Au Sergipe, dans le nord-est du Brésil, la réglementation d’une politique contre le racisme religieux doit être discutée avec ceux qui en sont les premières cibles. Le ministère public fédéral (MPF) a convoqué ce jeudi 13 août, à Aracaju, une réunion ouverte à toute la société, mais destinée en priorité aux peuples traditionnels ainsi qu’aux communautés de terreiro et de matrice africaine. Leurs représentants pourront s’exprimer sur la mise en œuvre de la loi adoptée en février 2024.
Un terreiro n’est pas seulement un bâtiment religieux. Dans le candomblé, l’umbanda et d’autres traditions afro-brésiliennes, le mot désigne à la fois un lieu de culte, la communauté qui s’y rassemble et un espace de transmission de rites, de savoirs et de liens avec les ancêtres. C’est pourquoi une réglementation élaborée sans ces communautés risquerait de méconnaître la réalité qu’elle prétend protéger.
La rencontre annoncée par le MPF doit porter sur la loi 9.404 du Sergipe. Celle-ci a institué « Abril Verde », un mois de sensibilisation, ainsi qu’un label destiné à distinguer les organisations engagées contre le racisme et l’intolérance religieuse. Elle ne crée pas une nouvelle infraction pénale. Elle prévoit surtout des campagnes, des débats, des activités éducatives et un mécanisme de reconnaissance des bonnes pratiques.
Le label, valable un an, peut être accordé aux institutions et organisations dont le projet est approuvé par le secrétariat de l’État chargé de l’assistance sociale. Dans le texte à l’origine de la loi, les candidats doivent présenter un plan de travail et, pour obtenir un renouvellement, rendre compte des résultats obtenus. La réglementation doit désormais stabiliser les modalités concrètes du dispositif : critères, procédure, engagements des bénéficiaires et contrôle de leur mise en œuvre.
Le processus a toutefois déjà commencé. En avril 2026, le secrétariat de l’Assistance sociale, de l’Inclusion et de la Citoyenneté a publié un premier résultat définitif pour l’attribution du label. Sept maisons de religions de matrice africaine ont été retenues, de même que plusieurs institutions publiques : des services municipaux, une école, la police civile du Sergipe et le ministère public de l’État figurent notamment parmi les lauréats. La discussion actuelle ne part donc pas de zéro. Elle doit donner un cadre durable à un instrument déjà expérimenté.
Avant la réunion, la Procuradoria Regional dos Direitos do Cidadão, l’organe du MPF chargé de la défense des droits fondamentaux dans l’État, s’est rendue dans cinq terreiros. Ses représentants ont rencontré des responsables religieux de différentes maisons afin de les inviter personnellement et de recueillir leur parole. Pour la procureure Martha Figueiredo, l’objectif est que la politique publique soit construite à partir de la réalité des communautés et dans le respect de la diversité de leurs traditions.
Cette démarche répond aussi à une difficulté très concrète : les violences visant les religions afro-brésiliennes restent imparfaitement enregistrées. Une enquête de Mangue Jornalismo fondée sur des données de la police civile fait état de cinq occurrences liées à l’intolérance religieuse en 2019, contre 68 en 2025. Vingt-sept autres avaient été recensées entre janvier et la mi-mai 2026. Ces chiffres ont été obtenus par une recherche manuelle à partir de mots-clés, car le système policier ne possède pas de catégorie permettant d’isoler automatiquement tous ces faits. Ils indiquent une hausse des enregistrements, sans permettre de mesurer exactement l’ensemble des violences réelles ni d’identifier la religion de chaque victime.
L’expression « racisme religieux » est employée au Brésil pour souligner que les agressions contre le candomblé, l’umbanda et d’autres traditions de matrice africaine ne relèvent pas seulement d’un désaccord entre croyances. Elles peuvent aussi viser des pratiques, des symboles, des territoires sacrés et un héritage culturel associé aux populations noires. Des objets rituels détruits, des lieux profanés, des insultes, des pressions à l’école ou au travail peuvent ainsi mêler discrimination religieuse et racisme.
La réunion doit associer le Conseil de promotion de l’égalité raciale du Sergipe, le secrétariat de l’Assistance sociale, la Procuradoria-Geral de l’État et un centre de recherche juridique sur les stratégies antidiscriminatoires. Elle s’inscrit dans une procédure de suivi des politiques publiques ouverte par le MPF. Son importance tiendra moins au nombre de discours prononcés qu’à la place réellement accordée aux communautés dans le futur texte.
La consultation ne réglera pas, à elle seule, les problèmes de plaintes mal qualifiées, de sous-déclaration ou de protection des lieux de culte. Elle peut néanmoins éviter un écueil fréquent : fabriquer une politique pour les terreiros sans les terreiros. Au Sergipe, les autorités affichent cette fois la volonté de faire précéder la règle par l’écoute de ceux qui devront pouvoir s’en servir.




