Dans l’Église catholique latine, la discipline du célibat sacerdotal est une norme ancienne et largement partagée : les prêtres s’engagent à mener une vie de célibat pour se consacrer pleinement à leur ministère. Cette règle, qui s’est progressivement imposée dans l’Occident chrétien à partir du XIᵉ siècle, n’est pas un dogme doctrinal mais une discipline ecclésiale ; elle peut, dans des cas très particuliers, faire l’objet d’exceptions.
La règle générale demeure que dans l’Église latine, un homme appelé au sacerdoce s’engage à demeurer célibataire et sans conjoint. Cependant, depuis plusieurs décennies, des situations concrètes ont montré que cette discipline peut être assouplie, notamment lorsqu’il s’agit de répondre à des situations ecclésiales spécifiques ou d’accueillir des parcours vocationnels exceptionnels.
L’une des situations les plus documentées est celle des clergés issus d’autres traditions chrétiennes, notamment anglicanes ou épiscopaliennes, qui ont rejoint l’Église catholique tout en étant déjà mariés. Dans le cadre de dispositifs pastoraux mis en place à partir des années 1980, ou plus récemment à travers les ordinariats personnels créés pour faciliter la pleine communion de communautés anglicanes, des hommes ayant exercé un ministère ordonné dans leur Église d’origine ont pu être ordonnés prêtres catholiques tout en restant mariés, après une dispense individuelle de la discipline du célibat accordée par le Saint-Siège.
Cette pratique, bien que restrictive et évaluée au cas par cas, s’est concrétisée dans plusieurs pays. Aux États-Unis, des décennies de mise en œuvre de ces dispositifs ont donné lieu à l’ordination de prêtres catholiques mariés issus de l’anglicanisme ou de l’épiscopalisme, avec l’accord des autorités ecclésiastiques compétentes. Au Royaume-Uni également, des clercs convertis ont été intégrés au sacerdoce catholique malgré leur mariage, notamment dans le cadre de l’Ordinariat personnel d’Our Lady of Walsingham, institué pour leurs communautés spécifiques.
Dans ces cas, l’exception ne signifie pas que l’Église autorise le mariage des prêtres au sens générique du terme : elle permet l’ordination d’hommes déjà mariés à condition que le mariage ait eu lieu avant l’ordination et après un discernement approfondi, ainsi que l’octroi d’une dispense de célibat par l’autorité compétente. Cette permission ne change pas la règle fondamentale ; elle reste exceptionnelle et limitée à des parcours où la continuité du ministère précédent et la stabilité de la vie familiale sont jugées compatibles avec la mission sacerdotale.
Une autre réalité avérée se trouve dans les Églises catholiques de rite oriental, en communion avec Rome mais distinctes du rite latin. Dans ces Églises – telles que les Églises ukrainienne, maronite, melkite ou arménienne catholique – la tradition sacerdotale a conservé une pratique ancienne du christianisme : l’ordination d’hommes mariés. Là encore, les prêtres doivent être mariés avant l’ordination, et l’accès à l’épiscopat est réservé à des clercs célibataires ou moines. Ces Églises comptent aujourd’hui des milliers de prêtres mariés en exercice, pleinement reconnus par l’Église catholique universelle.
Dans certains diocèses occidentaux, des prêtres issus de ces traditions orientales exercent auprès de fidèles de leur rite, parfois dans des contextes où ils côtoient des communautés latines. Ces situations rappellent que le célibat sacerdotal, tel qu’il est pratiqué dans l’Église latine, n’a jamais été universel dans l’ensemble du catholicisme, mais relève d’une tradition propre à l’Occident.
Enfin, l’existence de ces cas ne doit pas être confondue avec une remise en cause générale de la discipline du célibat. La norme canonique demeure inchangée : le célibat reste requis pour la majorité des prêtres de rite latin, et les exceptions sont rares, strictement encadrées par le droit et la pratique ecclésiale. Elles témoignent toutefois d’une certaine souplesse disciplinaire face à des réalités historiques et pastorales spécifiques, lorsque l’Église, tout en affirmant sa tradition, s’efforce d’accueillir des parcours sacerdotaux déjà constitués.