Le Tri Hita Karana est une philosophie religieuse et sociale originaire de Bali, en Indonésie. Étroitement lié à l’hindouisme balinais, il enseigne que le bonheur et la prospérité dépendent de l’harmonie entre trois dimensions de l’existence : la relation avec le divin, les relations entre les êtres humains et la relation avec la nature.
L’expression vient de trois mots issus du sanskrit et employés dans le contexte culturel balinais : tri signifie « trois », hita désigne le bien-être, le bonheur ou la prospérité, et karana signifie « cause » ou « origine ». Tri Hita Karana peut donc être traduit par « les trois causes du bien-être » ou « les trois sources de la prospérité ». Il ne s’agit pas de rechercher uniquement la réussite matérielle : le bien-être dont il est question doit être à la fois spirituel, humain et environnemental.
Le premier aspect est appelé Parahyangan. Il concerne la relation harmonieuse entre les êtres humains et Dieu, les divinités ou le monde spirituel. Dans l’hindouisme balinais, cette relation s’exprime notamment par la prière, les cérémonies, les pèlerinages, l’entretien des temples et la présentation quotidienne d’offrandes. Les Balinais cherchent ainsi à manifester leur gratitude envers les puissances divines et à reconnaître que la vie humaine dépend d’une réalité qui la dépasse.
Le deuxième aspect, appelé Pawongan, concerne les relations entre les êtres humains. Il repose sur l’entraide, le respect, la solidarité et la coopération au sein de la famille, du village et de la société. À Bali, la vie collective occupe une place importante. Les habitants participent à l’organisation des cérémonies, à l’entretien des lieux communs et aux décisions concernant leur communauté. L’harmonie sociale ne signifie pas que les désaccords disparaissent, mais qu’ils doivent être réglés en tenant compte de l’intérêt de la communauté.
Le troisième aspect est le Palemahan, qui désigne la relation entre les êtres humains et leur environnement. La nature n’est pas considérée comme une simple réserve de ressources pouvant être exploitée sans limites. Elle appartient à un ordre plus vaste dans lequel les humains, les animaux, les plantes, l’eau et la terre sont liés. Respecter la nature revient donc à préserver l’équilibre nécessaire à la vie humaine, mais aussi à reconnaître sa dimension spirituelle.
L’un des exemples les plus connus de l’application du Tri Hita Karana est le subak, le système traditionnel d’irrigation des rizières balinaises. Les agriculteurs appartenant à un même réseau organisent collectivement le partage de l’eau. Cette gestion ne repose pas seulement sur des nécessités techniques : elle est également liée à des temples de l’eau, à des cérémonies religieuses et à des règles de coopération entre les cultivateurs. Le subak réunit ainsi les trois dimensions du Tri Hita Karana : la relation avec le divin, la solidarité entre les humains et le respect des équilibres naturels.
En 2012, l’UNESCO a inscrit le « paysage culturel de la province de Bali : le système des subak en tant que manifestation de la philosophie du Tri Hita Karana » sur la Liste du patrimoine mondial. Selon l’organisation, ce système coopératif de canaux, de barrages, de rizières et de temples illustre une conception qui réunit le monde spirituel, la société humaine et la nature. Certains réseaux de subak trouvent leur origine au moins au IXe siècle.
Le Tri Hita Karana influence aussi l’organisation des villages, l’architecture traditionnelle, l’éducation et certaines politiques environnementales. Les maisons, les temples et les espaces communautaires peuvent être disposés selon une conception religieuse de l’espace, dans laquelle chaque lieu possède une fonction particulière. Les villages coutumiers balinais organisent également leur vie collective autour des domaines du Parahyangan, du Pawongan et du Palemahan. Ces trois notions apparaissent même dans la législation de la province de Bali relative aux villages traditionnels.
La formulation moderne du Tri Hita Karana a été développée et popularisée au cours du XXe siècle, mais elle rassemble des conceptions religieuses et culturelles beaucoup plus anciennes. L’UNESCO relie notamment cette philosophie aux échanges qui se sont produits pendant près de deux millénaires entre Bali et le monde indien. Elle représente aujourd’hui une manière balinaise d’exprimer l’interdépendance entre la spiritualité, la vie collective et l’environnement.




