériels. Elle a fait état de dégâts causés à un « bâtiment de prière », à un véhicule et à d’autres biens, ainsi que de graffitis. Des recherches ont été entreprises pour retrouver les responsables, mais aucune arrestation n’avait été annoncée au 21 juillet.
Certaines inscriptions peintes sur la mosquée faisaient référence à Havat Gilad, une implantation israélienne du nord de la Cisjordanie où plusieurs maisons avaient été endommagées par un incendie la veille. Une première enquête sur ce feu aurait toutefois envisagé la piste d’une cigarette jetée depuis un véhicule. Le rapprochement entre les deux événements peut laisser penser à une action de représailles, mais aucun mobile n’a encore été officiellement établi.
Le ministère palestinien des Waqfs (Les waqfs — singulier : waqf — sont des biens consacrés durablement à une œuvre religieuse ou d’intérêt général dans la tradition islamique) et des Affaires religieuses a vivement condamné l’incendie, qu’il a qualifié d’acte terroriste. Il a estimé que les attaques contre les mosquées et les autres lieux saints risquaient d’ajouter une dimension religieuse à un conflit déjà marqué par la violence territoriale et politique. Il a également appelé les organisations internationales à intervenir pour mieux protéger les lieux de culte musulmans et chrétiens.
Al-Tuwani appartient à l’ensemble de villages de Masafer Yatta, dans les collines au sud d’Hébron. Les communautés palestiniennes qui y vivent sont confrontées depuis longtemps à des conflits portant sur l’accès aux terres, les pâturages, les démolitions de bâtiments et la présence d’implantations ou d’avant-postes israéliens. Les habitants et les associations qui les accompagnent signalent régulièrement des agressions, des destructions de cultures et des atteintes à leurs biens.
La violence commise par des extrémistes issus des implantations a augmenté ces dernières années. D’après des chiffres de l’armée israélienne rapportés par la presse du pays, 867 faits relevant de la criminalité nationaliste ou de violences de colons auraient été enregistrés en 2025, contre 682 en 2024. Les autorités israéliennes affirment poursuivre les auteurs de ces actes, tandis que des organisations palestiniennes et israéliennes de défense des droits humains dénoncent un nombre insuffisant d’enquêtes aboutissant à des poursuites.
L’incendie d’un lieu de culte est particulièrement préoccupant parce qu’il atteint une communauté dans l’un de ses espaces les plus symboliques. Une mosquée n’est pas seulement un bâtiment : elle est un lieu de prière, de rassemblement et de transmission. L’attaque peut donc être perçue par les fidèles comme visant leur appartenance religieuse autant que leur présence sur le territoire.
L’enquête devra désormais déterminer précisément l’identité des auteurs, leur mobile et les circonstances dans lesquelles ils ont pu pénétrer dans le village. Sa transparence et son aboutissement constitueront un test important pour les autorités israéliennes. Dans un contexte aussi tendu, la protection effective de tous les lieux de culte et la poursuite impartiale de ceux qui les attaquent sont indispensables pour empêcher que la violence politique ne se transforme davantage en affrontement religieux.




