Il n’existe pas en France de recensement contemporain de la population par religion. Une question sur l’appartenance religieuse figurait dans le recensement jusqu’en 1872, avant d’en disparaître, à l’exception de l’Alsace concordataire jusqu’en 1962. Les données religieuses peuvent néanmoins être recueillies dans des enquêtes statistiques encadrées. En 2026, deux grandes sources permettent ainsi de dresser une photographie du paysage religieux français : l’enquête Trajectoires et Origines 2 de l’Insee et de l’Ined, réalisée en 2019-2020, et une importante enquête de l’Ifop menée en 2025.
Les deux études ne donnent pas exactement les mêmes chiffres, parce qu’elles n’interrogent pas la même population. L’enquête Insee-Ined porte sur les personnes de 18 à 59 ans vivant en France métropolitaine. Réalisée auprès de plus de 27 000 personnes, elle établit que 51 % déclarent ne pas avoir de religion, 29 % se disent catholiques, 10 % musulmanes et environ 10 % appartiennent à d’autres religions. Parmi celles-ci, les autres religions chrétiennes représentent à elles seules environ 9 %.
L’enquête Ifop de 2025 concerne, elle, les personnes âgées de 15 ans et plus résidant en France métropolitaine, soit une population comprenant les plus de 59 ans, chez lesquels l’identification au catholicisme reste plus fréquente. Sur plus de 14 000 personnes interrogées, 43 % se déclarent catholiques, 37,5 % sans religion, 7 % musulmanes, 4 % protestantes ou évangéliques, 1 % orthodoxes, 1 % juives et 1 % bouddhistes. 2,5 % déclarent une autre religion et 3 % ne répondent pas à la question.
Les écarts entre les deux enquêtes ne signifient donc pas qu’une source serait nécessairement plus juste que l’autre. Un chiffre comme « 29 % de catholiques » ou « 43 % de catholiques » n’a de sens qu’accompagné de la population à laquelle il se rapporte. Les 60 ans et plus sont absents de l’enquête Insee-Ined mais inclus dans celle de l’Ifop. La formulation des questions, les catégories proposées et la date de l’étude influencent également les résultats.
Une tendance apparaît cependant clairement : la progression du nombre de personnes ne se réclamant d’aucune religion. Pour permettre une comparaison exacte entre ses deux enquêtes, l’Insee et l’Ined ont étudié la population commune des 18-49 ans. Entre 2008-2009 et 2019-2020, la part des personnes déclarant n’avoir aucune religion est passée de 45 % à 53 %. Dans le même temps, la proportion se déclarant catholique est passée de 43 % à 25 %.
L’Ifop observe la même transformation sur une période encore plus longue. Dans sa série de sondages, la proportion de personnes se déclarant catholiques est passée de 83 % en 1985 à 43 % en 2025, tandis que celle des personnes sans religion est passée de 13 % à 37 %. Ces séries ne constituent pas un recensement et les méthodes ont évolué au cours du temps, mais l’ampleur du recul de l’identification catholique est nette.
Le catholicisme demeure néanmoins la première religion déclarée en France. Cette position ne signifie pas que la plupart des personnes qui se disent catholiques pratiquent régulièrement. L’enquête Insee-Ined montre au contraire que 8 % seulement des catholiques interrogés fréquentent régulièrement un lieu de culte. L’appartenance catholique peut ainsi désigner aussi bien une pratique religieuse active qu’une identité familiale ou culturelle beaucoup plus distante.
L’islam constitue la deuxième religion déclarée. Il représente 10 % des 18-59 ans dans l’enquête Insee-Ined de 2019-2020 et environ 7 % des 15 ans et plus dans l’enquête Ifop de 2025. Là encore, une partie importante de l’écart vient de la structure par âge des populations étudiées. Dans sa série de sondages, l’Ifop mesure une progression de l’identification musulmane : 4 % en 2009, 5,5 % en 2016 et 7 % en 2025.
Le paysage chrétien français ne se réduit pas au catholicisme. Le protestantisme rassemble les Églises luthériennes et réformées historiques, mais aussi un ensemble d’Églises évangéliques et pentecôtistes. L’Ifop regroupe protestants et évangéliques à environ 4 % de la population de 15 ans et plus. L’enquête Insee-Ined montre de son côté une progression des personnes déclarant une religion chrétienne autre que le catholicisme, qui représentent 9 % des 18-59 ans en 2019-2020.
L’orthodoxie chrétienne représente environ 1 % de la population dans l’enquête Ifop. Sa présence en France s’est notamment développée avec les migrations successives en provenance d’Europe orientale, du Caucase et du Moyen-Orient.
Le judaïsme est également évalué à environ 1 % par l’Ifop. Ce pourcentage mesure une religion déclarée, et non l’ensemble des personnes pouvant avoir une origine, une histoire familiale ou une identité culturelle juive. Les différentes estimations de la population juive en France ne mesurent donc pas nécessairement la même réalité.
Le bouddhisme atteint lui aussi environ 1 % dans l’enquête Ifop. L’Insee-Ined le mesure à une proportion plus faible chez les 18-49 ans, autour de 0,5 %. Ces chiffres montrent également les limites des estimations absolues souvent avancées sur le nombre de bouddhistes en France : selon que l’on compte l’affiliation déclarée, la pratique régulière, l’origine familiale ou une proximité avec certaines pratiques bouddhistes, le résultat peut fortement varier.
Appartenance et pratique religieuses sont en effet deux réalités différentes. Dans l’étude détaillée de l’Insee et de l’Ined, seuls 8 % des catholiques déclarent fréquenter régulièrement un lieu de culte. Cette proportion dépasse légèrement 20 % chez les musulmans, les autres chrétiens et les bouddhistes, et atteint 34 % chez les juifs. La religion occupe également une place très différente dans l’identité personnelle : chez les 18-49 ans interrogés en 2019-2020, 6 % des catholiques citaient la religion parmi les dimensions importantes de leur identité, contre 30 % des musulmans et 54 % des juifs.
Les données disponibles en 2026 dessinent ainsi moins la disparition de la religion qu’une profonde recomposition du paysage religieux français. La population sans religion a fortement augmenté, l’identification catholique a reculé, l’islam s’est installé durablement comme deuxième religion déclarée et le christianisme lui-même s’est diversifié. Dans le même temps, judaïsme, bouddhisme, orthodoxie et de nombreuses autres traditions continuent de participer à un paysage religieux beaucoup plus pluraliste qu’il ne l’était il y a quelques décennies. Les statistiques montrent enfin qu’« avoir une religion », croire, pratiquer et considérer la religion comme importante dans son identité sont quatre choses différentes qu’aucun chiffre unique ne peut résumer.




