France Télévisions a diffusé hier un documentaire à charge contre l’Eglise de Scientology, intitulé « L’Empire du secret ». Un documentaire peu convaincant, qui multiplie l’utilisation d’images d’archives puisées chez l’INA, lui donnant un coté vieillot et très loin de la modernité attendue dans les productions actuelles, sans parler du fait qu’il est difficile de savoir ce qu’est une religion aujourd’hui à partir d’images datant des années 60 ou 70. Mis à part ces images d’archives, le reste du documentaire est constituée d’interviews de cinq ou six « anciens membres », assez ennuyeuses et surtout peu représentatives. On aurait voulu y voir de vrais scientologistes, entendre le point de vue de leur Eglise, et comprendre mieux finalement ce qu’est la Scientology, sans avoir à se réingurgiter les clichés et poncifs habituels.
Sans attendre, le Vice-Président du Bureau Européen de l’Eglise de Scientology, Eric Roux, a répondu sur son blog dans une tribune plutôt salée. La démonstration pour le coup est convaincante, et France Télévisions, tout comme le réalisateur Romain Icard et sa société de production Tohubohu, en prennent pour leur grade.
Conflits d’intérêts, non respect des obligations de France Télévisions en matière de pluralisme et d’honnêteté de l’information, et surtout un long passage sur les antécédents des « témoins » interviewés dans le documentaire qui fait froid dans le dos (on y apprend par exemple que l’un des témoins interviewés, présenté comme un journaliste, était en réalité un grand soutien du site pédocriminel backpage.com, dont les dirigeants qui ont été envoyés en prison finançaient le travail du journaliste en question. Ca ne joue pas en faveur de France Télévisions, pour sûr).
Vous pouvez lire cette tribune ici : France Télévisions – Tohubohu, l’Empire de la honte
Il est indéniable que certains médias abordent la Scientology — et plus largement les religions minoritaires — avec un prisme fortement critique, parfois exagérément sensationnaliste, toujours réducteur.
Cette situation n’est pas unique à la France, mais elle est symptomatique d’une culture médiatique qui privilégie le conflit, l’émotion et l’anecdote sur l’analyse nuancée, le contexte culturel et la compréhension approfondie. Lorsqu’il s’agit de sujets religieux, ce biais se double souvent d’un manque de formation des journalistes aux enjeux théologiques et sociologiques, ce qui conduit à des histoires simplifiées — voire caricaturales — sur des mondes spirituels complexes.
Il est donc impératif que le traitement médiatique des religions minoritaires soit profondément repensé. Une réforme du journalisme religieux devrait intégrer plusieurs axes :
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Une meilleure formation des journalistes aux questions religieuses, pour aller au-delà des stéréotypes et comprendre les doctrines, les structures et les pratiques des traditions qu’ils couvrent.
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Une exigence renforcée de transparence et de rigueur journalistique, en particulier sur les conflits d’intérêts, les sources et les méthodes d’enquête.
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Un espace réel pour le droit de réponse et la contradiction, surtout lorsqu’une communauté est mise en cause par un reportage institutionnel.
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Une décentralisation du récit religieux : donner la parole à des chercheurs, des praticiens et des témoins qui ne se trouvent pas simplement dans les extrêmes du spectre médiatique.
Quant au débat qui a suivi, l’absence de contradiction sur le plateau où quatre opposants à la Scientology se donnaient la réplique, sans que la journaliste ne fasse rien pour réellement porter une voix différente, c’était pathétique. Surtout lorsqu’on apprend que la Scientology avait demandé à participer au plateau et que cela lui a été refusé. Ca, c’est honnêtement scandaleux.
Un journalisme de piètre qualité, qui malheureusement peut avoir de réelles conséquences négatives. Un traitement journalistique approximatif ne se contente pas d’alimenter des préjugés : en légitimant des représentations partielles ou biaisées, il peut contribuer à normaliser la stigmatisation, ouvrir la voie à des discriminations concrètes et, dans certains contextes, créer un climat propice à des formes plus graves d’hostilité.