Le pape Léon s’est adressé à un groupe d’élus français venus en pèlerinage à Rome, pour la plupart issus du diocèse de Créteil. Ces responsables politiques, membres de divers partis et sensibilités, représentaient un territoire marqué par une grande diversité religieuse et culturelle, où la cohabitation entre traditions catholiques anciennes et pluralisme contemporain constitue un enjeu constant. Leur démarche s’est inscrite dans la continuité de voyages initiés depuis plusieurs années, au cours desquels des délégations locales ont cherché à réfléchir au lien entre leur mandat politique et leur foi chrétienne.
Dans ce cadre, le pape a rappelé que « il n’y a pas de séparation dans la personnalité d’un homme public : il n’y a pas d’un côté le politicien, et de l’autre le chrétien ». Il a insisté sur le fait que c’est « le politicien qui, sous le regard de Dieu et de sa conscience, vit ses engagements et responsabilités d’une manière chrétienne ». Par ces mots, il a clairement affirmé que l’engagement public des croyants ne peut pas se dissocier de leur identité spirituelle, ce qui constitue un rappel ferme à des élus souvent confrontés en France à la stricte interprétation de la laïcité.
Il leur a demandé de « s’unir de plus en plus à Jésus, vivre par Lui et porter témoignage de Lui », citant l’Évangile de Jean : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Le pape Léon a replacé le débat au cœur de la foi chrétienne : non pas une simple adhésion à des valeurs abstraites, mais une relation personnelle et vivante avec le Christ. « La promotion des “valeurs”, aussi évangéliques soient-elles, mais “vidées” du Christ comme auteur, sont impuissantes à changer le monde », a-t-il déclaré, soulignant que le témoignage de foi doit être explicite et incarné.
Aux élus de Créteil, il a confié une mission claire : « Vous êtes donc appelés à vous fortifier dans la foi, à approfondir votre compréhension de la doctrine – en particulier la doctrine sociale – que Jésus a enseignée au monde, et à la mettre en pratique dans l’exercice de vos responsabilités et dans la rédaction des lois ». Il a rappelé que cette doctrine ne relève pas d’un simple credo interne à l’Église, mais qu’elle est « fondamentalement en accord avec la nature humaine, la loi naturelle que tous peuvent reconnaître – même non-chrétiens ; même non-croyants ». Ce rappel fait écho à une tradition constante de l’enseignement social de l’Église, qui cherche à ancrer la réflexion politique dans des principes universels.
Le pape a ensuite insisté sur la nécessité de défendre cette loi naturelle « avec conviction », car elle constitue, selon lui, « une doctrine de salut qui vise le bien de chaque être humain, la construction de sociétés paisibles, harmonieuses, prospères et réconciliées ». Ces propos, adressés à des élus locaux, ont pris une dimension particulière dans un département comme le Val-de-Marne, où les questions sociales, l’équilibre entre communautés et la cohésion républicaine se posent de manière aiguë.
Conscient des difficultés rencontrées par les responsables politiques chrétiens, il a reconnu que « l’engagement chrétien assumé publiquement n’est pas facile, surtout dans certaines sociétés occidentales où le Christ et son Église sont marginalisés, souvent ignorés, et parfois ridiculisés ». Il a également mis en garde contre « les pressions, les consignes de parti, et les “colonisations idéologiques” — pour reprendre une expression appropriée de Pape François — auxquelles les politiciens sont soumis ». Selon lui, il faut « le courage de parfois dire : “Non, je ne peux pas !” quand la vérité est en jeu ».
Il a enfin conclu en rappelant que « ce n’est que l’union avec Jésus — Jésus crucifié ! — qui vous donnera le courage de souffrir pour son nom ». Aux élus de Créteil, il a adressé un message d’espérance : « Restez certains que, unis au Christ, vos efforts porteront du fruit et seront récompensés ».
En s’adressant ainsi à des responsables politiques français, le pape Léon a ravivé un débat ancien entre le Vatican et la République française : celui de la place de la foi dans l’espace public. Ses propos se sont inscrits dans la continuité d’une histoire marquée par la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, et par une laïcité devenue, au fil des décennies, un marqueur identitaire de la vie publique française.