Le mercredi 22 juillet, les hindous balinais ont célébré Pegatwakan, une journée qui marque la fin du cycle religieux de Galungan et de Kuningan. Son geste le plus visible est le retrait des penjor, ces longues tiges de bambou courbées et richement ornées qui se dressaient depuis plusieurs semaines devant les maisons, les temples et certains bâtiments publics.
Pegatwakan, également appelé Pegat Uwakan, intervient trente-cinq jours après Galungan. Dans le calendrier balinais Pawukon, il revient tous les 210 jours. Les explications traditionnelles rapprochent le mot pegat de l’idée de séparation ou d’achèvement, tandis que uwak renvoie au retour. La journée exprime ainsi la clôture d’un temps religieux et le retour des éléments matériels utilisés pendant les cérémonies à leur origine.
Galungan célèbre la victoire du dharma, l’ordre juste, sur l’adharma, qui désigne le désordre et les conduites contraires à la loi spirituelle. Dix jours plus tard, Kuningan prolonge ce cycle par des prières et des offrandes liées notamment aux ancêtres et aux puissances divines. Pegatwakan ne constitue pas une nouvelle grande fête comparable à ces deux journées, mais leur conclusion rituelle.
Le penjor est installé à l’occasion de Galungan, généralement devant l’entrée de la maison. Il est constitué d’un long bambou dont l’extrémité retombe vers le sol et auquel sont attachés des ornements en feuilles de cocotier, des produits agricoles, du riz, des fruits ou des gâteaux, selon les possibilités de la famille et les coutumes locales. Une petite structure destinée aux offrandes peut être placée à sa base.
Souvent photographié comme un élément caractéristique du paysage balinais, le penjor n’est pourtant pas une simple décoration festive. Il matérialise une offrande et une action de grâce pour les biens reçus. Ses éléments végétaux et agricoles rappellent la dépendance de l’être humain à l’égard de la terre, de l’eau et des récoltes. Plusieurs interprétations l’associent également à la montagne sacrée, considérée comme un lieu de fécondité et de proximité avec le divin.
Lors de Pegatwakan, le penjor est démonté selon des gestes qui peuvent varier d’un village et d’une famille à l’autre. Dans certaines traditions, ses ornements sont brûlés. Les cendres sont ensuite placées dans une jeune noix de coco jaune préalablement consacrée, puis enterrées à l’endroit où le bambou avait été dressé ou à proximité du sanctuaire familial. Ce retour à la terre s’accompagne de prières demandant fertilité, protection et prospérité jusqu’au prochain Galungan.
Le retrait du penjor possède ainsi une signification plus profonde que le simple rangement d’un objet devenu inutile. Il affirme le caractère temporaire des supports matériels de la célébration. Les offrandes disparaissent, le bambou est retiré et le paysage quotidien retrouve progressivement son apparence habituelle, mais le dharma auquel ces signes renvoyaient doit continuer à guider les pensées, les paroles et les actes.
À Banyuwangi, dans l’est de Java, cette dimension a été rappelée à des fidèles réunis au temple Candi Merak Marga Mukti. Andik Purnomo, conseiller hindou du ministère indonésien des Affaires religieuses, a présenté Pegatwakan comme un moment de gratitude et de renouvellement de l’engagement spirituel. Il a notamment invité les participants à ne pas laisser la pratique religieuse se limiter aux cérémonies ou à l’apparence des symboles.
Le retrait des penjor referme donc le cycle de Galungan sans effacer ce qu’il devait transmettre. Le bambou et ses ornements retournent à la terre, tandis que la victoire du dharma, célébrée plusieurs semaines auparavant, doit désormais se traduire dans la vie ordinaire.




