La Cour suprême de l’Inde a refusé, jeudi 23 juillet, d’autoriser immédiatement l’accomplissement de rites hindous dans la partie scellée du complexe de Gyanvapi, à Varanasi. Des requérants souhaitaient pouvoir accéder à cette zone pendant le mois de Shravan (Le mois de Shravan est le cinquième mois du calendrier lunaire hindou, généralement situé entre juillet et août dans le calendrier grégorien) afin d’y pratiquer des prières et un jalabhishek, un rite consistant à verser de l’eau sur une représentation de Shiva.
La demande concernait plus précisément le bassin d’ablutions de la mosquée de Gyanvapi. Cet espace est inaccessible depuis mai 2022, après la découverte, au cours d’une inspection ordonnée par la justice, d’une structure dont la nature fait l’objet d’interprétations opposées. Les requérants hindous affirment qu’il s’agit d’une représentation symbolique de Shiva. Le comité administrant la mosquée soutient qu’il s’agit d’un élément appartenant à une ancienne fontaine.
L’avocat Vishnu Shankar Jain, qui représente l’une des parties hindoues, demandait une mesure provisoire permettant un culte limité pendant Shravan. Ce mois du calendrier hindou revêt une importance particulière pour les fidèles de Shiva, qui lui consacrent des jeûnes, des offrandes d’eau et des pèlerinages. Selon l’avocat, les participants étaient disposés à respecter toutes les restrictions et les mesures de sécurité que la justice aurait jugé nécessaires.
La requête a été examinée par une formation présidée par le président de la Cour suprême, Surya Kant, aux côtés des juges Joymalya Bagchi et V. Mohana. La juridiction n’a pas tranché la question de savoir si les rites réclamés pourraient un jour être autorisés. Elle a estimé que le moment n’était pas approprié pour accorder une telle mesure et a invité les requérants à faire preuve de patience, plusieurs aspects du contentieux restant pendants. L’examen de la demande a été reporté de deux semaines.
Cette décision constitue donc un refus provisoire et non un jugement définitif sur les droits cultuels revendiqués par les fidèles hindous. Elle maintient pour l’instant le statu quo dans la zone scellée, où aucune activité religieuse nouvelle ne peut être organisée. La Cour cherche ainsi à éviter qu’une autorisation temporaire ne modifie la situation matérielle ou religieuse du lieu avant l’examen des nombreuses procédures qui lui sont liées.
Le complexe de Gyanvapi est situé à proximité immédiate du temple de Kashi Vishwanath, l’un des principaux sanctuaires hindous consacrés à Shiva. Plusieurs requérants affirment que la mosquée a été édifiée au XVIIe siècle sur les vestiges d’un temple détruit sous le règne de l’empereur moghol Aurangzeb. Le comité musulman conteste les conséquences juridiques tirées de cette lecture historique et défend le statut de la mosquée comme lieu de culte musulman.
Le dossier s’inscrit également dans le débat sur la loi indienne de 1991 relative aux lieux de culte. Ce texte prévoit, sauf exception concernant le site d’Ayodhya, le maintien du caractère religieux que possédaient les lieux de culte au moment de l’indépendance, le 15 août 1947. Son objectif était d’empêcher la multiplication de revendications susceptibles de transformer d’anciens différends historiques en conflits religieux contemporains. Son interprétation et sa constitutionnalité font toutefois l’objet de procédures devant la Cour suprême.
La zone actuellement scellée ne doit pas être confondue avec le Vyas Tehkhana, une cave située dans la partie méridionale du complexe. En janvier 2024, un tribunal de Varanasi avait autorisé la reprise de rites hindous dans cette cave. La Haute Cour d’Allahabad avait ensuite rejeté le recours du comité de la mosquée contre cette décision. Les cérémonies qui y sont accomplies ne donnent cependant pas accès au bassin d’ablutions ni à la structure disputée.
Une tentative récente de conciliation n’a pas permis de rapprocher les positions. Les parties hindoues comme le comité musulman ont indiqué qu’elles ne souhaitaient pas parvenir à un compromis dans le cadre proposé par la Cour suprême et préféraient que le litige soit tranché selon la procédure judiciaire ordinaire.
En maintenant la fermeture du wazukhana, la Cour suprême ne se prononce ni sur l’identification de la structure découverte en 2022 ni sur les revendications historiques portant sur l’ensemble du complexe. Elle choisit, à ce stade, de préserver la situation existante. Dans une affaire devenue un symbole national des tensions autour de l’histoire religieuse de l’Inde, toute décision autorisant un nouveau rite pourrait en effet être interprétée comme une reconnaissance anticipée des prétentions de l’une des parties.




