Le site bouddhique de Sarnath, dans l’État indien de l’Uttar Pradesh, a été inscrit le 25 juillet sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. La décision a été prise à Busan, en Corée du Sud, lors de la 48e session du Comité du patrimoine mondial. Sarnath devient ainsi le 45e site indien à bénéficier de cette reconnaissance internationale.
Situé à une dizaine de kilomètres de Varanasi, Sarnath occupe une place fondamentale dans l’histoire du bouddhisme. Selon la tradition, Siddhartha Gautama (le Bouddha) s’y rendit après avoir atteint l’Éveil à Bodh-Gaya, probablement au cours du VIe ou du Ve siècle avant notre ère. Dans un parc où vivaient des cerfs, il retrouva cinq ascètes avec lesquels il avait auparavant pratiqué des formes très exigeantes de renoncement.
C’est devant eux qu’il prononça l’enseignement considéré comme son premier sermon. Cet événement est traditionnellement désigné comme la « mise en mouvement de la roue du Dharma ». Le Bouddha y exposa notamment la voie du milieu, qui écarte aussi bien la recherche excessive des plaisirs que les mortifications extrêmes, ainsi que les quatre nobles vérités relatives à la souffrance, à son origine, à sa cessation et au chemin conduisant à sa cessation.
Les cinq ascètes devinrent ses premiers disciples. Leur adhésion à son enseignement est généralement associée à la naissance du sangha, la communauté bouddhique. Sarnath représente donc non seulement le lieu d’un enseignement fondateur, mais aussi celui où commença à se constituer une communauté appelée à transmettre le Dharma.
Le site se développa progressivement en un important centre de pèlerinage, d’étude et de vie monastique. Plusieurs souverains et donateurs y firent construire des stupas (un stupa est un monument bouddhique, généralement en forme de dôme, qui abrite des reliques ou commémore un événement sacré. Les fidèles en font traditionnellement le tour dans le sens des aiguilles d’une montre), des temples et des monastères. L’empereur Ashoka, qui régna sur une grande partie du sous-continent indien au IIIe siècle avant notre ère, contribua particulièrement à son développement. Il fit notamment ériger une colonne surmontée de quatre lions adossés, dont la représentation est devenue l’emblème officiel de la République indienne.
L’inscription de l’Unesco porte sur deux ensembles archéologiques protégés : le stupa de Chaukhandi et les vestiges principaux de Sarnath, qui comprennent notamment les stupas de Dhamek et de Dharmarajika. L’ensemble appartient au paysage historique connu comme le Parc aux cerfs.
Après plusieurs siècles de prospérité, Sarnath déclina à la fin du premier millénaire et ses monastères furent progressivement abandonnés. Les vestiges firent l’objet de fouilles à partir du XIXe siècle, permettant de remettre au jour une partie considérable du site ancien. Sarnath ne doit cependant pas être considéré comme un espace uniquement archéologique. Des temples et monastères contemporains, fondés par des communautés venues notamment du Sri Lanka, de Thaïlande, du Japon, du Tibet ou de Birmanie, témoignent de la permanence de sa vocation religieuse.
Aujourd’hui, des pèlerins du monde entier viennent y méditer, réciter les enseignements bouddhiques ou accomplir des circumambulations autour des stupas. Sarnath appartient, avec Lumbini, Bodh-Gaya et Kushinagar, aux quatre principales destinations associées aux grandes étapes de la vie du Bouddha : sa naissance, son Éveil, son premier enseignement et son entrée dans le parinirvana.
L’Unesco estime que cette histoire, poursuivie sur plus de 2 500 ans, confère au lieu une valeur dépassant les frontières nationales. Son inscription reconnaît à la fois l’importance des vestiges architecturaux et celle d’une tradition de pèlerinage toujours vivante.
Cette reconnaissance devrait accroître la fréquentation de Sarnath et renforcer sa place dans les circuits bouddhiques développés par les autorités indiennes. Elle implique également une responsabilité accrue en matière de conservation. L’amélioration de l’accueil des visiteurs devra préserver les vestiges, le paysage historique et le caractère spirituel du site. L’enjeu sera de ne pas transformer l’un des lieux les plus sacrés du bouddhisme en simple destination touristique, mais de permettre aux pèlerins comme aux autres visiteurs de comprendre pourquoi un enseignement prononcé devant cinq ascètes continue, plus de deux millénaires après, à inspirer des millions de personnes.




