Des habitants musulmans du village de Nanga Lili, sur l’île indonésienne de Flores, ont accueilli une statue de la Vierge Marie portée en procession par des catholiques. Organisé le 10 juillet, ce moment de fraternité religieuse marquait le début du pèlerinage de Maria Assumpta Nusantara, l’un des principaux événements du Festival Golo Koe 2026.
Lorsque la statue est arrivée à Nanga Lili, dans le district de Manggarai occidental, des familles musulmanes l’attendaient en tenue traditionnelle. Sous la conduite du chef du village, elles ont salué les pèlerins par une danse, offerte comme un geste d’hospitalité et de respect. La cérémonie ne cherchait pas à effacer les différences religieuses, mais à montrer que des habitants partageant une même culture peuvent honorer la foi de leurs voisins sans renoncer à la leur.
Après cet accueil, la statue a été confiée aux fidèles de la paroisse Saint-Joseph-Travailleur de Lengkong Cepang. Plusieurs milliers de catholiques l’ont accompagnée jusqu’à l’église en récitant le rosaire et en chantant des cantiques mariaux. À son arrivée, elle a été honorée par la remise d’une étoffe traditionnelle songket, symbole local de respect, avant d’être installée à l’intérieur de l’édifice.
La procession a été officiellement ouverte par l’évêque de Labuan Bajo, Mgr Maksimus Regus. Celui-ci a invité les fidèles à comprendre le pèlerinage comme un chemin vers le Christ et non comme une simple manifestation culturelle. S’inspirant du récit évangélique de la Visitation, dans lequel Marie se rend auprès de sa cousine Élisabeth, il a expliqué que la présence de Marie devait conduire les chrétiens à devenir eux-mêmes porteurs de joie, d’espérance et d’amour dans leurs rencontres quotidiennes.
La statue de Notre-Dame de l’Assomption doit parcourir les paroisses du diocèse de Labuan Bajo avant de rejoindre la cathédrale du Saint-Esprit au début du mois d’août. Elle participera ensuite à la grande procession mariale organisée pendant le point culminant du Festival Golo Koe, prévu du 10 au 15 août. Le programme comprendra des célébrations religieuses, des spectacles culturels, des danses traditionnelles, des activités sociales et plusieurs initiatives consacrées à la protection de l’environnement.
Flores occupe une place particulière dans le paysage religieux indonésien. Alors que l’Indonésie possède la population musulmane la plus nombreuse au monde, cette île située dans la province des Petites Îles de la Sonde orientales constitue l’un des principaux foyers du catholicisme dans le pays. La présence chrétienne y remonte notamment aux missions portugaises établies dans la région à partir du XVIe siècle.
Cette histoire n’a pas supprimé les cultures locales. À Flores, les traditions catholiques se sont souvent associées aux coutumes des différentes populations de l’île. Les danses, les tissus, les chants et les cérémonies d’accueil ne sont pas de simples décorations ajoutées aux célébrations religieuses : ils expriment une identité collective qui peut être partagée par des catholiques et des musulmans. L’accueil offert à Nanga Lili s’inscrit dans cette réalité culturelle commune.
La figure de Marie constitue aussi un point de proximité possible entre les deux religions. Dans l’islam, Maryam est honorée comme la mère de Jésus et comme une femme choisie par Dieu. Une sourate du Coran porte son nom, et le récit coranique lui accorde une place exceptionnelle. Les catholiques et les musulmans ne comprennent toutefois pas de la même manière la personne de Jésus ni le rôle spirituel de Marie. L’hospitalité manifestée par les habitants de Nanga Lili n’était donc pas l’expression d’une croyance identique, mais celle d’une reconnaissance respectueuse.
Le Festival Golo Koe, qui en est à sa cinquième édition, associe dévotion mariale, culture manggarai, tourisme et engagement écologique. Il figure parmi les dix événements mis en avant par le programme national indonésien Kharisma Event Nusantara. Pour les autorités touristiques, il doit contribuer à faire connaître Flores, à soutenir les petites entreprises locales et à proposer un tourisme davantage enraciné dans la culture et la vie spirituelle des populations.
Le thème retenu cette année, que l’on peut traduire par « Marcher ensemble, restaurer la Terre », donne au pèlerinage une dimension environnementale. Lors du lancement du festival en juin, les participants ont nettoyé une plage, planté des cocotiers et relâché des colombes en signe de paix. Mgr Regus a appelé les croyants de toutes les religions à transformer leur attention envers la création en actions concrètes.
À Nanga Lili, cette volonté de « marcher ensemble » a pris une forme particulièrement simple : des musulmans sont sortis de chez eux pour accueillir une procession catholique et lui offrir une danse issue de leur culture commune. Dans un pays où les relations interreligieuses peuvent parfois être traversées par des tensions, ce geste rappelle que la coexistence ne se construit pas seulement dans les déclarations officielles. Elle se nourrit aussi de ces marques locales d’attention par lesquelles une communauté fait comprendre à une autre que sa présence et sa foi sont respectées.




