Chaque matin, dans nombre d’écoles publiques américaines, des élèves sont invités à se lever pour réciter le Pledge of Allegiance, saluant ainsi le drapeau des États-Unis. Ce rituel, perçu comme un geste quasiment sacré de patriotisme, ne relève pourtant pas d’une vérité imposée, mais d’une conquête récente de la liberté individuelle. Car aujourd’hui, aux États-Unis, nul ne peut être sanctionné pour refuser de prononcer le serment. Cette liberté ne doit rien au hasard : elle est largement le fruit du combat courageux des Témoins de Jéhovah, qui, dans les années 1940, se sont régulièrement retrouvés devant la Cour suprême, forçant la justice à reconnaître le droit fondamental de ne pas être contraint de professer des convictions qui heurtent leur conscience.
L’affaire majeure, aujourd’hui commémorée, est West Virginia State Board of Education v. Barnette (1943). La Cour suprême y a jugé inconstitutionnelle une obligation imposée aux élèves de saluer le drapeau ou de réciter le Pledge. Ce n’était pas un simple refus scolaire : pour les Témoins de Jéhovah, ce type d’acte constituait un acte d’adoration, incompatible avec leur foi. Or les élèves qui s’y refusaient étaient expulsés, et leurs parents risquaient des sanctions pénales.
Cette décision a renversé Gobitis (1940), où la Cour avait, au contraire, jugé que les Témoins devaient se plier au serment patriotique (et qui avait conduit pendant 3 ans à de nombreuses persécutions de Témoins de Jéhovah). Ce revirement historique n’est pas anecdotique : il cristallise le principe selon lequel nul individu ne peut être contraint à une formule d’exactitude idéologique – dans ce cas, la loyauté envers un symbole national – si elle entre en conflit avec une conviction profonde.
Cette jurisprudence fondamentale s’inscrit dans une série de combats menés par les Témoins de Jéhovah, dont les expatriations et procès dans les années 1930-1940 ont largement façonné le droit constitutionnel américain moderne. À travers nombre de litiges – sur le port de tracts religieux, les réunions publiques, et la liberté d’expression – ces fidèles ont indirectement enraciné des garanties censément laïques, comme la liberté de parole ou de religion, mais qui aujourd’hui protègent toute personne, croyante ou non.
Au-delà du droit des minorités religieuses, ce sont donc l’ensemble des citoyens américains, croyants ou laïcs, qui bénéficient des protections mises en place par ces décisions historiques. Ils doivent aux Témoins de Jéhovah la reconnaissance qu’aucun citoyen ne peut être forcé, dans le cadre scolaire, de prononcer des mots qui ne viennent pas du cœur.