Des millions de fidèles se sont rassemblés dimanche 2 août à Touba, au Sénégal, pour le Grand Magal. Ce pèlerinage annuel est le principal rendez-vous des mourides, une grande communauté musulmane née au Sénégal à la fin du XIXe siècle. Derrière les prières et les repas partagés, l’événement oblige chaque année les services publics à répondre, pendant quelques jours, aux besoins d’une population considérablement accrue : fournir de l’eau, soigner, déplacer les voyageurs, ramasser les déchets et prévenir les accidents.
Le Grand Magal commémore le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme, envoyé au Gabon par l’administration coloniale française en 1895. Ses disciples ne vivent pas cette date comme un deuil, mais comme un moment de reconnaissance envers Dieu : l’épreuve de l’exil est considérée comme une victoire spirituelle. Les pèlerins prient, lisent le Coran et récitent les poèmes religieux écrits par Ahmadou Bamba. Les familles et les dahiras — des associations de fidèles mourides — accueillent et nourrissent gratuitement une grande partie des visiteurs.
Cette hospitalité privée ne peut cependant pas remplacer les infrastructures d’une grande ville. Avant le Magal, son comité d’organisation avait signalé des besoins dans presque tous les services essentiels : santé, eau, assainissement, électricité, sécurité et voirie. Le défi était d’autant plus sensible que l’édition 2026 s’est déroulée pendant l’hivernage, nom donné au Sénégal à la saison des pluies, lorsque certains quartiers de Touba sont exposés aux inondations.
L’eau constituait l’une des principales préoccupations. Le gouvernement a fait état de 47 forages produisant plus de 155 000 mètres cubes par jour, de 22 châteaux d’eau et de cinq réservoirs. Cinquante camions-citernes avaient d’abord été remis aux responsables locaux pour permettre aux habitants de constituer des réserves. À l’approche immédiate du rassemblement, le dispositif a été porté à 130 véhicules afin d’alimenter les secteurs insuffisamment raccordés au réseau. Plus de cent agents et des équipes chargées de réparer rapidement les fuites ont également été mobilisés. Malgré cette production importante, certains quartiers ont connu des difficultés d’approvisionnement. En complément du réseau, les sapeurs-pompiers ont distribué directement 1 898 mètres cubes d’eau aux populations pendant leur déploiement.
La pluie posait un autre problème : il fallait éviter que l’eau ne s’accumule dans les rues et autour des lieux très fréquentés. Des pompes ont été installées et des travaux engagés sur les canalisations et les bassins de rétention, ces grands espaces qui recueillent temporairement l’eau de pluie. Le gouvernement présente ces interventions comme une partie d’un programme d’assainissement de 15 milliards de francs CFA, soit environ 23 millions d’euros, destiné à réduire durablement les inondations. Les organisateurs reconnaissaient pourtant, quelques jours avant le Magal, que l’assainissement, la voirie et l’alimentation en eau restaient les difficultés majeures de Touba.
Le dispositif sanitaire donne une idée de l’échelle du rassemblement. Selon une note gouvernementale, 6 662 professionnels de santé ont été mobilisés dans 189 lieux de soins fixes ou temporaires, avec 40 ambulances. L’hôpital Matlaboul Fawzeyni a rendu gratuits, du 31 juillet au 4 août, les consultations, examens, hospitalisations, opérations chirurgicales et médicaments disponibles. Ses 690 employés ont été réquisitionnés. La Croix-Rouge sénégalaise a, de son côté, déployé 448 secouristes sur 29 sites et assisté 566 personnes vulnérables, parmi lesquelles 98 enfants égarés.
Acheminer puis faire repartir les pèlerins représente une autre épreuve. La société publique Dakar Dem Dikk avait déjà transporté 19 714 personnes vers Touba en 939 voyages au 1er août à la mi-journée. Les trains spéciaux ont ensuite acheminé 9 600 voyageurs au total, selon les Grands Trains du Sénégal. Ces chiffres ne couvrent qu’une faible partie des déplacements, beaucoup de visiteurs arrivant par d’autres bus, en voiture ou à moto. Un plan de circulation spécial a donc limité le stationnement près de la Grande Mosquée et réservé certains axes aux véhicules autorisés.
L’organisation du Grand Magal repose ainsi sur une coopération singulière. La communauté mouride prend en charge une immense part de l’accueil, de la nourriture et de la vie religieuse, tandis que l’État et les collectivités assurent les réseaux, les soins, les transports et la sécurité. Cette mobilisation exceptionnelle permet à Touba d’absorber temporairement des millions de visiteurs.




