Ce samedi 26 août 2025, la synagogue Bicur Joilim, la plus ancienne de la capitale chilienne, a été prise pour cible dans une attaque de vandalisme chargée d’une forte symbolique. Située en plein centre de Santiago, cette synagogue masorti, édifiée en 1930, a été visée par des inscriptions antisémites : des graffitis à la peinture rouge, ainsi que des affiches représentant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avec un dessin de balle transperçant son front ; sur ces affiches figuraient la phrase « Your silence is cooperation with Israel’s genocide ». Ce lieu, considéré comme sacré par la communauté juive locale, a déjà fait l’objet d’au moins trois autres actes similaires depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, amorcée le 7 octobre 2023.
L’attaque, survenue pendant le Shabbat, a suscité une vive émotion au sein de la communauté juive chilienne. Sur les réseaux sociaux, la Communauté juive du Chili s’est dite profondément préoccupée : « Le vandalisme d’un lieu sacré n’est pas une attaque contre une communauté, mais contre la coexistence et la paix de tout un pays », ont-ils écrit, soulignant que le respect de la liberté de culte est un pilier fondamental de la société chilienne.
Sur le plan politique, la responsabilité de l’État chilien est également mise en question. Gabriel Silber, directeur des affaires publiques de la Communauté juive du Chili, a dénoncé « une certaine invisibilité et un déni de cette réalité par les autorités », considérant que cette inaction crée un terreau propice à l’impunité de tels actes. Le contexte politique chilien, marqué par une forte critique d’Israël, renforce la tension. Le président Gabriel Boric, surnommé l’un des plus virulents critiques d’Israël en Amérique latine, a rappelé les attachés militaires du Chili en Israël, soutenu des démarches judiciaires internationales contre des responsables israéliens et imposé un embargo sur les armes.
La représentation diplomatique d’Israël a également réagi. L’ambassadeur Peleg Lewi a exprimé sa condamnation sur les réseaux sociaux, dénonçant un acte abject dont l’image (celle de Netanyahu criblé) symbolise une violence inacceptable. D’autres voix – comme celle de l’American Jewish Committee – ont condamné avec fermeté cet acte qualifié de « normalisation dangereuse de l’antisémitisme » au Chili.
Le Chili abrite l’une des plus importantes diasporas palestiniennes au monde, estimée à jusqu’à 500 000 personnes, ce qui en fait la plus importante en dehors du Moyen-Orient. En comparaison, la communauté juive du pays est beaucoup plus restreinte : on l’évalue à environ 16 000 personnes, soit 0,11 % de la population nationale. L’année précédente, un événement marquant avait attiré l’attention de la scène internationale : Paul McCartney, accompagné de son épouse d’origine juive, avait assisté aux offices de Yom Kippour dans la plus grande synagogue de Santiago, située à une douzaine de kilomètres environ de Bicur Joilim.
Ce nouvel acte de vandalisme survient dans un contexte mondial de montée des violences symboliques contre les lieux de culte juifs. En juin 2025, à Paris, plusieurs synagogues ainsi que le Mémorial de la Shoah avaient été maculés de peinture verte, provoquant une onde de choc au sein de la communauté juive française. En Ukraine, cette même année, une synagogue historique d’Odessa fut gravement endommagée par un drone russe, rappelant la fragilité des monuments religieux en temps de conflit.
Dans le cas chilien, les réactions publiques du gouvernement restent mesurées. Selon des sources de synthèse, des responsables, dont le ministre des Affaires étrangères Alberto van Klaveren, ont affirmé qu’aucune expression de haine ou de violence ne peut être normalisée et qu’il convient de privilégier le dialogue démocratique et respectueux.