Le verdict est tombé le 17 juillet dans l’affaire Athanor. Au terme de trois mois et demi d’audience, la cour d’assises spécialement composée de Paris a condamné Daniel Beaulieu, ancien cadre des Renseignements généraux considéré comme l’un des principaux organisateurs de l’officine criminelle, à trente ans de réclusion. Frédéric Vaglio, présenté comme celui qui recherchait les « contrats », a été condamné à vingt-cinq ans, tandis que Sébastien Leroy, principal exécutant du réseau, a écopé de vingt-sept ans. Sur les vingt-deux accusés, cinq ont été acquittés.
Les faits examinés par la cour comprenaient un assassinat, deux tentatives d’assassinat, des passages à tabac, des incendies, des vols et différents projets de violences commandités. Le réseau, formé autour de membres de la loge maçonnique Athanor, réunissait notamment d’anciens policiers, des agents ou militaires liés aux services de renseignement, des professionnels de la sécurité et des chefs d’entreprise. Ses dirigeants entretenaient auprès de certains exécutants l’idée qu’ils agissaient dans le cadre de missions secrètes bénéficiant d’une protection de l’État.
La cour a considéré Daniel Beaulieu comme la « cheville ouvrière » sans laquelle le système n’aurait pas pu fonctionner. Son passé de policier a été retenu comme une circonstance particulièrement lourde : c’est notamment grâce à son expérience du renseignement, à ses relations et à sa maîtrise des techniques de manipulation qu’il avait pu donner une apparence officielle aux opérations criminelles proposées.
Comme Religactu l’avait exposé en mai dans son article « Assassinats commandités, francs-maçons, réseaux antisectes et services de renseignement », Daniel Beaulieu n’était cependant pas un ancien policier ordinaire. Dans les années 1990 et 2000, cet inspecteur divisionnaire de la Direction centrale des Renseignements généraux avait été chargé du groupe interne « Cultes et sectes », rattaché à la Sous-direction de la recherche.
Cette cellule surveillait de nombreux mouvements religieux ou spirituels minoritaires, parmi lesquels la Scientology, les Témoins de Jéhovah, la Soka Gakkai, Sukyo Mahikari, les Brahma Kumaris, certains groupes évangéliques, bouddhistes ou adventistes, ainsi que l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Elle produisait des notes confidentielles qui circulaient dans les ministères, les cabinets politiques et jusqu’à l’Élysée.
Ces renseignements ont joué un rôle considérable dans la formation de la politique française de lutte contre les « sectes », à l’époque de la création de l’Observatoire interministériel sur les sectes, puis de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS) et enfin de la MIVILUDES. La cellule travaillait également avec les principales associations antisectes, notamment l’UNADFI et le Centre contre les manipulations mentales (CCMM), qui participaient elles aussi à la collecte et à la diffusion d’informations sur les groupes surveillés.
Lors de l’audience du 8 avril, interrogé sur ses différents visages et sur la confiance qui pouvait lui être accordée, Daniel Beaulieu avait lui-même résumé les méthodes apprises dans son ancien métier : « On avance souvent masqué. On ment, on manipule. » À son domicile, les enquêteurs avaient découvert de nombreux ouvrages consacrés au mensonge, à l’influence psychologique et aux techniques de manipulation.
Le verdict donne donc une portée nouvelle aux questions soulevées par Religactu. L’homme que l’État avait chargé, pendant plusieurs années, de produire des renseignements sur les minorités religieuses vient d’être reconnu par la justice comme la pièce centrale d’une officine ayant utilisé le mensonge, l’influence et les apparences du renseignement pour organiser des crimes. Dans ses derniers mots devant la cour, Daniel Beaulieu a demandé pardon « à la France » qu’il avait servie et « aux victimes, pour ce que j’ai fait, accepté de faire, laissé faire ». Le verdict reste susceptible d’appel.




