
Le médecin et défenseur des droits humains Asif Mahmood a été élu à la présidence de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, plus connue sous son acronyme anglais USCIRF. Ce musulman d’origine pakistanaise dirigera durant l’exercice 2026-2027 cette institution fédérale indépendante chargée d’évaluer les atteintes à la liberté de religion ou de conviction dans le monde.
Son élection, annoncée le 20 juillet, a été obtenue à l’unanimité des membres de la commission. Ce consensus constitue une bonne nouvelle dans un paysage politique américain particulièrement polarisé. Il montre que la défense de la liberté religieuse peut encore réunir des personnalités nommées par des responsables démocrates et républicains, malgré leurs divergences sur de nombreux sujets de société.
Asif Mahmood avait été nommé une première fois à l’USCIRF en 2024 par Hakeem Jeffries, chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. Reconduit pour un second mandat en 2026, il occupait jusque-là la vice-présidence de la commission. Il succède à l’ancienne représentante républicaine Vicky Hartzler. CeCe Heil, juriste engagée dans la défense des libertés religieuses et nommée par le chef de la majorité républicaine au Sénat, a été élue vice-présidente.
Né au Pakistan, Asif Mahmood s’est installé aux États-Unis pour y poursuivre sa formation médicale. Pneumologue exerçant en Californie, il a notamment effectué une spécialisation au Harlem Hospital, lié à l’université Columbia. Son parcours associe depuis plusieurs années la médecine, l’action humanitaire, l’engagement interreligieux et la défense des droits humains. Il a en particulier attiré l’attention sur les situations du Cachemire et du Tigré, ainsi que sur les persécutions touchant différentes communautés religieuses.
Son appartenance à l’islam donne une portée particulière à sa désignation. Dans de nombreuses régions du monde, les musulmans peuvent appartenir à la majorité religieuse tout en étant eux-mêmes victimes de persécutions lorsqu’ils représentent une minorité ethnique, confessionnelle ou politique. Les Ouïghours en Chine, les Rohingyas originaires de Birmanie, les ahmadis au Pakistan ou les musulmans confrontés à des politiques discriminatoires dans d’autres pays illustrent la diversité de ces situations.
La présidence d’Asif Mahmood ne constitue toutefois pas une première absolue pour un musulman. Le juriste ouïghour américain Nury Turkel avait déjà présidé l’USCIRF en 2022-2023. La nouvelle nomination confirme néanmoins que des citoyens issus de minorités religieuses et de l’immigration peuvent accéder durablement à la direction d’une institution chargée de défendre un droit universel.
Cette représentation est importante à condition qu’elle ne soit pas enfermée dans une logique communautaire. Le président de l’USCIRF n’a pas pour fonction de défendre prioritairement les musulmans, mais toutes les personnes persécutées en raison de leur religion, de leur changement de religion, de leur refus d’en avoir une ou de leurs convictions. Dans sa première déclaration, Asif Mahmood a précisément affirmé vouloir poursuivre la défense de la liberté de religion ou de conviction « pour tous ».
Ses origines pakistanaises pourront également apporter une connaissance personnelle d’une région où les questions religieuses sont particulièrement sensibles. Au Pakistan, les lois sur le blasphème, les violences collectives déclenchées par certaines accusations et les discriminations subies par les chrétiens, les hindous, les ahmadis ou les musulmans chiites font régulièrement l’objet d’inquiétudes internationales. Cette proximité ne garantit pas à elle seule une appréciation impartiale, mais elle peut favoriser une compréhension plus fine des réalités sociales et politiques qui entourent les persécutions.
Créée par une loi de 1998, l’USCIRF surveille la situation de la liberté religieuse à l’extérieur des États-Unis. Elle publie des rapports, organise des auditions et recommande au président, au département d’État et au Congrès de désigner certains pays ou groupes comme responsables de violations particulièrement graves. Elle peut également proposer des sanctions ou d’autres mesures diplomatiques.
La commission ne prend cependant pas elle-même les décisions de politique étrangère. Ses recommandations peuvent être suivies, partiellement reprises ou écartées par le gouvernement américain. Son influence dépend donc de la qualité de ses enquêtes, de son indépendance et de sa capacité à appliquer les mêmes critères aux alliés comme aux adversaires de Washington.
L’élection d’un médecin musulman d’origine pakistanaise à sa présidence envoie ainsi un signal encourageant. Elle rappelle que la liberté religieuse ne doit pas devenir le monopole d’un parti, d’une confession ou d’une vision particulière de la société. Sa crédibilité se mesure au contraire à sa capacité à protéger indistinctement les chrétiens, les musulmans, les juifs, les hindous, les bouddhistes, les sikhs, les scientologistes, les zoroastriens, les croyants de religions minoritaires, les convertis et les personnes sans religion.




