Michael Langhans connaît les arcanes du droit familial et de la protection de la jeunesse comme peu d’autres en Allemagne. Juriste formé à l’université d’Augsbourg, ancien avocat spécialisé dans les dossiers sensibles mêlant familles et autorités administratives, il dirige aujourd’hui FOREF Allemagne, la section nationale du Forum for Religious Freedom Europe. Son expérience combine pratique judiciaire, analyse institutionnelle et observation du rôle des médias dans les affaires religieuses. C’est cette expertise qu’il partage dans son entretien publié en janvier 2026, dressant un tableau inquiétant de la manière dont les récits médiatiques peuvent influencer la justice et la liberté religieuse dans son pays.
Pour Langhans, les tensions ne sont pas théoriques. Elles se manifestent dans des affaires très concrètes, touchant des communautés comme les Zwölf Stämme, et plus largement les Témoins de Jéhovah. Dans ces dossiers, il a constaté que la réaction des autorités — souvent l’enlèvement d’enfants par les services de protection de la jeunesse — pouvait précéder l’achèvement d’une enquête judiciaire. Le facteur déclencheur n’était pas l’évidence juridique, mais la pression générée par la couverture médiatique. Selon lui, sans cette exposition, certaines procédures n’auraient jamais pris l’ampleur qu’elles ont connue.
Langhans pointe le rôle central des mots et des catégories. L’emploi du terme « secte » dans les rapports officiels et médiatiques n’est pas neutre : il transforme des pratiques religieuses minoritaires en danger social et légitime des interventions qui, juridiquement, devraient être encadrées par des preuves rigoureuses. Les récits préfabriqués, qu’ils proviennent de médias ou d’expertises externes, tendent à remplacer l’examen impartial des dossiers. Les témoignages d’anciens membres, pris isolément, sont souvent privilégiés, au détriment de voix internes ou neutres, amplifiant des perceptions biaisées des communautés.
Il dénonce également la proximité institutionnelle entre certaines organisations de surveillance des « sectes » (comme la FECRIS) et des structures soutenues par l’État, ce qui, selon lui, compromet la neutralité de l’évaluation des risques. Une recommandation ancienne, visant à créer une fondation indépendante capable de fournir une information objective sur la diversité religieuse, n’a jamais été mise en œuvre. Résultat : un vide informationnel que viennent combler des acteurs aux motivations plus idéologiques que scientifiques.
Les Témoins de Jéhovah offrent un exemple parlant. Dans leurs affaires, Langhans observe une présomption implicite d’irrationalité des décisions religieuses, renforcée par la médiatisation. Les juges et administrations se trouvent ainsi influencés par des représentations culturelles et émotionnelles plutôt que par les faits réels, conduisant à des décisions aux conséquences profondes pour les familles.
Face à cette dérive, Langhans plaide pour un retour à la rigueur. Il propose de renforcer l’indépendance des informations utilisées par les tribunaux, de promouvoir des expertises scientifiquement fondées et de favoriser un journalisme qui privilégie la nuance à la polarisation. Selon lui, FOREF Allemagne doit jouer le rôle de contrepoids, en offrant une lecture factuelle et critique là où les récits médiatiques menacent de devenir des normes non écrites, dictant des décisions d’État et des interventions judiciaires.
Lire l’interview de Michael Langhans en allemand: https://foref-europe.org/blog/2026/01/14/exklusives-interview-mit-m-langhans-foref-deutschland/