
Le Centre international de dialogue KAICIID vient de publier une nouvelle note d’orientation consacrée au rôle des médias dans la promotion de la paix et de la cohésion sociale dans le monde arabe. Intitulé Media for Peace: Peacebuilding Through Interreligious Dialogue, ce document analyse la manière dont les médias peuvent contribuer à renforcer le dialogue interreligieux et interculturel dans une région marquée à la fois par des conflits persistants et par de nombreuses initiatives de rapprochement entre communautés religieuses.
Selon les auteurs, les trois dernières décennies ont vu se multiplier les initiatives de dialogue interreligieux au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Plusieurs déclarations majeures ont été adoptées, parmi lesquelles la Déclaration de Marrakech sur les droits des minorités religieuses (2016), la Déclaration d’Al-Azhar sur la citoyenneté et la coexistence (2017) ou encore le Document sur la fraternité humaine signé à Abou Dhabi par le pape François et le grand imam d’Al-Azhar Ahmed Al-Tayeb en 2019. Pourtant, estime le rapport, ces avancées demeurent souvent méconnues du grand public et peinent à se traduire en changements concrets dans la vie quotidienne.
Le document identifie plusieurs obstacles. Le premier est la politisation du dialogue interreligieux. Dans de nombreux pays de la région, les initiatives de dialogue sont parfois perçues comme liées à des agendas politiques ou diplomatiques, ce qui nourrit la méfiance d’une partie de la population. Le deuxième obstacle est l’insuffisante diffusion des résultats obtenus par ces démarches. Enfin, les auteurs soulignent que les médias privilégient fréquemment les conflits, les polémiques et les contenus sensationnalistes, au détriment des expériences de coopération et de coexistence.
Pour KAICIID, les médias disposent pourtant d’un potentiel considérable pour soutenir la paix. Le rapport leur attribue trois missions principales. La première consiste à rendre accessibles les concepts complexes du dialogue interreligieux. Les déclarations théologiques ou institutionnelles restent souvent confinées à des cercles spécialisés ; les médias peuvent contribuer à les traduire dans un langage compréhensible pour le grand public.
La deuxième mission est de créer des ponts entre des groupes qui se connaissent peu ou se méfient les uns des autres. Les médias peuvent offrir des espaces de discussion structurés, mettre en avant des responsables religieux favorables à la coexistence et déconstruire les stéréotypes qui alimentent les tensions. Le rapport cite notamment l’exemple de la chaîne chrétienne SAT-7, qui met l’accent sur les valeurs sociales et humaines plutôt que sur la confrontation religieuse.
Enfin, les médias peuvent donner davantage de visibilité aux initiatives locales de dialogue et de paix. De nombreuses actions menées sur le terrain par des associations, des communautés religieuses ou des citoyens restent peu connues alors qu’elles contribuent concrètement à renforcer la confiance entre groupes religieux ou culturels différents.
Le document formule également plusieurs recommandations. Il appelle les médias à renforcer la formation des journalistes sur les questions religieuses, la résolution des conflits et la lutte contre les discours de haine. Il encourage les institutions religieuses à développer leurs compétences en communication et à travailler davantage avec les professionnels des médias. Enfin, il préconise une coopération plus étroite entre acteurs religieux, journalistes, responsables politiques et organisations de la société civile afin de promouvoir une culture de la coexistence.
Créé en 2012, KAICIID (King Abdullah bin Abdulaziz International Centre for Interreligious and Intercultural Dialogue) est une organisation intergouvernementale spécialisée dans le dialogue interreligieux et interculturel. Initialement fondé à Vienne à l’initiative de l’Arabie saoudite, de l’Autriche et de l’Espagne, avec le Saint-Siège comme observateur fondateur, le centre a transféré son siège à Lisbonne en 2022. Son action repose sur la conviction que les responsables religieux et les acteurs de la société civile peuvent jouer un rôle important dans la prévention des conflits, la médiation et la construction de sociétés plus inclusives. Au fil des années, KAICIID a développé des programmes de formation, des réseaux de responsables religieux et des initiatives de dialogue dans plusieurs régions du monde, avec une attention particulière portée au Moyen-Orient, à l’Afrique et à l’Asie.
À travers cette nouvelle publication, l’organisation met en avant une idée simple : dans une région où la religion demeure un facteur majeur de structuration sociale et politique, les médias ne sont pas seulement des observateurs des relations entre communautés. Ils peuvent également devenir des acteurs à part entière du dialogue, capables de favoriser la compréhension mutuelle, de réduire les préjugés et de contribuer à la construction d’une paix durable.





























