lundi, août 24, 2026
  • Se connecter
Religactu
  • France
  • Monde
  • Liberté de religion
  • Traditions et croyances
  • Interreligieux
  • Qui et Pourquoi ?
  • Dictionnaire simple des religions
Pas de résultat
Voir tous les résultats
  • France
  • Monde
  • Liberté de religion
  • Traditions et croyances
  • Interreligieux
  • Qui et Pourquoi ?
  • Dictionnaire simple des religions
Pas de résultat
Voir tous les résultats
Religactu
Pas de résultat
Voir tous les résultats

Frères musulmans et voile : une doctrine majoritairement conservatrice, mais loin d’être monolithique

Steve Eisenberg par Steve Eisenberg
8 avril 2026 à 07 h 59
in Traditions et croyances
0
Share on FacebookShare on TwitterShare on LinkedinShare on PinterestShare on Reddit
Genre éditorial Analyse

Dans les débats européens, la position des Frères musulmans sur le voile est souvent présentée comme simple et uniforme : le mouvement exigerait systématiquement le port du hijab pour toutes les femmes musulmanes. L’histoire intellectuelle et politique de la confrérie montre une réalité plus nuancée. Si la tendance dominante est clairement conservatrice et considère le voile comme une obligation religieuse, la manière de l’interpréter, de l’encourager ou de l’inscrire dans la société varie selon les contextes et les figures intellectuelles.

Fondée en Égypte en 1928 par Hassan al-Banna, la confrérie des Frères musulmans s’est toujours présentée comme un mouvement de réforme globale de la société musulmane. Son projet ne se limitait pas à la politique : il englobait la morale sociale, l’éducation et les pratiques culturelles. Dans cette perspective, la question de la modestie vestimentaire faisait partie d’un programme plus large de réislamisation de la vie quotidienne. Les écrits du fondateur appelaient notamment à lutter contre les formes de modernité jugées moralement laxistes, en critiquant l’ostentation vestimentaire et en prônant une stricte moralité sociale, incluant la séparation des sexes dans certains contextes éducatifs.

Cependant, contrairement à une idée répandue, le voile n’était pas alors le symbole central qu’il deviendra plus tard dans certains milieux islamistes. Dans l’Égypte urbaine du milieu du XXᵉ siècle, le voile avait reculé dans de nombreux milieux, en particulier dans les classes moyennes et dans les universités. Les premières générations des Frères musulmans dénonçaient surtout ce qu’elles percevaient comme une occidentalisation des mœurs, sans que la question du hijab devienne encore un marqueur politique majeur.

L’importance doctrinale du voile se précise davantage avec les grands penseurs islamistes de l’après-guerre, notamment Sayyid Qutb, dont les écrits ont profondément marqué l’idéologie du mouvement. Dans son commentaire coranique Fi Zilal al-Qur’an (Sous l’ombre du Coran), Qutb insiste sur la nécessité d’un ordre social islamique fondé sur la modestie et la séparation des sphères masculines et féminines. Commentant les versets coraniques sur la pudeur, il affirme que l’islam vise à protéger la société de la « tentation » et de la sexualisation de l’espace public, et que les règles vestimentaires féminines participent de cet équilibre moral. Dans cette vision, le voile fait partie d’un cadre plus large d’organisation sociale inspiré par la loi islamique.

Une autre figure centrale de la pensée islamique contemporaine, souvent associée à l’environnement intellectuel des Frères musulmans, est Yusuf al-Qaradawi. Dans son ouvrage Le Licite et l’Illicite en islam (1960), largement diffusé dans le monde musulman, il écrit que les versets coraniques concernant la modestie féminine imposent aux femmes de couvrir leurs cheveux et leur corps, à l’exception du visage et des mains. Qaradawi affirme que cette interprétation correspond à ce qu’il décrit comme le consensus des juristes musulmans classiques. Dans ses fatwas et conférences, il explique également que la contestation du caractère obligatoire du hijab contredit la position majoritaire des écoles juridiques sunnites.

Pour autant, Qaradawi introduit une distinction importante entre prescription religieuse et coercition politique. Dans plusieurs interventions publiques, il explique que l’observance des prescriptions religieuses doit relever de la conscience des croyants et non d’une contrainte imposée par l’État. Cette distinction est régulièrement citée dans les études sur la pensée islamiste contemporaine, car elle reflète un débat plus large sur la place de la charia dans les sociétés modernes.

La galaxie intellectuelle liée au mouvement n’est cependant pas homogène. Au sein même de la famille fondatrice de la confrérie, certaines voix ont exprimé des positions nettement plus réformistes. C’est notamment le cas de Gamal al-Banna, frère cadet du fondateur Hassan al-Banna. Penseur indépendant et souvent critique de l’islam politique, Gamal al-Banna a plaidé pour une lecture plus libre du droit islamique et pour une réévaluation du rôle des traditions juridiques. Dans ses écrits, il défend l’idée que le Coran doit primer sur la jurisprudence classique et appelle à une interprétation adaptée aux sociétés contemporaines. Ses positions l’ont souvent placé à distance des interprétations dominantes dans les milieux islamistes, y compris sur les questions liées au statut des femmes et à la liberté religieuse.

D’autres penseurs influencés par la mouvance des Frères musulmans ont cherché à articuler l’héritage islamiste avec les principes du pluralisme politique. C’est notamment le cas de Rachid Ghannouchi, figure majeure de l’islam politique tunisien et longtemps influencée par la pensée des Frères musulmans. Dans ses écrits sur la démocratie et l’islam, Ghannouchi affirme que la souveraineté politique appartient au peuple dans un système démocratique, tout en considérant l’islam comme une référence éthique pour la société. Sur la question du voile, il reprend généralement l’interprétation majoritaire du droit musulman selon laquelle le hijab constitue une obligation religieuse. Toutefois, dans sa réflexion sur l’État civil et le pluralisme, il insiste sur le fait que les normes religieuses ne peuvent être imposées dans une société démocratique sans le consentement des citoyens.

Une approche encore différente apparaît dans les travaux du juriste soudanais Abdullahi Ahmed An-Na’im. Bien qu’il ne soit pas membre de la confrérie, sa réflexion s’inscrit dans le débat intellectuel contemporain auquel participent aussi des penseurs influencés par l’islam politique. Dans son ouvrage L’Islam et l’Etat Laïque (2008), An-Na’im soutient que la charia ne peut être authentiquement respectée que si elle est adoptée librement par les croyants. Il défend ainsi l’idée que l’État doit rester neutre en matière religieuse et que les prescriptions islamiques — y compris celles concernant le statut des femmes ou la tenue vestimentaire — relèvent de la conscience individuelle plutôt que de la législation.

L’histoire récente montre également que la confrérie n’a pas toujours cherché à transformer la norme religieuse du voile en obligation juridique. Lorsque des partis inspirés par les Frères musulmans ont exercé des responsabilités politiques — notamment en Égypte au début des années 2010 — ils n’ont pas tenté d’imposer légalement le hijab. Dans ces contextes, le discours a plutôt insisté sur la liberté des femmes de porter le voile et sur la défense de ce droit face à d’éventuelles restrictions.

Par ailleurs, l’évolution sociale du voile dans le monde arabe ne peut être comprise sans tenir compte du contexte politique des années 1970. Après la défaite arabe lors de la Guerre des Six Jours en 1967 et la crise du nationalisme arabe, une nouvelle génération d’étudiants islamistes se mobilise dans les universités. Sous la présidence de Anwar Sadat, les autorités égyptiennes tolèrent même l’activité de certaines associations religieuses sur les campus, notamment pour affaiblir les mouvements de gauche.

C’est dans ce contexte que se diffuse ce que les sociologues ont appelé le « voile islamique moderne » : un foulard couvrant les cheveux associé à un manteau long. Dans les universités du Caire, ce style vestimentaire devient pour certaines étudiantes un symbole d’identité religieuse et parfois de contestation culturelle face à l’élite laïque. Le phénomène dépasse alors les cercles militants pour s’étendre progressivement à l’ensemble de la société dans les décennies suivantes.

Ce parcours historique montre que la position des Frères musulmans sur le voile est à la fois cohérente et diverse. Cohérente, parce que la majorité des penseurs du mouvement considèrent le hijab comme une obligation religieuse. Diverse, parce que la manière de traduire cette conviction dans la société — pression sociale, encouragement moral ou absence de contrainte juridique — varie selon les époques, les pays et les acteurs.

En définitive, la question du voile au sein de la mouvance des Frères musulmans ne se réduit pas à un simple mot d’ordre uniforme. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place de la religion dans l’espace public, sur la transformation des sociétés musulmanes et sur la tension permanente entre norme religieuse et pluralisme social. C’est précisément cette complexité qui échappe souvent aux représentations simplifiées du débat public.

Newsletter-Religactu Frères musulmans et voile : une doctrine majoritairement conservatrice, mais loin d’être monolithique

Inscrivez-vous à notre newsletter !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.

Article qui précéde

Québec interdit les prières de rue et les salles de prière dans les universités

Article qui suit

À Londres, une plaque verte pour la mosquée Fazl, ouverte en 1926

Steve Eisenberg

Steve Eisenberg

Steve Eisenberg est le rédacteur en chef de Religactu.fr. Passant sa vie entre Paris, Rome, Tel Aviv et New York, ce père de famille, revenu au journalisme après une autre vie, s'intéresse au judaïsme libéral (mais pas que), aux initiatives interreligieuses et aux spiritualités nouvelles. Et pourtant, il est titulaire d'un diplôme d'ingénieur...

SVP login pour rejoindre la discussion
Newsletter Religactu

Inscrivez-vous à notre newsletter !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.

Contact

Michel Servet, gravure de Christian Fritzsch, vers 1740
Dictionnaire simple des religions

DictionnaireUnitarisme

L’unitarisme est un courant religieux issu du christianisme qui affirme l’unité absolue de Dieu. Son nom vient du mot « ...

22 août 2026 à 10 h 30
Tawûsê Melek
Dictionnaire simple des religions

DictionnaireYézidisme

Le yézidisme est une religion monothéiste originaire du Moyen-Orient. Ses fidèles sont appelés les Yézidis ou Êzidis. Son principal foyer ...

21 août 2026 à 19 h 18
Tambour Yoruba
Dictionnaire simple des religions

DictionnaireYoruba

Le mot « Yoruba » désigne d’abord un peuple d’Afrique de l’Ouest, établi principalement dans le sud-ouest du Nigeria ainsi ...

21 août 2026 à 17 h 32
Scientology - Facade avec l'enseigne à Paris
Dictionnaire simple des religions

DictionnaireScientology – Scientologie

La Scientology (ou Scientologie parfois en français) est une religion née aux États-Unis au milieu du XXe siècle. Elle enseigne ...

22 août 2026 à 15 h 02
Ilia Répine, Procession religieuse dans la province de Koursk, 1880-1883 — domaine public
Dictionnaire simple des religions

DictionnaireOrthodoxie chrétienne

L’orthodoxie chrétienne est l’une des trois grandes branches du christianisme, avec le catholicisme et le protestantisme. Elle rassemble plusieurs Églises ...

12 août 2026 à 16 h 17

Articles récents

  • « Cult wars » : comment la guerre contre les « sectes » a façonné la recherche 23 août 2026 à 12 h 05
  • Inde : au Maharashtra, une loi anti-conversion appliquée avant même son entrée en vigueur 23 août 2026 à 11 h 52
  • Indonésie : le « record » gouvernemental de concorde religieuse contesté par les défenseurs des minorités 22 août 2026 à 16 h 15
  • Sénégal : Tivaouane met ses manuscrits islamiques et le Gamou à l’heure du numérique 22 août 2026 à 15 h 15
  • Unitarisme 22 août 2026 à 10 h 30
  • Cameroun : l’État ferme des églises évangéliques au nom d’agréments accordés au compte-gouttes 22 août 2026 à 10 h 26
  • Sikhisme : l’intelligence artificielle peut-elle enseigner sans imiter le sacré ? 22 août 2026 à 10 h 00
  • Bulgarie : comment le pouvoir mobilise l’identité orthodoxe pour se rapprocher de Moscou 21 août 2026 à 20 h 00
  • Yézidisme 21 août 2026 à 19 h 18
  • États-Unis — La justice maintient la protection de certains lieux de culte contre les interventions migratoires 21 août 2026 à 18 h 04

Catégories

  • Des communautés
  • Dictionnaire simple des religions
  • Événements
  • France
  • Interreligieux
  • Liberté de religion
  • Littérature
  • Monde
    • Afghanistan
    • Afrique du Sud
    • Albanie
    • Algérie
    • Allemagne
    • Angola
    • Arabie Saoudite
    • Argentine
    • Arménie
    • Australie
    • Azerbaïdjan
    • Belarus
    • Belgique
    • Bénin
    • Birmanie
    • Bosnie-Herzégovine
    • Brésil
    • Bulgarie
    • Cabo Verde
    • Cambodge
    • Cameroun
    • Canada
    • Chili
    • Chine
    • Chypre
    • Colombie
    • Corée du Sud
    • Costa Rica
    • Cuba
    • Danemark
    • Égypte
    • Emirats Arabes Unis
    • Espagne
    • Estonie
    • États-Unis
    • Ethiopie
    • Géorgie
    • Ghana
    • Grèce
    • Haïti
    • Hongrie
    • Inde
    • Indonésie
    • Irak
    • Iran
    • Irlande
    • Israël
    • Italie
    • Japon
    • Jordanie
    • Kazakhstan
    • Kenya
    • Kirghizstan
    • Libye
    • Malaisie
    • Malawi
    • Népal
    • Nicaragua
    • Nigeria
    • Norvège
    • Nouvelle-Zélande
    • Ouzbékistan
    • Pakistan
    • Palestine
    • Pays-Bas
    • Pérou
    • Pologne
    • Portugal
    • Qatar
    • République Démocratique du Congo
    • Royaume-Uni
    • Russie
    • Samoa
    • Sénégal
    • Serbie
    • Slovaquie
    • Sri Lanka
    • Suède
    • Suisse
    • Syrie
    • Tadjikistan
    • Taïwan
    • Tchéquie
    • Thaïlande
    • Tibet
    • Togo
    • Turquie
    • Ukraine
    • Union Européenne
    • Vatican
    • Venezuela
    • Vietnam
    • Zimbabwe
  • Traditions et croyances

Catégories

  • Politique de confidentialité
  • Politique de cookies (UE)
  • Charte éditoriale de ReligActu.fr
  • Mentions légales

© 2026 religactu

Pas de résultat
Voir tous les résultats
  • France
  • Monde
  • Liberté de religion
  • Traditions et croyances
  • Interreligieux
  • Qui et Pourquoi ?
  • Dictionnaire simple des religions

© 2026 religactu

Welcome Back!

Connectez-vous à votre compte ci-dessous

Mot de passe oublié ?

Récupérer votre mot de passe

Entrez votre nom d'utilisateur ou votre email pour réinitialiser votre mot de passe

Se connecter

Add New Playlist

Gérer le consentement aux cookies
Pour vous offrir les meilleures expériences de navigation, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou le nombre d'identités uniques qui se connectent sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel Toujours activé
Le stockage ou l’accès technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’internaute, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou la personne utilisant le service.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques. Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’internaute sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
  • Gérer les options
  • Gérer les services
  • Gérer {vendor_count} fournisseurs
  • En savoir plus sur ces finalités
Voir les préférences
  • {title}
  • {title}
  • {title}