Le sikhisme est une religion née dans la région du Pendjab, dans le nord du sous-continent indien, à la fin du XVe siècle. Il s’est développé à partir de l’enseignement de Guru Nanak, né en 1469 à Talwandi, aujourd’hui Nankana Sahib, au Pakistan. Le mot « sikh » signifie « disciple » ou « élève ». Le sikhisme compte aujourd’hui plus de 25 millions de fidèles dans le monde. La majorité vit en Inde, surtout dans l’État du Pendjab, mais d’importantes communautés se trouvent aussi au Canada, au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans de nombreux autres pays.
Guru Nanak grandit dans une région où se côtoient notamment l’hindouisme et l’islam. Son enseignement affirme qu’il existe une seule réalité divine, présente partout et inaccessible aux représentations humaines. Dieu n’appartient pas à un peuple, à une caste ou à une religion particulière. Tous les êtres humains possèdent la même dignité devant lui.
Après Guru Nanak, neuf autres Gurus se succèdent. Dans le sikhisme, le mot « Guru » désigne un guide spirituel. Ces dix Gurus ont progressivement organisé la communauté, développé ses pratiques et transmis ses enseignements. Le cinquième Guru, Guru Arjan, rassemble au début du XVIIe siècle une grande partie des hymnes et enseignements qui formeront le principal texte sacré sikh.
Le dixième Guru, Guru Gobind Singh, met fin à la succession des Gurus humains. À sa mort en 1708, le Guru Granth Sahib devient le Guru permanent des sikhs. Pour les fidèles, il n’est donc pas seulement un livre sacré : il occupe la place de guide spirituel de la communauté. Cette conception reste centrale dans le sikhisme contemporain.
Le Guru Granth Sahib est principalement composé d’hymnes chantés. Il contient les œuvres de plusieurs Gurus sikhs mais aussi des textes attribués à des auteurs spirituels issus de milieux religieux et sociaux différents. Il est écrit principalement dans une écriture appelée gurmukhi. Lors des cérémonies, il est lu, chanté et placé au centre du lieu de culte.
Le sikhisme enseigne l’existence d’un Dieu unique, éternel et sans forme. L’expression Ik Oankar, placée au début du Guru Granth Sahib, exprime cette unité du divin. La vie spirituelle consiste notamment à se souvenir de Dieu, à lutter contre l’égoïsme et à mener une existence juste.
Comme plusieurs autres religions originaires de l’Inde, le sikhisme enseigne le cycle des naissances et des renaissances. Les actes d’une personne ont des conséquences : c’est le principe du karma. Le but spirituel est de se libérer du cycle des renaissances et de se rapprocher de Dieu. Cette libération ne dépend pas seulement des rites. Elle passe par la prière, le souvenir de Dieu, une vie honnête, le service des autres et la grâce divine.
Trois principes sont souvent utilisés pour résumer la vie sikhe : se souvenir de Dieu, gagner sa vie honnêtement et partager avec les autres. Le service désintéressé, appelé seva, occupe ainsi une place importante. Il peut prendre la forme d’un travail bénévole dans un lieu de culte, d’une aide aux personnes en difficulté ou de la préparation de repas.
L’égalité est également au cœur de l’enseignement sikh. Guru Nanak rejette les distinctions religieuses fondées sur la caste et affirme l’égalité fondamentale des femmes et des hommes. Cette idée est particulièrement visible dans le langar, le repas communautaire gratuit proposé dans les lieux de culte sikhs. Tous peuvent y manger ensemble, quelle que soit leur origine, leur religion ou leur situation sociale.
Le lieu de culte sikh est appelé gurdwara, littéralement « porte du Guru ». Le Guru Granth Sahib y occupe une place centrale. Les fidèles y écoutent la lecture et le chant des hymnes, prient et participent au langar. Les visiteurs non sikhs peuvent également entrer dans un gurdwara. Il est d’usage de retirer ses chaussures et de se couvrir la tête avant d’entrer dans l’espace où se trouve le Guru Granth Sahib.
En 1699, Guru Gobind Singh crée le Khalsa, une communauté de sikhs ayant reçu une initiation religieuse particulière appelée Amrit. Les sikhs ainsi initiés, souvent appelés Amritdhari, s’engagent à suivre une discipline religieuse précise. Le Khalsa ne représente donc pas une religion différente : il constitue une forme d’engagement religieux au sein du sikhisme.
Les sikhs initiés au Khalsa portent cinq signes religieux traditionnellement désignés comme les cinq K. Le kesh désigne les cheveux non coupés. Le kangha est un petit peigne utilisé pour entretenir les cheveux. Le kara est un bracelet généralement en fer ou en acier. Le kachhera est un vêtement porté sous les habits. Le kirpan est une lame portée comme signe de l’engagement à défendre la justice et à protéger les personnes menacées. Ces cinq éléments rappellent au fidèle son appartenance au Khalsa et les obligations qu’il a acceptées.
Le turban est souvent associé au sikhisme, mais il ne fait pas partie des cinq K. Il permet notamment de maintenir et de couvrir les cheveux non coupés. Il est particulièrement visible chez les hommes sikhs, même si des femmes peuvent également le porter. Tous les sikhs ne portent pas nécessairement le turban et tous ne sont pas membres initiés du Khalsa.
La musique et le chant religieux jouent un rôle essentiel dans la pratique. Les hymnes du Guru Granth Sahib sont traditionnellement chantés sous une forme appelée kirtan. La prière personnelle, la récitation de textes sacrés et la méditation sur le nom de Dieu font également partie de la vie religieuse de nombreux sikhs.
Parmi les principales fêtes figure Vaisakhi, célébrée en avril. Elle marque notamment la création du Khalsa par Guru Gobind Singh en 1699. Les sikhs célèbrent également les anniversaires de naissance ou d’autres événements importants liés aux Gurus. Ces fêtes sont souvent accompagnées de prières, de chants, de repas communautaires et de processions.
Le sikhisme est aujourd’hui présent bien au-delà de son berceau historique. En Angleterre et au pays de Galles, par exemple, le recensement de 2021 a compté plus de 500 000 personnes s’identifiant comme sikhes. Le Canada possède également l’une des principales communautés sikhes hors d’Inde. Cette implantation internationale a rendu plus visibles certaines pratiques, comme le port du turban, des cheveux non coupés ou du kirpan, qui peuvent parfois soulever des questions juridiques concernant la liberté de religion.
Les technologies contemporaines posent aussi de nouvelles questions aux communautés sikhes. Des outils utilisant l’intelligence artificielle peuvent aujourd’hui traduire ou expliquer des textes religieux, mais des autorités sikhes insistent sur la distinction entre un outil pédagogique et l’autorité spirituelle du Guru Granth Sahib. Religactu a consacré un article à cette question.




