Publié par le Benedict XVI Centre for Religion, Ethics and Society, un rapport de recherche offre pour la première fois une analyse chiffrée et qualitative des clercs issus de l’anglicanisme ayant rejoint l’Église catholique en Grande-Bretagne depuis les années 1990. Fondée sur des données archivistiques et des témoignages directs, l’étude met en lumière l’ampleur du phénomène, ses évolutions dans le temps et les cadres ecclésiaux qui l’ont accompagné.
Un phénomène chiffré de conversions – chiffres et proportions
L’étude offre pour la première fois un bilan quantifié des clercs issus d’autres traditions chrétiennes – essentiellement anglicanes – qui ont rejoint l’Église catholique en Grande-Bretagne entre 1992 et 2024. Elle s’appuie sur des données rassemblées à partir d’archives, notamment celles de Mgr John Broadhurst, et d’entretiens directs avec des convertis et leurs proches.
Le chiffre global principal est celui de près de 700 anciens membres du clergé ou religieux de l’Église d’Angleterre, de l’Église au Pays de Galles ou de l’Église épiscopale d’Écosse qui ont été reçus dans l’Église catholique depuis 1992. Parmi eux figurent 16 anciens évêques anglicans et deux évêques issus de courants dits « continuing Anglican », mouvements anglicans restés en dehors de l’Église d’Angleterre.
Sur ces convertis, 491 ont été ordonnés dans l’Église catholique : 486 prêtres et cinq diacres permanents. Quand on met ces données en regard des ordinations catholiques dans les diocèses d’Angleterre et du pays de Galles sur cette période, environ 29 % des ordinations diocésaines de prêtres entre 1992 et 2024 concernaient d’anciens clercs anglicans. Ce pourcentage monte à environ 35 % si l’on inclut les ordinations relevant de l’Ordinariat personnel d’Our Lady of Walsingham, créé en 2010 par la constitution apostolique Anglicanorum Coetibus afin d’accueillir ces clercs tout en préservant certains éléments de leur héritage liturgique et spirituel.
Les proportions varient toutefois selon les périodes. Sur la dernière décennie étudiée, de 2015 à 2024, les convertis représentent environ 9 % des ordinations diocésaines et 19 % des ordinations combinées, incluant diocèses et ordinariat. Ces chiffres montrent à la fois l’importance numérique du phénomène sur plusieurs décennies et son évolution dans le temps.
Méthodologie, parcours et contextes
Le rapport souligne d’emblée les difficultés méthodologiques rencontrées pour établir ces données. Il n’existe pas de registre centralisé des conversions de clercs, et les Églises concernées ne publient pas de statistiques exhaustives. Une large part du travail de recherche a donc consisté à recueillir des témoignages oraux : 36 entretiens enregistrés ont été menés avec des convertis, des évêques, des religieux et des épouses de clercs, complétés par l’analyse de récits publiés et de données fragmentaires issues d’archives.
L’étude met en évidence plusieurs moments clés ayant contribué à ces conversions. Le premier est la décision prise en 1992 par le Synode général de l’Église d’Angleterre d’autoriser l’ordination des femmes, décision vécue par certains clercs comme une rupture doctrinale et ecclésiologique majeure, et suivie d’un afflux notable de conversions au catholicisme. Le second moment structurant est la création, en 2009, de l’Ordinariat personnel d’Our Lady of Walsingham, à la suite de l’initiative du pape Benoît XVI. Ce cadre institutionnel a offert une voie stable et reconnue à des clercs et fidèles anglicans désireux d’entrer en pleine communion avec Rome sans renoncer entièrement à leur tradition liturgique.
Au-delà de ces repères historiques, le rapport accorde une place importante aux récits personnels. Ceux-ci révèlent des parcours souvent marqués par des tensions intérieures, des enjeux pastoraux et familiaux, ainsi que par des questionnements prolongés sur l’identité ecclésiale. Les auteurs insistent sur la diversité des motivations, qui ne se réduisent ni à des désaccords doctrinaux isolés ni à des considérations institutionnelles.
Le rôle de la St Barnabas Society et les implications ecclésiales
Une partie substantielle du rapport est consacrée à la St Barnabas Society, organisation caritative catholique britannique fondée à la fin du XIXᵉ siècle pour accompagner les clercs anglicans entrant dans l’Église catholique. Cette société a joué un rôle déterminant dans l’accompagnement pastoral et, dans certains cas, financier des personnes concernées, et a également soutenu le projet de recherche lui-même.
Le rapport s’ouvre sur un avant-propos du cardinal Vincent Nichols, archevêque de Westminster, qui souligne l’importance de prendre au sérieux ces trajectoires individuelles. Il rappelle que le terme même de « conversion » peut être perçu comme problématique par certains intéressés, qui préfèrent parler d’une continuité ou d’un approfondissement de leur chemin chrétien plutôt que d’une rupture radicale.
Du point de vue ecclésial et sociologique, les auteurs estiment que ces mouvements de clercs mettent en lumière des dynamiques complexes, mêlant convictions théologiques, fidélités institutionnelles et cheminements spirituels personnels. L’étude ne cherche pas à tirer de conclusions normatives, mais à documenter un phénomène durable qui a contribué de manière significative au visage du clergé catholique en Grande-Bretagne depuis plus de trente ans.