En Russie, plusieurs communautés baptistes du Conseil des Églises sont confrontées à des restrictions sévères de leurs activités religieuses. Dans la ville de Kurganinsk, région de Krasnodar, un bâtiment construit en 2012 et utilisé comme lieu de culte par environ 600 fidèles a été scellé par les autorités en mai 2025. Cette fermeture découle d’une décision de justice prise en septembre 2024, confirmée à plusieurs reprises par les juridictions d’appel. Le tribunal avait estimé que la communauté n’avait pas respecté l’obligation de notifier officiellement le début de ses activités auprès du ministère de la Justice. Selon le juge, cette omission portait atteinte à l’ordre public, à la sécurité nationale et aux droits d’un « cercle indéterminé de personnes ».
Depuis la fermeture du bâtiment, les membres de la communauté se réunissent à l’extérieur, parfois à genoux sur le trottoir, pour maintenir leurs offices religieux. Les prières en plein air témoignent de leur volonté de poursuivre leur vie spirituelle malgré l’absence de lieu dédié. Un recours a été introduit devant la Cour suprême, qui doit examiner l’affaire à la fin du mois d’août 2025.
Le cas de Kurganinsk n’est pas isolé. Dans la même région de Krasnodar, d’autres communautés baptistes du Conseil des Églises ont également été visées par des décisions similaires. En 2024 et 2025, cinq interdictions d’activités ont été prononcées, alors qu’aucun cas de ce type n’avait été signalé l’année précédente. Le schéma est récurrent : les tribunaux reprochent aux communautés de ne pas avoir respecté les procédures de notification exigées par la loi russe sur les groupes religieux, ce qui entraîne l’interdiction pure et simple de leurs activités.
Les responsables de ces églises contestent l’interprétation des autorités. Selon eux, le droit constitutionnel garantit la liberté religieuse indépendamment de la reconnaissance administrative. Ils estiment que l’obligation de notification est utilisée de manière excessive et sert de prétexte pour restreindre l’expression religieuse. Le cadre juridique reste flou : la législation russe distingue les associations religieuses enregistrées et les groupes religieux non enregistrés, mais les critères d’existence d’un groupe sont peu clairs. Dans ce contexte, les tribunaux considèrent souvent qu’un simple rassemblement constitue une activité illégale dès lors qu’il n’est pas déclaré officiellement.
Dans le district de Belorechensk, une communauté dirigée par le pasteur Vladimir Gordiyenko a été sanctionnée pour des activités jugées missionnaires dans un hôpital, organisées lors de la période de Pâques. Le tribunal a estimé que ces actions entraient dans la catégorie d’« activité missionnaire illégale » et a prononcé une interdiction d’exercer toute activité religieuse. Les recours introduits par la communauté ont été rejetés, et la décision est désormais en vigueur.
À Rodniki, une autre communauté baptiste, active depuis 1996, fait face à une procédure similaire. Les tribunaux ont prononcé l’interdiction de ses activités, mais l’application a été suspendue dans l’attente de l’examen des appels. La décision pourrait devenir définitive à l’automne 2025 si les recours échouent.
En dehors de la région de Krasnodar, d’autres affaires illustrent la même tendance. À Yoshkar-Ola, dans la République de Mari El, un pasteur et plusieurs fidèles ont été frappés par une décision judiciaire interdisant leurs activités religieuses en juillet 2025. Le tribunal a jugé que le groupe n’avait pas notifié le début de ses réunions et devait, de ce fait, cesser toute activité. Les fidèles ont jusqu’au début du mois de septembre pour déposer un recours.
Ces décisions sont une menace directe quant à l’équilibre entre la liberté de conscience garantie par la Constitution russe et les obligations administratives imposées par la législation. En théorie, la loi reconnaît le droit de prier en groupe sans enregistrement préalable. En pratique, cependant, les tribunaux interprètent la loi de manière stricte, considérant qu’un défaut de notification suffit à criminaliser une communauté entière.
Les justifications officielles avancées par les juges reposent sur des arguments liés à la sécurité nationale, à l’ordre public et à la protection de droits indéterminés. Mais ces motifs restent généraux et ne sont pas accompagnés d’éléments précis démontrant en quoi la présence d’un groupe religieux non déclaré constituerait une menace concrète. De plus, dans le cadre du droit européen, la « sécurité nationale » n’est pas considérée comme une raison légitime pour limiter la liberté de croyance. Les restrictions admises par la Convention européenne des droits de l’homme se limitent à la protection de la sécurité publique, de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ainsi qu’à la sauvegarde des droits et libertés d’autrui. L’invocation de la sécurité nationale comme fondement de telles interdictions s’écarte donc des standards européens en matière de droits fondamentaux.
Pour les fidèles, ces décisions se traduisent par une précarisation immédiate de la pratique religieuse. Les communautés concernées perdent l’accès à leurs lieux de culte, doivent organiser des réunions dans des espaces privés ou en plein air, et se retrouvent sous la menace constante de nouvelles sanctions. Les rassemblements, même informels, peuvent être qualifiés d’illégaux. La frontière entre liberté spirituelle et violation administrative devient ainsi extrêmement ténue.
Au-delà des aspects juridiques, ces affaires révèlent la fragilité des communautés religieuses qui refusent de s’inscrire dans le cadre institutionnel imposé par l’État. Le Conseil des Églises baptistes, qui rejette par principe l’enregistrement officiel et défend l’indépendance complète de ses communautés vis-à-vis des autorités, est particulièrement exposé à ce type de mesures. Son refus de se soumettre aux obligations administratives est interprété comme une infraction, alors que ses membres considèrent cette position comme une fidélité à leur conception de la foi.
Cette confrontation traduit une tension plus large entre l’État russe et les expressions religieuses non alignées sur le modèle officiel. Alors que la législation prétend encadrer la liberté religieuse dans un cadre de sécurité et de régulation, elle aboutit dans les faits à marginaliser de nombreux groupes. L’application rigide des règles de notification, sans prise en compte des droits fondamentaux, aboutit à une restriction drastique de la liberté de culte pour ceux qui refusent toute formalisation.