
Le moine Ajahn Jayasaro est devenu le premier religieux né à l’étranger à recevoir l’une des plus hautes distinctions de la hiérarchie bouddhique thaïlandaise. Par un décret publié au Journal officiel le 14 juillet 2026, le roi Maha Vajiralongkorn l’a élevé au rang de Somdet Phra Ratchakhana, en même temps que sept autres moines de haut rang. La décision, effective depuis le 12 juillet, constitue un événement sans précédent dans l’histoire de l’institution monastique du pays.
Le rang de Somdet Phra Ratchakhana se situe au sommet du système des titres ecclésiastiques attribués par la monarchie thaïlandaise. Il ne doit cependant pas être confondu avec la fonction de patriarche suprême, qui demeure la plus haute autorité institutionnelle du bouddhisme thaïlandais. Ajahn Jayasaro reçoit à cette occasion le titre royal de Somdet Phra Maha Patcharayanamuni. Cette distinction reconnaît son parcours monastique, son enseignement de la méditation et sa contribution à la diffusion du bouddhisme en Thaïlande comme à l’étranger.
Né Shaun Michael Chiverton le 7 janvier 1958 sur l’île de Wight, au Royaume-Uni, le futur moine s’intéresse dès l’adolescence à la philosophie orientale et au bouddhisme. À 17 ans, il quitte son pays et voyage en Asie à la recherche d’une forme de vie spirituelle correspondant à ses interrogations. Après plusieurs expériences, il découvre la tradition thaïlandaise de la forêt, courant du bouddhisme theravāda qui met l’accent sur la discipline monastique, la méditation et une vie volontairement sobre.
Il arrive en Thaïlande en 1978 et rejoint la communauté de Luang Por Chah, également connu sous le nom d’Ajahn Chah, au monastère de Wat Nong Pah Pong, dans la province d’Ubon Ratchathani. Ajahn Chah est alors l’un des maîtres de méditation les plus respectés du pays. Son enseignement attire déjà des Occidentaux désireux de découvrir le bouddhisme autrement que par les livres ou les centres de méditation européens.
Shaun Chiverton devient novice en 1979, puis reçoit l’ordination complète de moine le 3 juin 1980, avec Ajahn Chah comme maître d’ordination. Il prend alors le nom de Jayasaro, généralement interprété comme « celui qui remporte la victoire par le Dhamma », c’est-à-dire par l’enseignement du Bouddha. Il apprend la langue thaïe, étudie les règles de la vie monastique et pratique pendant plusieurs années dans les monastères et les forêts liés à la lignée d’Ajahn Chah.
De 1986 à 1996, il exerce les fonctions d’adjoint à l’abbé de Wat Pah Nanachat, le Monastère international de la forêt. Fondé pour accueillir des moines venus d’autres pays, ce monastère leur permet de suivre la discipline de la tradition forestière dans un environnement adapté à leur apprentissage. Ajahn Jayasaro en devient l’abbé en 1997 et conserve cette responsabilité jusqu’en 2002. Sa connaissance de l’anglais et du thaï lui permet de transmettre les enseignements bouddhiques aussi bien aux Thaïlandais qu’aux pratiquants étrangers.
En 2003, il renonce à sa fonction d’abbé pour se consacrer davantage à la méditation, à l’étude et à l’enseignement. Il s’installe dans un ermitage situé dans la province de Nakhon Ratchasima, aujourd’hui connu comme la résidence monastique de Ban Rai Thaw Si. Il continue néanmoins à donner des enseignements, à conduire des retraites et à publier des ouvrages consacrés à la pratique bouddhique. Il est notamment l’auteur de Stillness Flowing, une importante biographie d’Ajahn Chah.
Le moine britannique s’est aussi investi dans la transmission des principes bouddhiques au sein de l’éducation. Il a contribué au développement d’une approche pédagogique inspirée des « trois apprentissages » du bouddhisme : la conduite éthique, la stabilité mentale et la sagesse. Son travail lui a valu plusieurs distinctions universitaires et culturelles. En 2020, le roi de Thaïlande lui a accordé la nationalité thaïlandaise à titre exceptionnel.
Ajahn Jayasaro avait déjà reçu plusieurs titres ecclésiastiques royaux depuis 2019. Son élévation au rang de Somdet marque néanmoins une étape d’une tout autre importance. Dans un pays où la hiérarchie monastique demeure étroitement liée à l’histoire de la monarchie et de l’État, l’accession d’un moine né en Occident à un tel rang témoigne de son intégration complète dans le bouddhisme thaïlandais.
Cette nomination illustre également l’internationalisation de la tradition de la forêt. Depuis plusieurs décennies, des disciples étrangers d’Ajahn Chah ont fondé des monastères en Europe, en Amérique du Nord et en Océanie. Le parcours d’Ajahn Jayasaro montre ainsi comment un enseignement profondément enraciné dans la culture religieuse thaïlandaise a pu être adopté et transmis au-delà des frontières, sans perdre son inscription dans l’institution monastique du pays.




