Dix ans après l’attentat qui a bouleversé Saint-Étienne-du-Rouvray, la commune de Seine-Maritime s’apprête à rendre hommage au père Jacques Hamel. Les commémorations des 25 et 26 juillet réuniront habitants, proches des victimes, responsables religieux et représentants des institutions. Elles rappelleront la gravité du crime, tout en mettant en lumière la réponse construite par la ville depuis 2016 : préserver la mémoire sans laisser le terrorisme dresser durablement les communautés les unes contre les autres.
Le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel, prêtre auxiliaire âgé de 85 ans, célébrait la messe dans l’église Saint-Étienne en présence de cinq fidèles. Deux jeunes terroristes se réclamant de l’organisation État islamique prirent les personnes présentes en otage, assassinèrent le prêtre et blessèrent grièvement le paroissien Guy Coponet. Les deux assaillants furent tués par les forces de l’ordre à leur sortie de l’église. L’attentat visait directement un prêtre catholique, un lieu de culte et la célébration de la messe.
Le meurtre aurait pu provoquer une profonde fracture dans cette commune populaire où vivent des habitants de convictions et d’origines diverses. Deux jours après l’attentat, environ 2 000 personnes participèrent pourtant à un hommage républicain organisé par la municipalité. Responsables catholiques, musulmans, élus et habitants y apparurent ensemble. En 2017, une stèle de la paix et de la fraternité fut installée près de l’église, inscrivant cette réponse dans l’espace public.
Le programme du dixième anniversaire prolongera cette orientation. La matinée du samedi 25 juillet sera consacrée à une rencontre intitulée « Musulmans et catholiques : éduquer les jeunes à la rencontre de l’autre ». Deux intervenants, l’un musulman et l’autre catholique, confronteront leurs regards avant un temps de témoignages et de débat. Le choix de l’éducation place la transmission au centre de la démarche : le dialogue ne doit pas rester limité aux responsables religieux déjà engagés, mais atteindre les générations qui n’ont pas connu directement l’attentat.
L’église Saint-Étienne restera ensuite ouverte aux personnes souhaitant se recueillir et se souvenir du père Jacques Hamel. Un temps plus intime réunira celles et ceux qui furent directement impliqués dans les événements. À Rouen, une exposition présentée dans la cathédrale retracera la vie, la vocation et le ministère du prêtre à travers sept panneaux, des photographies et ses propres textes. Une veillée mêlant paroles et musique complétera cette journée de mémoire.
Le dimanche 26 juillet, une marche silencieuse partira du presbytère pour refaire le dernier trajet du père Jacques Hamel vers l’église où il devait célébrer la messe. Le parvis recevra officiellement son nom. Une célébration présidée par le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France, sera ensuite retransmise à la télévision. Les autorités civiles et religieuses prendront la parole devant la stèle de la paix et de la fraternité. La journée se terminera par un recueillement sur la tombe du prêtre, au cimetière de Bonsecours, puis par les vêpres dans la basilique voisine.
La municipalité a également constitué une mémoire orale de ces dix années. Treize témoignages ont été recueillis sous forme de vidéos, de podcasts et d’un livret de soixante pages. S’y expriment notamment Roseline Hamel, sœur du prêtre, Anne Coponet, fille de deux rescapés, sœur Danièle, présente dans l’église, l’archevêque Dominique Lebrun et Mohammed Karabila, qui présidait en 2016 le Conseil régional du culte musulman. Des élus, des journalistes, des soignants et des responsables associatifs complètent ce récit collectif.
Les faits demeurent clairement désignés : Jacques Hamel a été assassiné par des djihadistes qui prétendaient agir au nom de l’islam. La réponse choisie à Saint-Étienne-du-Rouvray distingue toutefois les terroristes des habitants musulmans et des communautés musulmanes. Cette distinction a permis aux croyants de se rencontrer sans effacer leurs différences, aux survivants de conserver leur place dans la mémoire publique et à la ville de résister aux appels à la vengeance ou à la culpabilité collective.
Pour les catholiques, Jacques Hamel est aussi considéré comme un martyr. La procédure ouverte en vue de sa béatification a conduit à la transmission à Rome, en 2019, d’un dossier de près de 11 500 pages. La mémoire religieuse du prêtre et l’hommage civique rendu à un homme enraciné dans sa commune se rejoignent sans se confondre.
La devise adoptée par la ville après l’attentat, « Mieux vivre ensemble », prend ainsi un contenu concret : des rencontres entre croyants, un travail destiné aux jeunes, une place accordée aux témoins et des lieux de mémoire accessibles à tous. En donnant le nom de Jacques Hamel au parvis de l’église, Saint-Étienne-du-Rouvray transforme le seuil du lieu frappé par le terrorisme en un espace ouvert sur la ville. Dix ans après, la fraternité y apparaît moins comme un slogan que comme une décision continuellement renouvelée.




