Le chamanisme désigne un ensemble de croyances et de pratiques dans lesquelles certaines personnes sont considérées comme capables de communiquer avec le monde invisible. Ces personnes, appelées chamanes, peuvent entrer en relation avec des esprits, des ancêtres ou des forces de la nature afin d’aider leur communauté. Le chamanisme n’est donc pas une religion unique, avec un fondateur, un livre sacré ou des croyances identiques partout. Il s’agit plutôt d’un nom général donné à des traditions très diverses.
Le mot « chamane » vient d’une langue parlée par les Evenks, un peuple autochtone de Sibérie. Il est passé par le russe avant d’entrer dans les langues européennes à partir de la fin du XVIIe siècle. À l’origine, il désignait une figure religieuse propre à certains peuples de Sibérie. Par la suite, les chercheurs ont employé ce mot pour parler de personnages remplissant des fonctions comparables dans d’autres régions du monde, notamment en Asie centrale, dans les régions arctiques et dans les Amériques.
Dans les sociétés concernées, le monde visible et le monde invisible ne sont généralement pas considérés comme complètement séparés. Les êtres humains vivent au milieu d’animaux, de plantes, de lieux, d’ancêtres et d’esprits avec lesquels ils doivent maintenir de bonnes relations. Une maladie, une période de malchance ou un conflit peuvent ainsi être compris comme le signe d’un déséquilibre. Le chamane cherche alors à découvrir l’origine du problème et à rétablir l’harmonie.
Le chamane peut être un homme ou une femme. Il ne choisit pas toujours librement cette fonction. Selon les traditions, sa vocation peut être révélée par un rêve, une vision, une maladie, une épreuve personnelle ou l’appel d’un esprit. Il reçoit ensuite un enseignement auprès d’un chamane expérimenté ou apprend à reconnaître les signes du monde invisible. Il doit aussi connaître les récits, les chants, les gestes rituels et parfois les plantes médicinales de sa communauté.
Pendant une cérémonie, le chamane peut chanter, danser, prier, frapper un tambour ou utiliser d’autres instruments. La répétition des sons et des mouvements peut l’aider à entrer dans un état de conscience différent de l’état habituel, souvent appelé « transe ». Selon les croyances de sa communauté, son esprit peut alors voyager dans d’autres mondes, rencontrer des êtres invisibles ou recevoir des informations utiles. La transe n’est toutefois pas présente sous la même forme dans toutes les traditions.
Le tambour est souvent associé au chamanisme, en particulier en Sibérie, mais il n’est pas utilisé partout. Il en va de même des plantes provoquant des visions. Certaines traditions d’Amazonie ou d’autres régions utilisent des préparations de ce type, tandis que beaucoup de chamanes n’emploient aucune substance. Réduire le chamanisme à l’usage de plantes hallucinogènes donne donc une image fausse et très incomplète de ces traditions.
Le chamane peut remplir plusieurs fonctions. Il peut chercher à guérir une personne, retrouver symboliquement une âme que l’on croit perdue, interpréter un rêve, deviner l’origine d’un malheur ou accompagner les morts vers l’autre monde. Il peut également intervenir pour favoriser la chasse, protéger un troupeau, demander de bonnes récoltes ou présider certaines cérémonies collectives. Son rôle est à la fois religieux, médical, social et culturel, même si ces différentes activités ne sont pas séparées comme elles peuvent l’être dans les sociétés modernes.
L’emploi très large du mot « chamanisme » fait débat. Les peuples qualifiés de chamaniques possèdent leurs propres langues, leurs propres croyances et leurs propres noms pour désigner leurs spécialistes religieux. Certains chercheurs estiment donc qu’il faut réserver le terme aux traditions sibériennes. D’autres pensent qu’il reste utile pour comparer des pratiques qui présentent des ressemblances. Dans tous les cas, il est important de ne pas imaginer qu’il aurait existé une religion chamanique mondiale et uniforme.
De nombreuses traditions chamaniques ont été affaiblies ou interdites sous l’effet de la colonisation, des missions religieuses ou de politiques gouvernementales hostiles aux religions autochtones. Certaines ont néanmoins survécu en se transformant ou en intégrant des éléments du bouddhisme, du christianisme ou d’autres religions. Depuis la fin du XXe siècle, plusieurs peuples autochtones cherchent aussi à faire revivre leurs cérémonies et à transmettre leurs savoirs aux jeunes générations.
Il existe enfin un « néo-chamanisme » moderne, surtout présent dans les sociétés occidentales. Il propose des stages, des méditations, des voyages au tambour ou des pratiques de développement personnel inspirées de différentes cultures. Ce néo-chamanisme doit être distingué des traditions autochtones, qui sont liées à une communauté, à une histoire et à un territoire précis. Certains peuples dénoncent d’ailleurs l’utilisation commerciale ou simplifiée de leurs pratiques sacrées.
Le chamanisme désigne ainsi moins une religion particulière qu’une manière de concevoir les relations entre les humains, la nature et le monde invisible. Malgré leur grande diversité, les traditions dites chamaniques accordent généralement au chamane un rôle de médiateur chargé de préserver ou de rétablir l’équilibre de la communauté.




