L’enquête de l’inspection générale de la Ville de Paris, dont les conclusions ont été rapportées le 1er octobre, ne retrouve aucune demande de BAPS visant à exclure les femmes du parcours de sa délégation. Les salariées ont bien été écartées, mais les investigations décrivent une déformation des consignes au sein de l’exploitant. Une clarification qui appelle désormais des corrections dans la couverture médiatique de l’affaire.
Trois semaines après le début de la polémique, l’accusation centrale portée contre BAPS n’est pas confirmée par l’enquête parisienne. Selon la synthèse du rapport consultée par Le Parisien, il n’y a pas eu de « demande explicite de la délégation visant à exclure les femmes sur l’ensemble du parcours ». L’organisation hindoue est ainsi mise hors de cause sur cette exigence d’exclusion qui lui avait été attribuée.
Les faits remontent au 5 septembre. Une délégation de BAPS, mouvement appartenant à la tradition hindoue Swaminarayan, visite la tour Eiffel à l’occasion de l’inauguration de son temple de Bussy-Saint-Georges. Plusieurs salariées sont alors invitées à quitter leur poste ou remplacées par des hommes. Le 7 septembre, une mobilisation du personnel provoque la fermeture du monument. L’affaire suscite immédiatement une vive indignation.
La reconstitution rapportée depuis apporte cependant une distinction essentielle. D’après The Economic Times, qui reprend les éléments de l’enquête le 2 octobre, la demande initialement transmise à la Société d’exploitation de la tour Eiffel, la SETE, concernait l’absence de contact physique entre les religieux et les femmes.
Cette information aurait été progressivement transformée en affectation de personnel masculin à certains postes, puis étendue jusqu’à écarter des employées déjà présentes. L’enquête décrit une succession d’erreurs d’appréciation, de validation et d’exécution. L’exclusion des salariées apparaît donc comme le résultat d’un processus interne à l’exploitant, et non comme l’application d’une demande des visiteurs.
Le traitement subi par les employées reste établi. La SETE a reconnu des défaillances opérationnelles et annoncé, le 29 septembre, le départ de son directeur général Patrick Branco Ruivo à la fin de l’année. Mais les responsabilités de l’exploitant et celles de la délégation ne peuvent plus être confondues.
BAPS a, de son côté, accueilli les conclusions rapportées de l’enquête, réaffirmant n’avoir jamais demandé que les employées soient cachées, déplacées ou exclues. L’organisation a également exprimé sa préoccupation pour les personnes concernées.
Cette clarification oblige à revenir sur la manière dont l’affaire a été présentée. Plusieurs rédactions avaient attribué directement au mouvement religieux l’initiative de l’éviction, alors que les investigations étaient encore en cours.
Dans son article du 15 septembre, Le Monde présentait l’absence d’agentes féminines comme une condition posée pour éviter toute interaction avec les membres de BAPS.
Le 13 septembre, le chapeau public de Mediapart affirmait que BAPS avait fait scandale « en obtenant la mise à l’écart des femmes ». Dans la présentation indexée d’un article d’Europe 1 du 8 septembre, la demande était également donnée comme émanant du mouvement.
Le Parisien avait choisi une formulation particulièrement affirmative pour sa vidéo du 10 septembre : « Tour Eiffel fermée : BAPS, la secte hindoue qui refuse de croiser les femmes ». Ce titre restait affiché au 2 octobre, alors que le quotidien venait lui-même de publier les éléments remettant en cause l’exigence d’exclusion.
La couverture initiale reposait donc sur un fait réel — la mise à l’écart de salariées — auquel plusieurs médias avaient ajouté une attribution de responsabilité présentée avec une assurance excessive. C’est précisément cette attribution que les conclusions rapportées de l’enquête viennent contredire.
Pour les rédactions concernées, la suite devrait comprendre une actualisation des articles, une correction des formulations catégoriques et une information explicite des lecteurs. Ajouter un nouvel épisode ne suffit pas lorsque les anciennes affirmations restent accessibles sans clarification.
Présenter comme établi ce qui devait encore être vérifié relève du mauvais journalisme et de la fausse information. Reconnaître l’erreur et la corriger relève du travail journalistique. Les médias qui ont attribué à BAPS une demande d’exclusion devraient désormais expliquer clairement où ils s’étaient trompés, avec une visibilité comparable à celle donnée à l’accusation.




