Reçu à l’Élysée le 25 septembre par Emmanuel Macron, au premier jour de sa visite en France, le pape Léon XIV a défendu une conception de la laïcité dans laquelle les religions peuvent participer au débat public et coopérer avec les institutions de l’État. Quelques heures plus tard, devant les jeunes réunis au Stade de France, il a précisé que cette présence du catholicisme dans la société ne devait être dirigée ni contre ceux qui ne croient pas en Dieu ni contre les autres traditions religieuses.
Devant les autorités françaises, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, Léon XIV a affirmé dans son discours prononcé au palais de l’Élysée que « la véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative ». Il a ensuite formulé plus directement sa conception des relations entre l’État et les cultes : « Une juste laïcité ne consiste donc pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation, mais à travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun. »
Le pape ne demandait pas à l’État de reprendre à son compte les convictions d’une religion. Son propos portait sur la possibilité, pour les croyants et leurs institutions, de contribuer publiquement à la vie de la société. Il avait auparavant estimé que « le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie ».
Léon XIV a illustré cette conception par la place de l’école catholique dans le paysage éducatif français et par l’Instance de dialogue qui réunit régulièrement le gouvernement, le Saint-Siège et l’Église catholique en France. Ces références pouvaient donner à son intervention l’apparence d’une revendication principalement catholique. Mais les mots qu’il a choisis étaient plus larges : il a parlé de « la religion » dans l’espace public et des « institutions religieuses » au pluriel.
La réponse donnée le même soir au Stade de France a levé toute ambiguïté sur ce point. Une jeune catholique engagée dans les quartiers populaires d’Île-de-France lui avait demandé comment concilier l’annonce du Christ avec « une vie fraternelle avec ceux qui ne partagent pas notre foi ». Dans sa réponse aux jeunes, Léon XIV a d’abord affirmé que « l’Évangile de Jésus ne conduit pas au conflit, mais invite toujours au pardon ».
Grâce à Lui, il est possible d’allier l’élan missionnaire à l’expérience de la fraternité à l’égard de ceux qui ne croient pas en Dieu ou qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Cette fraternité, faite d’écoute et d’estime réciproque, trouve ses racines dans l’unité de la famille humaine.
Léon XIV
Il a ensuite appelé les catholiques à vivre une fraternité explicite avec les non-croyants et les membres des autres religions : « Grâce à Lui, il est possible d’allier l’élan missionnaire à l’expérience de la fraternité à l’égard de ceux qui ne croient pas en Dieu ou qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Cette fraternité, faite d’écoute et d’estime réciproque, trouve ses racines dans l’unité de la famille humaine. »
Le pape a enfin résumé sa position en deux phrases particulièrement nettes : « Le message chrétien ne constitue donc pas un obstacle à la coexistence fraternelle ; au contraire, il la favorise. » Et d’ajouter : « Notre mission n’est pas en contradiction avec le respect des autres religions, car l’Église ne rejette rien de ce qui, en elles, est vrai et saint. »
Cette dernière formule est directement issue de la déclaration Nostra aetate, adoptée en 1965 par le concile Vatican II. Ce texte a profondément modifié les relations de l’Église catholique avec le judaïsme, l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme et les autres traditions religieuses. Il invite les catholiques à reconnaître les valeurs spirituelles présentes dans ces traditions et à développer avec leurs fidèles le dialogue et la coopération.
Les déclarations de Léon XIV ont rencontré, sur la question de la présence publique des religions, celles d’Emmanuel Macron. Dans son discours d’accueil, le président français a déclaré que la laïcité française n’était « nullement la négation de la religion ». Il a rappelé que chacun devait pouvoir « croire ou ne pas croire, dans l’intimité comme dans la sphère publique, à condition d’en respecter les lois ». Il a aussi affirmé vouloir entretenir un dialogue avec l’Église catholique « comme avec tous les autres cultes », mais également avec les non-croyants et les traditions philosophiques et humanistes.
Cette lecture correspond au premier principe posé par la loi du 9 décembre 1905 : « La République assure la liberté de conscience » et « garantit le libre exercice des cultes », sous réserve du respect de l’ordre public. La neutralité s’impose à l’État et à ses agents ; elle n’entraîne pas une neutralisation générale de la société ni l’effacement des convictions religieuses de l’espace commun. C’est la laïcité.
Dans la vision exposée par le pape, la présence publique du catholicisme n’est légitime que si elle s’accompagne du respect de la liberté de chacun et de la place des autres religions. L’espace public qu’il défend n’est donc pas réservé à l’Église catholique : il doit rester ouvert à toutes les convictions capables de contribuer pacifiquement au bien commun.




