Des responsables musulmans et évangéliques, des représentants des pouvoirs publics, des parlementaires et des universitaires se sont réunis les 20 et 21 juillet à Ain Sokhna, en Égypte, pour réfléchir à la famille et à la cohésion sociale. La rencontre, consacrée aux transformations économiques, culturelles et numériques, a débouché sur des initiatives qui pourraient associer les institutions religieuses à l’encadrement des comportements individuels.
Le colloque était organisé par le Forum pour le dialogue interculturel de l’Organisation copte évangélique pour les services sociaux, en partenariat avec le ministère égyptien des Waqfs (les biens et fondations islamiques). Celui-ci administre les biens religieux musulmans et exerce une importante autorité sur les mosquées, les imams et la prédication. L’ouverture a réuni son ministre, Osama Al-Azhari, et le pasteur Andrea Zaki, président de la communauté évangélique d’Égypte.
Des responsables du Service d’information de l’État, du Conseil national des femmes et du Parlement participaient également aux travaux. Cette composition donnait au colloque une dimension à la fois interreligieuse, politique et sociale. Musulmans et chrétiens étaient invités à réfléchir ensemble à des questions concrètes touchant la famille, l’éducation et les technologies.
L’orientation de la rencontre devient préoccupante dans les initiatives envisagées : définir les usages numériques jugés acceptables, créer une plateforme nationale de vérification et installer des consultations psychologiques dans les lieux de culte. Ces propositions dépassent le débat de société pour confier aux institutions religieuses un rôle direct dans l’encadrement de la vie familiale et personnelle.
Les participants ont présenté la famille comme le premier lieu de formation de la personne, de transmission des valeurs et d’apprentissage de la responsabilité. Ils lui ont également attribué un rôle central dans la préservation de l’identité nationale et de la stabilité sociale. Une telle conception peut conduire les pouvoirs publics à solliciter les religions pour promouvoir un modèle familial et comportemental déterminé.
Les interventions ont particulièrement insisté sur les nouvelles technologies. Osama Al-Azhari a mis en garde contre l’utilisation excessive des appareils numériques par les enfants. Amir Tharwat, président du Synode évangélique du Nil, a estimé que les réseaux sociaux favorisaient l’isolement et l’individualisme. Il a également averti que l’intelligence artificielle pouvait se substituer au dialogue familial lorsque les utilisateurs recherchent auprès d’elle écoute, conseils religieux ou accompagnement personnel.
Les réponses proposées tendent à transformer ces préoccupations en instruments d’encadrement. La promotion d’un « usage équilibré » des technologies pourrait confier aux autorités civiles et religieuses la définition des pratiques acceptables. L’idée d’une plateforme nationale chargée de vérifier les informations relatives aux questions psychologiques et familiales renforce cette orientation. Un tel dispositif pourrait servir à départager les discours autorisés de ceux que les autorités considèrent comme nuisibles.
Cette perspective prend une signification particulière dans le contexte égyptien. Plusieurs organisations de défense des droits décrivent un espace numérique étroitement surveillé, dans lequel des lois aux formulations larges permettent de poursuivre des internautes pour leurs publications. Des observateurs internationaux reprochent également aux autorités d’encadrer la religion selon une conception officielle de l’islam et de restreindre l’expression de certaines convictions minoritaires ou dissidentes.
L’organisation sociale de la communauté évangélique conduit depuis longtemps des programmes de développement, de citoyenneté et de dialogue entre musulmans et chrétiens. Le risque ne réside pas dans sa coopération avec les pouvoirs publics, mais dans la nature des fonctions que les initiatives envisagées pourraient confier aux institutions religieuses : transmettre des normes comportementales, participer à la définition des pratiques numériques acceptables et accueillir des dispositifs psychologiques étrangers à leur mission spirituelle.
Amr El-Wardani, président de la commission des affaires religieuses de la Chambre des représentants, a ainsi recommandé la création de consultations psychologiques et familiales à l’intérieur des mosquées et des églises. Une telle présence introduirait une discipline clinique dans des lieux dont la vocation est religieuse et spirituelle.
Le recours éventuel à un psychologue relève d’une démarche individuelle, entièrement extérieure à l’institution religieuse. Celle-ci n’a pas à organiser, recommander ou faciliter une prise en charge psychologique, pas davantage qu’elle n’a à sélectionner les professionnels auxquels ses fidèles pourraient s’adresser. Son rôle est de proposer un enseignement, des pratiques et un accompagnement conformes à sa tradition spirituelle.
Installer des psychologues dans les lieux de culte brouillerait les frontières entre accompagnement religieux et intervention thérapeutique. Cette confusion risquerait de soumettre progressivement la vie spirituelle à des catégories, des diagnostics et des méthodes qui lui sont étrangers. Elle pourrait également conduire à évaluer la relation pastorale selon des normes psychologiques plutôt que selon les principes propres à chaque tradition.
Les comptes rendus du colloque ne font état d’aucune mesure coercitive adoptée. Ses recommandations révèlent néanmoins une logique dans laquelle la « cohésion sociale » pourrait justifier un contrôle croissant de la vie familiale, morale et numérique. La coopération interreligieuse resterait alors présente, mais mise au service d’initiatives susceptibles de réduire l’autonomie des institutions religieuses comme celle de leurs membres.




