Deux responsables de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis ont appelé à la transparence et à la justice après plusieurs décès survenus au cours d’opérations menées par les services fédéraux de l’immigration (ICE). Dans une déclaration publiée le 20 juillet, les évêques Daniel Garcia et Brendan Cahill estiment que l’application de la loi ne peut jamais conduire à banaliser les atteintes à la dignité humaine.
Daniel Garcia, évêque d’Austin, préside la sous-commission épiscopale pour la promotion de la justice raciale et de la réconciliation. Brendan Cahill, évêque de Victoria, dirige pour sa part la commission chargée des migrations. Leur prise de parole intervient après deux tirs mortels d’agents de l’Immigration and Customs Enforcement, l’agence fédérale plus connue sous son sigle ICE, ainsi qu’un troisième décès survenu pendant une opération de contrôle.
Le 7 juillet, Lorenzo Salgado Araujo, un ressortissant mexicain de 52 ans installé depuis près de trente-cinq ans aux États-Unis, a été tué par un agent de l’ICE à Houston, au Texas. Il conduisait une camionnette transportant plusieurs ouvriers vers leur lieu de travail. Le département de la Sécurité intérieure affirme qu’il a refusé d’obéir aux agents, percuté un véhicule de l’ICE et tenté d’utiliser sa camionnette comme une arme contre un fonctionnaire, qui aurait alors tiré en état de légitime défense.
Cette version est contestée par plusieurs hommes présents dans le véhicule. Selon leurs témoignages transmis par leur avocat, les véhicules fédéraux auraient au contraire heurté la camionnette et aucun agent ne se serait trouvé devant elle lorsque les coups de feu ont été tirés. Lorenzo Salgado Araujo n’était pas la personne recherchée dans le cadre de l’opération. Il n’avait pas d’antécédents judiciaires connus et avait entrepris des démarches pour régulariser sa situation grâce au parrainage de l’un de ses fils, citoyen américain.
Les circonstances exactes de sa mort demeurent difficiles à établir. Les agents concernés ne portaient pas de caméras corporelles et les véhicules de l’ICE n’auraient pas fourni d’enregistrement exploitable. Le parquet du comté de Harris a ouvert sa propre enquête, tandis que les autorités locales ont regretté le manque d’informations communiquées par les agences fédérales.
Quelques jours plus tard, le 13 juillet, Johan Sebastián Durán Guerrero, un ressortissant colombien, a été abattu par un agent de l’ICE à Biddeford, dans le Maine. Le département de la Sécurité intérieure affirme là encore que le conducteur avait tenté de prendre la fuite et d’utiliser son véhicule d’une manière mettant en danger les agents et le public. Cette présentation des faits est également contestée. Durán Guerrero disposait d’une autorisation de travail et ne faisait pas l’objet du mandat d’arrestation à l’origine de l’intervention.
Le 15 juillet, un autre ressortissant mexicain, Juan Jairo Coronilla Durán, a été mortellement percuté par un poids lourd à Saint Augustine, en Floride, alors qu’il tentait de fuir à pied des agents de l’ICE et du département de la Sécurité intérieure. Il n’a donc pas été directement tué par un tir des forces fédérales, mais son décès est venu renforcer les interrogations sur les méthodes utilisées lors des opérations d’interpellation.
Les évêques Garcia et Cahill ne se prononcent pas sur les responsabilités individuelles dans ces trois affaires, qui doivent être déterminées par les enquêtes. Leur déclaration porte plus largement sur les principes devant encadrer l’action de l’État. Ils rappellent que, selon la foi catholique, toute personne est créée à l’image de Dieu et possède par conséquent une dignité qui ne dépend ni de sa nationalité ni de son statut administratif.
Les deux prélats se disent notamment préoccupés par le profilage racial, qui nourrit selon eux la peur, affaiblit la confiance envers les institutions et augmente le risque de conséquences injustes ou tragiques. Ils préviennent que les actes réduisant ou ignorant la dignité d’une personne ou d’un groupe ne doivent jamais être considérés comme normaux.
Leur message ne présente toutefois pas les forces de l’ordre comme des adversaires. Les évêques dénoncent à la fois la déshumanisation des migrants et la diabolisation des agents chargés d’appliquer la loi. Ils reconnaissent explicitement le rôle légitime des autorités civiles dans le contrôle de l’immigration, à condition que celui-ci soit exercé humainement et dans le respect des droits fondamentaux, notamment du droit à la vie et des garanties de procédure.
Cette position s’inscrit dans la ligne traditionnelle de l’épiscopat américain, qui reconnaît le droit d’un pays à contrôler ses frontières tout en refusant que les personnes en situation irrégulière soient privées de leur dignité fondamentale. Les évêques distinguent également leurs préoccupations morales de la seule question de la légalité : une intervention peut respecter formellement certaines règles sans nécessairement répondre aux exigences éthiques qu’ils associent à l’exercice du pouvoir.
Daniel Garcia et Brendan Cahill réclament désormais responsabilité, transparence et justice, ainsi que des réformes significatives du système migratoire. Les enquêtes devront établir ce qui s’est réellement produit à Houston et à Biddeford. Mais pour les responsables catholiques, l’enjeu dépasse déjà ces affaires particulières : il concerne la manière dont une démocratie traite les personnes les plus vulnérables lorsqu’elle exerce son pouvoir de contrôle et de contrainte.




