Le roi Charles III a visité, lundi 20 juillet, la mosquée centrale de Cambridge, un édifice devenu emblématique de la rencontre entre architecture islamique et responsabilité environnementale. Couramment présentée comme la première « éco-mosquée » d’Europe, elle cherche à traduire dans sa conception les enseignements musulmans relatifs au respect de la création.
Le souverain a été accueilli par Timothy Winter, président du Cambridge Mosque Trust, ainsi que par Julia Barfield, directrice du cabinet Marks Barfield Architects, qui a conçu le bâtiment. Il a parcouru les jardins, observé les principales caractéristiques architecturales et rencontré les responsables de la mosquée. Après avoir retiré ses chaussures, il est entré dans la salle de prière, où il s’est entretenu avec des fidèles, des représentants d’autres religions et des acteurs de la vie locale.
Charles III a salué la qualité de la réalisation et le soin apporté à la construction. Il a également estimé que ce lieu contribuait non seulement à la vie de la communauté musulmane, mais aussi à celle de l’ensemble de Cambridge. La visite correspondait à deux engagements anciens du roi : la protection de l’environnement et le dialogue entre les traditions religieuses.
Ouverte aux fidèles en avril 2019, la mosquée est le premier lieu de culte musulman spécialement construit à cet effet dans la ville. Le projet avait été lancé pour répondre au manque de place dans les locaux utilisés auparavant par une communauté en croissance. D’un coût annoncé de 23 millions de livres sterling, l’édifice peut recevoir environ un millier de personnes et comprend, outre la salle de prière, des espaces éducatifs et communautaires.
Son architecture repose notamment sur une série de colonnes en bois qui s’élèvent et se ramifient à la manière d’arbres. Elles forment une voûte évoquant simultanément une forêt, le jardin du paradis dans l’imaginaire islamique et certaines structures caractéristiques de l’architecture religieuse anglaise. Le cabinet Marks Barfield, également connu pour avoir conçu le London Eye, souhaitait ainsi développer un langage architectural adapté à une mosquée britannique du XXIe siècle.
La dimension écologique ne se limite pas à l’apparence du bâtiment. Des panneaux photovoltaïques produisent une partie de son électricité, tandis que des pompes à chaleur assurent le chauffage et le rafraîchissement. L’éclairage naturel est favorisé par de larges ouvertures aménagées dans la toiture et complété par des lampes à faible consommation. Le système de ventilation naturelle vise également à limiter le recours aux équipements énergivores.
Les eaux de pluie et certaines eaux grises sont récupérées afin d’alimenter les sanitaires et d’arroser les jardins. Une toiture végétalisée contribue à l’isolation et à l’intégration du bâtiment dans son environnement. Les colonnes et les voûtes ont été fabriquées à partir de bois provenant de forêts gérées de manière durable. La mosquée encourage enfin l’usage du vélo grâce à des emplacements prévus pour les fidèles.
L’appellation de « première éco-mosquée d’Europe » doit toutefois être comprise comme une présentation adoptée par l’institution et largement reprise dans les médias, plutôt que comme le résultat d’un classement officiel des lieux de culte européens. La mosquée revendique plus précisément une conception pensée dès l’origine autour de la sobriété énergétique, du recours aux énergies renouvelables et de l’utilisation raisonnée des ressources.
Pour ses responsables, cette démarche est indissociable de la foi. L’être humain est considéré dans l’islam comme dépositaire d’une responsabilité envers le monde qui lui a été confié. La lutte contre le réchauffement climatique et la préservation des ressources peuvent donc être présentées non seulement comme des impératifs scientifiques ou politiques, mais aussi comme des devoirs spirituels. Cette conception trouve aujourd’hui un écho dans le développement international des « mosquées vertes », qui cherchent à réduire leur consommation d’eau et d’énergie tout en sensibilisant les fidèles.
La visite royale a également mis en valeur la fonction sociale de l’établissement. Charles III a rencontré des jeunes et des personnes participant aux actions de solidarité de la communauté. Il s’est entretenu avec des responsables religieux de différentes confessions, illustrant la volonté de la mosquée de se présenter comme un espace ouvert sur la ville et non comme un lieu réservé à ses seuls fidèles.
En attirant l’attention sur cet édifice, le roi a donné une visibilité supplémentaire à une approche qui relie foi, architecture et écologie. La mosquée centrale de Cambridge ne résout évidemment pas à elle seule les défis environnementaux auxquels sont confrontées les communautés religieuses. Elle montre néanmoins comment un lieu de culte peut intégrer ces préoccupations dès sa conception et faire de la protection de la création une réalité matérielle autant qu’un principe spirituel.




