Le gouvernement italien prépare un projet de loi interdisant la burqa et le niqab à l’école. Giorgia Meloni l’a annoncé le 20 septembre à Rome, lors de Fenix, le rassemblement de l’organisation de jeunesse de Fratelli d’Italia. Le texte devrait également fixer un nombre maximal d’élèves étrangers par classe et imposer l’apprentissage de l’italien aux parents d’enfants rencontrant de graves difficultés d’intégration scolaire.
« À l’école, on va le visage découvert », a déclaré la présidente du Conseil, selon LaPresse. Elle a relié la mesure à l’égalité entre les femmes et les hommes, estimant que personne ne devait pouvoir décider qu’une jeune femme se cache au nom d’une « véritable ou prétendue tradition ». D’après ANSA, le gouvernement espère présenter le projet au Conseil des ministres du 24 septembre. Son contenu définitif et son champ d’application ne sont donc pas encore connus.
Les trois termes souvent réunis sous le mot « voile » désignent pourtant des vêtements différents. Le hijab est un foulard couvrant généralement les cheveux, les oreilles et le cou, mais laissant le visage entièrement visible. Le niqab couvre les cheveux et le visage, à l’exception des yeux. La burqa enveloppe le corps et couvre aussi les yeux, placés derrière une grille ou un tissu ajouré. La distinction est essentielle : l’annonce de Giorgia Meloni vise les deux tenues qui dissimulent le visage, pas le hijab.
Certains titres de presse ont présenté la mesure comme une interdiction générale du « voile islamique ». Ce n’est pas ce que la cheffe du gouvernement a annoncé. Elle a expressément cité la burqa et le niqab et justifié l’interdiction par la nécessité d’aller à l’école « à visage découvert ». Associated Press souligne également que le hijab n’est pas concerné par le projet tel qu’il a été présenté.
L’Italie dispose déjà d’une règle générale sur la dissimulation du visage. L’article 5 de la loi du 22 mai 1975 interdit, sans « motif justifié », l’usage dans un lieu public ou ouvert au public d’un vêtement rendant difficile l’identification. Cette disposition, qui ne nomme aucune religion, a reçu des interprétations variables. Le futur texte créerait une règle scolaire explicite.
Le contraste avec la France est frappant. Un gouvernement italien généralement classé à la droite radicale prépare une interdiction plus étroite que celle qui fait depuis plus de vingt ans l’objet d’un large accord entre la droite et une grande partie de la gauche françaises. La loi française du 15 mars 2004 ne se limite ni aux vêtements couvrant le visage ni aux signes musulmans. Elle interdit aux élèves des écoles, collèges et lycées publics « le port de signes ou tenues par lesquels [ils] manifestent ostensiblement une appartenance religieuse ».
Le hijab est donc interdit dans les établissements publics français, comme la kippa, le turban sikh ou une croix chrétienne de dimension manifestement ostensible. La burqa et le niqab y sont interdits à plus forte raison. La règle française s’appuie sur la laïcité scolaire et la visibilité de l’appartenance religieuse ; la proposition italienne présentée jusqu’ici repose sur la découverte du visage, l’identification et un discours sur l’égalité entre les sexes.
Cette différence ne correspond pas simplement à une opposition entre une Italie conservatrice et une France progressiste. En 2004, le texte français avait été adopté à l’Assemblée nationale par 494 voix contre 36, avec le soutien de la majorité de droite et de l’opposition socialiste. Au Sénat, il avait recueilli 277 voix contre 20, dont celles de 154 sénateurs UMP et de 82 des 83 membres du groupe socialiste. Des oppositions existaient, notamment chez les écologistes, les communistes et certains défenseurs des libertés religieuses, mais elles étaient très minoritaires au Parlement.
Le projet associe cependant cette interdiction à un programme plus vaste sur l’intégration scolaire. Le cardinal Matteo Zuppi, président de la Conférence épiscopale italienne, a rappelé que l’école devait rester inclusive. Save the Children demande des données fiables sur le nombre d’élèves concernées et redoute des situations d’isolement ou d’abandon scolaire. ANSA relaie une estimation de 500 à 600 élèves portant une tenue intégrale, mais celle-ci ne provient pas d’un recensement officiel.
Le texte présenté au Conseil des ministres permettra de savoir si le gouvernement conserve cette ligne limitée au visage couvert.. En l’état, l’annonce dessine une frontière précise : la burqa et le niqab seraient exclus de l’école italienne, tandis que le hijab y resterait autorisé. Sur ce point, l’Italie de Giorgia Meloni demeurerait juridiquement moins restrictive, et réellement plus libérale que la France de la loi de 2004.




