Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a signé le 25 septembre la loi AB 2664, dite Safe Worship Zone Act, qui vise à protéger les personnes entrant dans un lieu de culte ou en sortant. Le texte instaure une zone particulière autour des entrées des églises, synagogues, mosquées, temples et autres espaces principalement consacrés au culte ou à l’enseignement religieux. Il doit entrer en vigueur le 1er janvier 2027.
La loi ne crée pas un périmètre de cent pieds, soit environ trente mètres, dans lequel toute manifestation serait interdite. À l’intérieur de cette zone, il deviendra illégal de s’approcher volontairement à moins de huit pieds — environ 2,40 mètres — d’une personne qui entre ou sort, sans son consentement, pour lui remettre un tract, lui présenter une pancarte, l’interpeller dans le cadre d’une protestation ou d’une démarche éducative, la harceler, l’entraver, la menacer ou l’intimider. Le texte adopté couvre également certains parkings et voies d’accès. Une personne pourra toujours manifester, chanter des slogans ou présenter des panneaux, à condition de ne pas imposer cette proximité aux fidèles.
Une première infraction pourra être punie de six mois de prison et de 1 000 dollars d’amende. En cas de récidive, les peines maximales atteindront un an d’emprisonnement et 5 000 dollars. La mesure complète des dispositions qui réprimaient déjà les violences, les menaces, les dégradations, l’obstruction physique et les perturbations de cérémonies religieuses.
La loi a été signée au Wilshire Boulevard Temple de Los Angeles, où une manifestation avait dégénéré le 3 décembre 2025. Des protestataires opposés à un événement privé organisé dans la synagogue avaient bloqué des véhicules et l’accès de participants. Certains étaient entrés dans le bâtiment, où des dégradations et une altercation avec un agent de sécurité avaient été signalées. La police avait procédé à deux arrestations, l’une pour violences et l’autre pour vandalisme.
Un précédent affrontement avait eu lieu le 23 juin 2024 devant la synagogue Adas Torah, dans le quartier de Pico-Robertson. Une manifestation pro-palestinienne visait un événement immobilier présentant des biens situés en Israël, certains organisateurs étant accusés de commercialiser des logements dans des colonies de Cisjordanie. Des manifestants et des contre-manifestants s’étaient affrontés devant le bâtiment et l’accès à la synagogue avait été perturbé. En mai 2026, un homme a été inculpé par un grand jury fédéral pour avoir, d’après l’accusation, frappé un homme juif en raison de sa religion pendant ces troubles.
Les Églises de Scientology ont également été confrontées à ce phénomène. Au printemps 2026, une mode diffusée sur les réseaux sociaux sous le nom de « Scientology speedrunning » a conduit des groupes à pénétrer sans autorisation dans plusieurs de leurs bâtiments tout en filmant le personnel. La police de Los Angeles a confirmé cinq signalements pour intrusion, dont un épisode examiné comme un possible crime motivé par la haine. Selon le rapport officiel du comté de Los Angeles, seize crimes haineux visant des scientologistes avaient déjà été signalés en 2024, contre dix l’année précédente : dans les statistiques du comté, ils constituaient le troisième groupe religieux le plus visé, derrière les musulmans et les juifs. L’Église de Scientology ne figurait pourtant ni parmi les promoteurs de la loi ni dans la coalition de soutiens officiellement répertoriée par le Sénat californien.
La proposition était portée par l’élue démocrate Rebecca Bauer-Kahan et soutenue par Jewish California, l’Anti-Defamation League, le JCRC Bay Area et la Jewish Federation Los Angeles. La liste remise au Sénat comprenait aussi des organisations chrétiennes, musulmanes, sikhes, hindoues, baha’ies, arméniennes et coréennes.
La loi a également rencontré une opposition importante. L’ACLU de Californie, le Conseil des relations américano-islamiques, plusieurs organisations juives favorables aux droits des Palestiniens et des défenseurs publics ont estimé qu’elle risquait de pénaliser des conversations, des distributions de tracts ou des manifestations pacifiques sur la voie publique. Ils soulignent que les violences, menaces et entraves étaient déjà sanctionnées et craignent que la nouvelle règle ne soit utilisée contre des manifestations portant sur des activités politiques organisées dans des lieux de culte.
La question sera probablement portée devant les tribunaux. Le texte reprend le mécanisme validé en 2000 par la Cour suprême des États-Unis dans l’arrêt Hill v. Colorado, qui concernait les abords des établissements pratiquant l’avortement. Mais la même Cour a invalidé en 2014, dans l’arrêt McCullen v. Coakley, une zone fixe jugée trop étendue. L’analyse juridique du Sénat californien estime que la nouvelle règle pourrait être considérée comme neutre quant au contenu des opinions exprimées. La Californie devra cependant démontrer que la limitation est proportionnée et que les moyens juridiques existants ne suffisaient pas à protéger effectivement l’accès aux lieux de culte.




